Débat militant
Lettre publiée par des militants de la LCR
n°2
19 décembre 2001

Sommaire :

Pour les nouveaux lecteurs : Pourquoi "Débat militant" ?

Solidarité avec le peuple palestinien

A propos de la campagne électorale
Phénomène Chevénement et crise de la cohabitation
Par delà les divisions, préparer l'unité
Echos du forum international contre la guerre
Une discussion sur l'ETA et la question basque
A propos de la lutte pour " le droit de vote pour tous "
Quelques faits et chiffres
Livres :
" Mémoire d'un révolutionnaire " Victor Serge
" Paul et Laura Lafague : du droit à la paresse au droit de choisir sa mort " Jacques Macé
" L'impasse de Bab Essaha " de Sahar Khalifa
" La Mondialisation armée " de Claude Serfati

Pourquoi " débat militant " ?

Cher(e)s ami(e)s et camarades, voici le premier numéro de notre lettre électronique, " Débat militant ". A première lecture, associer débattre et militer, pourrait passer pour une redondance inutile tant l'idée de militer est associée à l'idée de dialogue, d'échange, de discussion. Il n'en va pas toujours ainsi et le débat est trop souvent dominé par l'activisme militant. Le volontarisme de l'action a par trop tendance à écarter ce sans quoi il est désarmé, à savoir la discussion pour comprendre et donc, agir en toute lucidité.
En intitulant cette lettre " Débat militant ", nous avons voulu réconcilier ces deux temps indissociables de la lutte et de l'action.
Notre passé de militants d'extrême-gauche a été souvent dominé par la logique des petits groupes où chacun vise à justifier sa propre existence indépendante par sa recette qu'il transforme plus souvent en acte d'accusation contre les autres qu'en instrument pour une action dont chacun a les moyens de vérifier et de discuter la fécondité.
La discussion donc, nous semble indispensable, discussion pour regrouper, c'est à dire dégager les objectifs communs tout en permettant à chacun de définir différences d'appréciations, spécificités, sans paralyser l'action, mais au contraire en l'enrichissant du débat, de la dynamique des contradictions, d'une franche et loyale émulation dans la lutte politique. Les militants qui sont à l'initiative de ce bulletin de débat sont soucieux de contribuer à sortir le mouvement révolutionnaire des vieux clivages hérités de la période antérieure à la chute du mur de Berlin et à la restauration du capitalisme dans l'ex-URSS parce qu'ils pensent qu'il n'y a pas aujourd'hui d'autre stratégie de construction du (nouveau) parti des travailleurs qu'exige la nouvelle situation sociale et politique que celle visant au regroupement de toutes les forces soucieuses d'y contribuer.
Sans débat, il est bien difficile de ne pas subir l'événement, les pressions de l'activisme politique, l'impressionnisme. Il est bien difficile de s'orienter, de construire, c'est à dire de formuler une politique pleinement indépendante de l'opinion démocratique bourgeoise, une politique démocratique et révolutionnaire de classe.
Aujourd'hui, sous la pression des évolutions sociales et politiques, comme de leur propre activité, notre organisation, la Ligue communiste révolutionnaire, et plus largement l'ensemble de l'extrême-gauche comme ce qu'il est convenu d'appeler le mouvement anti-mondialisation, sont confrontés à un vaste débat sur les perspectives de tous ceux qui pensent que l'avenir de l'humanité dépend de la fin du règne de la propriété privée capitaliste.
Les échéances électorales de l'année 2002 et leur suite y concourent mais aussi et surtout les évolutions sociales et politiques.
Les attentats du 11 septembre et leurs suites ont été le révélateur d'un retournement de conjoncture qui implique un redéploiement de la stratégie de l'impérialisme américain tant sur le plan diplomatique, militaire qu'économique et politique et en conséquence de celle de l'ensemble des Etats.
L'intervention militaire des puissances occidentales coalisées derrière l'alliance américano-britannique s'inscrit dans un moment charnière pour l'économie mondiale. La montée du militarisme accompagne la fin de l'euphorie financière. L'offensive contre les peuples s'articule avec l'offensive contre les travailleurs pour perpétuer la domination impérialiste et rétablir le taux de profit.
Les dernières années de développement capitaliste où le marché devait apporter la démocratie et le progrès ont en fait créé les conditions d'une nouvelle crise qui débouche sur une phase de tensions aiguës entre les grandes puissances et les peuples, entre les classes et entre les grandes puissances elles-mêmes. De nouveaux rapports de force vont se créer, bouleversant les équilibres antérieurs. Le maintien de la domination impérialiste sur le monde, la lutte pour un nouveau partage du monde qui s'engage entraîneront conflits, explosions sociales qui, hors d'une intervention des travailleurs et des peuples, sont lourds de menaces pour toute l'humanité.
Cette nouvelle situation fonde la nécessité d'un redéploiement du mouvement ouvrier sur des bases démocratiques et révolutionnaires.
Le mouvement trotskiste a longtemps été contraint de se cantonner au rôle d'opposant au stalinisme et à la social-démocratie. L'effondrement de l'URSS et du bloc de l'Est change la donne. La nouvelle période assigne aux révolutionnaires des responsabilités inédites. Un espace politique est libérée pour qu'un parti des travailleurs émerge. L'évolution du Parti socialiste et du Parti communiste nous place en situation d'exister pleinement par nous-mêmes en apportant des réponses aux questions des travailleurs et des jeunes, en leur donnant des idées et une politique, en leur étant utiles, en devenant leur parti. Elle donne toute leur actualité aux idées du marxisme, plus précisément aux idées du bolchevisme transmises à travers le trotskisme.
Le souci d'assumer pleinement la continuité et les filiations du mouvement marxiste révolutionnaire, de nous tenir à ce fil rouge que le stalinisme comme la réaction libérale de ces dernières années n'ont pu briser, est commun aux initiateurs de " Débat militant ".
La tâche de l'heure est de se les réapproprier en leur donnant une nouvelle vie adaptée aux évolutions du monde, le mouvement révolutionnaire ayant ou par trop cédé du terrain face à l'offensive idéologique de la bourgeoisie au lendemain de la chute du mur de Berlin ou résisté dans une attitude par trop tournée vers le passé, dogmatique.
Prendre la mesure des enjeux implique de tourner la page du gauchisme, quand l'extrême-gauche représentait une faible minorité, pour faire du travail politique révolutionnaire un véritable travail de masse autour d'un programme de transformation révolutionnaire reprenant les idées du socialisme et du communisme.
Le groupe de travail " Débat militant " entend œuvrer dans ce sens. Il se propose de confronter activité militante quotidienne, questions politiques et théoriques. Il s'agit d'un groupe ouvert s'intégrant pleinement dans l'activité de l'organisation et se situant plus largement dans la perspective du regroupement des forces révolutionnaires.
Nous défendons la perspective d'un parti clairement délimité du point de vue programmatique et organisationnel, mais aussi large, ouvert sur le monde du travail et de la jeunesse. Nous militons pour un parti marxiste révolutionnaire de masse, militant, instrument de la lutte de classe et, demain, de la lutte pour le pouvoir.
Nous pensons que le renouveau de l'internationalisme passe par le développement des idées qui sont à l'origine de la IVème Internationale, c'est à dire une politique de regroupement de ses forces aujourd'hui émiettées et divisées, sans laquelle le " nouvel internationalisme " risque de rester une proclamation voire la justification de l'adaptation du courant révolutionnaire à des forces réformistes.
C'est dans ce cadre que s'efforce de s'inscrire notre travail.
Cette lettre, éditée sous forme d'un courrier électronique, " Débat militant ", vise à échanger sur les voies et moyens d'aider à l'émergence d'un mouvement démocratique et révolutionnaire des travailleurs. Nous animons un site et nous proposons de mettre en œuvre confrontation et discussion avec tous ceux qui le jugent utile et nécessaire.
Bonne lecture

Le comité de coordination de " Débat militant "
Fabienne Autan, Charles Boulay, Valérie Héas, Serge Godard, Yvan Lemaitre, Galia Trépère, Gérard Villa


La solidarité avec la lutte des peuples ne peut s'en remettre ni à l'ONU ni au gouvernement

La situation actuelle au Proche Orient et l'intensification de la guerre menée par Sharon et l'Etat israélien posent le problème de la solidarité et des mots d'ordre des révolutionnaires face à cette situation.
Au nom de la solidarité avec le peuple palestinien, le texte de " l'appel unitaire " propose de s'en remettre à des " solutions " qui ne sortent pas du cadre défini par l'impérialisme même si l'Etat d'Israël a rendu leur mise en œuvre impossible : application des résolutions de l'ONU et envoie " d'une force internationale de protection ".
Il nous semble dans cette situation qui suscite débat que les révolutionnaires se doivent d'avoir des positions très claires.
La solidarité ne justifie pas de mettre ses idées dans sa poche bien au contraire. Au prétexte que l'OLP, ou du moins certains de ses représentants comme Leïla Shaïd, compterait sur notre solidarité, il faudrait s'aligner sans broncher sur leurs positions puisque : " c'est ce que les palestiniens réclament ".
Des principes humanitaires sont aussi invoqués.
Ces arguments ne résistent pas aux faits.
Bien évidemment face à l'impérialisme, face au boucher Sharon, nous sommes sans discussion dans le camp des Palestiniens avec les dirigeants qu'ils se sont donnés. Mais ce n'est pas pour autant que nous devrions nous ranger, toutes idées tues, derrière leurs positions, à moins de renoncer à être des révolutionnaires.
L'échec du nationalisme aparait tragiquement dans la situation actuelle au Proche-Orient. En ne proposant pas d'autre politique que la lutte nationale, en refusant de s'adresser aux travailleurs d'Israël, des autres pays de la région et d'ailleurs contre l'impérialisme, en laissant croire qu'il existerait des solutions dans le jeu politique des états impérialistes entre eux, l'OLP et Arafat se sont mis dos au mur. Ils refusent le seul soutien réel qui, de fait, est le leur, celui des peuples et des travailleurs, y compris d'Israël. Ils donnent le champ libre aux intégristes. Lesquels intégristes n'existeraient pas, ou plus exactement, n'auraient pas pu acquérir l'importance qu'ils ont, et apparaître comme une solution si une authentique politique révolutionnaire avait été développée. Encore une fois, c'est l'absence de partis des travailleurs qui permet à ces gens là de prospérer. Nous devons le dire et cela ne gène en rien notre solidarité.
Parce que c'est là qu'est tout le problème. Ou nous sommes des révolutionnaires totalement solidaires des luttes des peuples, mais aussi totalement libres de nos idées, ou nous nous alignons purement et simplement derrière les dirigeants qui se sont imposés à ceux que nous soutenons et gardons nos idées dans notre poche. Dans ce dernier cas nous devrions renoncer à notre politique.
C'est inacceptable.
D'autant qu'il ne faut pas oublier à qui nous nous adressons, et en premier lieu aux travailleurs, à l'opinion publique de notre propre impérialisme.
Nous n'envisagerions pas dans les cas d'une grève dans une entreprise de dire aux travailleurs : " nous n'avons pas d'autres propositions que de nous en remettre à celles d'un médiateur nommé par le gouvernement ou ses représentants ", parce que nous savons bien que nous ne pouvons faire confiance aux représentants patentés de la bourgeoisie. Tout au contraire nous insisterons sur le rapport de force, la solidarité avec les travailleurs des autres entreprises, et nous en profiterions pour développer l'idée d'une politique indépendante des travailleurs.
Or, dans cette situation, l'appel unitaire développe exactement le contraire. Il s'en remet aux représentants de l'impérialisme pour régler les problèmes. C'est pourquoi nous ne pouvons que regretter que Christian Piquet écrive dans Rouge du 6 décembre : " Par l'interpellation des autorités françaises ou européennes, afin qu'elles sortent de leur passivité complice, qu'elles exigent le respect du droit par Israël, qu'elles répondent aux responsables palestiniens qui en appellent au déploiement d'une force internationale de protection de leurs compatriotes martyrisés. "
Autrement dit : " Jospin, Chirac, Blair, Schröder, etc… sauvez les palestiniens ! " Comme si les travailleurs, les peuples opprimés avaient quoi que ce soit à attendre de ces gens là ! On quémande au lieu d'accuser.
Le vote, ces derniers jours, de la résolution à l'ONU demandant l'envoi d'observateurs en Palestine le montre clairement. Il suffit que les USA exercent leur veto pour qu'immédiatement les représentants français, Védrine en tête, s'inclinent.
L'argument humanitaire n'est pas non plus tenable. En quoi l'envoi d'une " force multinationale " protégerait la population palestinienne des attaques de l'armée israélienne ? Toute l'activité passée des forces de l'ONU montre le contraire. Nous l'avons vu en Somalie. Nous venons d'en avoir la confirmation dans l'ex Yougoslavie avec les révélations sur Sébrénivca. Et les dirigeants de l'ONU ont beau " regretter ", " s'excuser ", ce ne sont que larmes de crocodiles.
L'ONU, " la justice internationale ", ne sont en rien au service des peuples, des travailleurs. Ce ne sont que des instruments mis en place par les impérialistes pour tenter de donner le change et faire croire que leur ordre mondial serait capable de faire régner la paix et la justice dans le monde. Toute l'histoire des cinquante dernières années montre qu'il n'en est rien. Et c'est le rôle des révolutionnaires, non seulement de le rappeler, de le dénoncer avec force mais aussi de ne prendre aucune position qui puisse apparaître comme une caution à ce mensonge.
La mobilisation en solidarité du peuple palestinien a pour objectif de dénoncer la guerre menée par Israël et d'exiger le retrait de l'armée israélienne des territoires occupés, le respect du droit du peuple palestinien à une terre et à un Etat.
Elle ne saurait exiger de qui que ce soit un ralliement à une politique dépendante des partis gouvernementaux ou de l'ONU.
Charles Boulay


Le phénomène Chevènement : un révélateur de la crise de la cohabitation

Avec 8 à 12 % des intentions de votes, d'après les sondages, Chevènement est considéré par la presse comme le " troisième homme " de l'élection présidentielle, celui qui pourrait troubler le duel Chirac-Jospin, en figurant au deuxième tour.
Le phénomène, éphémère ou pas, nous verrons, est révélateur du discrédit qui frappe les deux têtes de l'exécutif et leurs partis respectifs. Chevènement, qui a très bien compris tout le profit qu'il peut tirer de la crise politique née de la cohabitation, cherche à se positionner en petit Bonaparte qui émergerait, au-dessus des partis, et au-dessus de la droite et de la gauche. Son axe de campagne essentiel est la dénonciation du " Janus exécutif " " Chirac-Jospin ", du " système du pareil au même " incarné par " les deux têtes de l'exécutif ".
Il n'a de cesse de montrer, preuves à l'appui, que Jospin et Chirac mènent ou ont mené la même politique sur tous les sujets qui lui tiennent à cœur : " Sur les choix structurants, J. Chirac et L. Jospin se retrouvent: Maastricht, euro, Constitution européenne en 2004, abandon de toute politique industrielle, suppression du service national au bénéfice d'un petit corps expéditionnaire, indépendance des parquets proclamée par J. Chirac et réalisée par L. Jospin, même démagogie à l'égard de la loi républicaine vouée au saucissonnage, que ce soit en Corse, outre-mer ou en matière de décentralisation, etc. C'est ce que j'appelle "le système du pareil au même". […] Ni Etat-RPR, ni Etat-PS ! Place à la démocratie ! ", déclarait-il dans une interview à Libération le 26 novembre dernier.
Et il se garde bien d'indiquer ce qu'il fera au deuxième tour, s'il n'y était pas présent, au point que Jospin et les autres dirigeants du PS s'en sont inquiétés à plusieurs reprises.
Sa propagande électorale est conçue pour tenter de capter des voix aussi bien à droite qu'à gauche.
Jusqu'à présent, il s'est surtout distingué de Jospin et de Chirac par une démagogie plus réactionnaire, conjuguant sur tous les modes possibles les thèmes de l'autorité et de l'ordre, de la souveraineté nationale, de la grandeur perdue de la France… jusqu'à faire l'éloge du colonialisme en Algérie, dans une tribune publiée par le Nouvel Observateur le 25 octobre dernier, intitulée " Cessons d'avoir honte ". Des idées dans la continuité des préjugés réactionnaires qu'il affiche depuis longtemps. " Ceux qui s'offusquent à juste titre d'entendre " la Marseillaise " sifflée [lors du match France-Algérie au stade de France] sont parfois les mêmes qui, voici quinze ans, me faisaient reproche de vouloir la faire apprendre dans les écoles ", rappelle-t-il d'ailleurs lui-même dans la même tribune. Cette propagande a reçu les soutiens qu'elle méritait : outre quelques transfuges du PC, comme l'ancien ministre Le Pors et le nationaliste néo-stalinien Auchedé, Abitbol, Pinton et … Pierre Poujade !
Mais, tout dernièrement, Chevènement a introduit dans sa campagne quelques thèmes plus sociaux. C'est ainsi que dans une interview au journal Les Echos, le 13 décembre, mais aussi dans un meeting à Amiens, il s'est prononcé pour " une revalorisation du travail en commençant par la feuille de paie " et une augmentation du Smic de 25 % en 5 ans. Non sans réclamer en même temps une baisse des charges patronales et dire, à propos des 35 heures, que " ce n'est pas en travaillant moins qu'on s'en sortira ".
De la même façon, il a infléchi sa position sur l'Europe, obligé d'intégrer ce qui est la position de l'ensemble de la bourgeoisie, s'il veut être un candidat crédible, et non le nostalgique d'un passé révolu. S'il condamne la manière antidémocratique dont les dirigeants européens s'apprêtent à établir une constitution politique, et le pacte de stabilité monétaire, il plaide désormais pour un projet européen, acceptant l'élargissement de l'Union européenne, et proposant entre autres d'accroître les pouvoirs de la Banque centrale européenne.
Ainsi, Chevènement compte ratisser des voix, à droite jusqu'à l'extrême droite, mais aussi dans l'électorat de gauche. Il espère capter le mécontentement de tous ceux qui en ont assez de voir les mêmes partis gouverner, en alternance, ou comme c'est le cas depuis 15 ans, conjointement. Il mise sur la crise politique provoquée par le discrédit des partis, de gauche et de droite, qui gèrent ensemble les affaires de la bourgeoisie. Non seulement leurs décisions et leurs actes sont de la même nature, tous inspirés par leur soumission aux exigences du patronat, mais leurs discours sont maintenant, à quelques nuances près, identiques.
Chevènement se veut le candidat de la " rupture ". Sur un mode réactionnaire, et de façon purement démagogique puisque lui-même, au gouvernement, ne mènerait pas une autre politique que celle destinée à satisfaire les intérêts du patronat. Ce qu'il a fait il y a peu.
Mais sa perception de la situation politique est juste : l'heure est effectivement à solder les comptes de la cohabitation. Le " phénomène Chevènement " est un révélateur de plus du discrédit dans lequel sont confondus aux yeux de l'opinion, très largement, et du monde du travail en particulier, la droite et la gauche gouvernementale.
Sa synthèse de la droite et de la gauche leur ressemblera tout autant que les politiques de la droite et la gauche se ressemblent et pour cause !
Mais c'est cette rupture avec les partis de la cohabitation que notre campagne doit signifier clairement, rupture du point de vue des travailleurs, des chômeurs, des exclus, des jeunes et des femmes. C'est la condition essentielle pour pouvoir affirmer, de façon crédible, la perspective de l'émergence d'un parti qui défende réellement les intérêts de la classe des salariés.
Galia Trépère

L'union est un combat. La présidentielle, LO et nous

Il y aura bel et bien deux candidats révolutionnaires en lice lors de l'élection présidentielle de 2002 : Arlette Laguiller pour LO ; Olivier Besancenot pour la LCR. Et les législatives multiplieront les tête-à-tête. Quel paradoxe : jamais autant qu'aujourd'hui l'extrême-gauche n'a été en position de représenter une alternative crédible aux réformistes, socialistes comme communistes ; elle apparaît néanmoins égale à son image de toujours, divisée.
D'aucuns s'en félicitent évidemment, à l'instar de Robert Hue alerté par les sondages qui le donnent derrière Arlette. La dispersion des voix de l'extrême-gauche est une bouffée d'oxygène pour le patron du PCF. Et celui-ci caresse désormais l'espoir que la compétition entre LO et la Ligue démontre amplement aux travailleurs qu'il n'y a rien à attendre de formations minoritaires et incapables de s'entendre entre elles. À la gauche de la gauche institutionnelle, en revanche, personne ne peut se réjouir de l'incapacité des trotskystes à dessiner les contours d'un pôle anticapitaliste, à incarner un projet innovant, sauf à préférer les improbables sirènes du réformisme de gauche au renouveau des forces révolutionnaires qui s'exprime depuis 1995.
Notre désunion brouille la perspective, obscurcit l'horizon. Quid du parti des travailleurs si les courants qui en défendent le principe affichent leur division ? Les cinq années de gestion loyale du capitalisme par le PS, le PCF et les Verts témoignent du besoin urgent d'un parti appuyant jusqu'au bout les luttes de la classe ouvrière ; partant, elles soulignent les responsabilités inédites des révolutionnaires : ils sont les seuls en mesure d'offrir un débouché politique aux centaines de milliers de travailleurs et de jeunes en rupture avec les partis de la gauche gouvernementale. Mais encore faut-il que l'extrême-gauche dépasse ses querelles intestines, héritées de l'isolement dans lequel elle est restée confinée pendant des décennies. La présence de deux candidats aux présidentielles le révèle, ce dépassement est bien difficile.
Au caractère paradoxal de la division LO-LCR s'ajoute une ambiguïté sur les raisons qui ont pu la motiver. LO a refusé à la LCR de rééditer aux présidentielles l'unité des européennes, égrainant les divergences qui feraient obstacle à une nouvelle campagne commune. Dans le communiqué de presse justifiant la décision de LO, François Duburg note qu' " Arlette Laguiller et Lutte ouvrière ne se sentent […] pas les représentants de la nébuleuse 100 % à gauche. " Le Comité central de LO " a donc refusé très majoritairement d'accepter qu'Arlette Laguiller soit la candidate de Lutte ouvrière mais en défendant les programmes de la LCR (car il y en a plusieurs) ". L'argument n'est pas nouveau. Lors des municipales déjà, LO reprochait à la Ligue d'utiliser le label " 100 % à gauche ", considérant qu'il entretenait la confusion avec la gauche gouvernementale. Personne n'a oublié les critiques adressées alors à la Ligue sur ses consignes de vote de second tour.
Il ne nous appartient pas, évidemment, de décider en lieu et place de la direction de LO ce qui est ou n'est pas acceptable pour elle. À la vérité, s'il s'agissait de comptabiliser l'ensemble des désaccords connus entre LO et la LCR, la liste s'allongerait considérablement, tant ces deux courants ont, dans l'histoire, défendu des points de vue différents sur les questions du parti, de l'insertion des révolutionnaires dans le mouvement social, des pays de l'Est, des mouvements de libération nationale, etc. La mondialisation capitaliste et les moyens de la combattre sont, par exemple, actuellement l'objet d'un débat public. LO et la LCR ne sont pas d'accord sur tout, ce n'est pas une surprise. Elles seraient unifiées depuis bien longtemps, s'il en allait autrement.
Partant, les justifications avancées par François Duburg dissipent mal l'équivoque qui entoure le choix de l'organisation d'Arlette. On ne peut s'empêcher de noter que LO s'est montré moins regardante lors des européennes. À l'époque, l'alliance avec la Ligue a été possible, malgré l'existence de divergences déjà anciennes sur l'appellation " 100 % à gauche " ou l'appel à battre la droite au deuxième tour. En 1999, Arlette Laguiller et Alain Krivine ont pourtant fait campagne ensemble, défendant un programme commun. Qu'est-ce qui a pu rendre inimaginable la rédaction d'une plate-forme commune aux yeux de LO ? La question se pose d'autant plus que le contentieux sur l'épineux dossier du second tour a été levé en juin 2001 par la Conférence nationale de la Ligue. La CN a, en effet, clarifié dans le sens des positions de LO ses consignes de vote : en 2002, la LCR laissera les électrices et les électeurs seuls juges de leur attitude au deuxième tour. Et, les militants de la Ligue ont plébiscité l'union LO-LCR à la présidentielle et aux législatives - à 68 % des votes !
La vérité, c'est que le CC de LO a arrêté sa position quelques heures avant que la Ligue ne propose qu'Arlette soit la candidate des deux organisations, au mépris du bilan politique, électoral et militant de la campagne Laguiller-Krivine. La vérité, c'est que LO n'entend tout bonnement pas faire aux présidentielles et législatives les compromis auxquels elle s'était prêtée aux européennes.
La Ligue n'est pas exempte de responsabilité évidemment. Et la direction de LO a beau jeu de rappeler au bon souvenir de ses militants et sympathisants que la LCR en 1995 n'avait pas choisi entre Robert Hue, Dominique Voynet et Arlette Laguiller. Bon nombre de camarades de la LCR partagent d'ailleurs cette critique, et d'autres certainement. Cela est tellement vrai qu'un changement de majorité est intervenu depuis dans la Ligue. Mieux, les militants ayant participé à la campagne Laguiller en 1995 ont précisément intégré la LCR sur la base d'une orientation renouvelée, celle qui a permis l'union LO-LCR aux européennes en 1999 et qui permettait de la rééditer aux présidentielles et législatives de 2002. La Ligue a changé. LO n'a malheureusement pas intégré cette donnée. Le pire, c'est que son attitude sape le cours unitaire qui s'exprime dans la LCR depuis quelques années, sans même parler des conséquences de la division sur le crédit de l'extrême-gauche.
Nous, nous n'ajouterons pas de polémique aux polémiques. En 2002, nous chercherons à faire fructifier l'acquis de 1999, malgré la désunion. Nous n'oublions pas l'espoir que la campagne des européennes a nourri. Nous ne négligeons pas non plus les risques qu'un affrontement LO-LCR fait courir. Notamment, nous ne tomberons pas dans le piège de la compétition électorale où, pour comptabiliser quelques voix de plus, il convient de charger son voisin plutôt que ses ennemis. LO n'est pas l'adversaire de la LCR. Olivier ne se présente nullement en rival d'Arlette. La campagne de la LCR et d'Olivier vise à porter un projet, celui d'un large parti des travailleurs. L'enjeu est que le plus grand nombre portent leurs suffrages sur les candidats révolutionnaires ; l'intérêt d'Arlette et d'Olivier n'est pas de chercher à se disputer les voix, mais de mobiliser dans les urnes et dans les rues les centaines de milliers de travailleurs et de jeunes qui rejettent la gauche plurielle et cherchent une alternative aux réformistes. Les divergences séparant depuis quarante ans LO et la LCR n'intéressent pas la grande masse de ceux qui se rapprochent aujourd'hui de l'extrême-gauche, leurs rivalités pourraient, en revanche, en dissuader beaucoup.
L'union ne se décrète pas. À de rares exceptions près, les révolutionnaires ont traversé des décennies sans réelle possibilité de tester leur politique, chaque désaccord, faute d'être tranché dans la pratique, justifiant la création d'un nouveau groupe. Tenir : l'horizon immédiat se résumait pour beaucoup à cette perspective. Cet isolement a encouragé l'esprit de chapelle, nourri tous les sectarismes. Les relations LO-LCR trahissent le poids du passé, la difficulté à se projeter entièrement dans la nouvelle période. Pourtant, les choses bougent ! Et d'abord dans la LCR et LO. Les préjugés ne tombent pas facilement, mais les militants de LO ne peuvent ignorer la réorientation de la Ligue depuis le mouvement de novembre-décembre 1995. De la même façon, personne dans la LCR ne peut plus désormais tenir LO pour un monolithe arc-bouté sur l'héritage de 17 : la trajectoire de Voix des Travailleurs souligne suffisamment, sans qu'il soit besoin d'en rajouter, que l'organisation d'Arlette Laguiller subit, comme n'importe quelle autre, les effets de l'effondrement de l'URSS et du bloc de l'Est. Comme n'importe quelle autre ? Plus que toute autre en réalité : son histoire comme sa tradition prédisposaient certainement moins LO que la LCR à s'accommoder des nouvelles responsabilités qui incombent désormais aux révolutionnaires.
Nul ne peut ignorer les changements intervenus avec la chute du stalinisme. Personne ne peut en revanche prétendre imposer sa solution. La minceur des bilans dont les uns et les autres peuvent se prévaloir incite plutôt à l'humilité. Les quelques centaines de militants que chaque organisation peut aligner ne peuvent suffire. L'enjeu commande donc de se regrouper. Cela n'implique nullement de se renier. Cela nécessite, par contre, de reconnaître l'apport de chacune des traditions trotskystes, sans a priori. Les révolutionnaires n'avanceront pas en regardant dans le rétroviseur. Il ne s'agit pas de reprendre des débats sans conséquence sur l'avenir, mais d'ouvrir la discussion sur les tâches de l'heure. Dresser d'autres barrières reviendrait à nier le projet d'un parti élargi à d'autres courants que la perspective du parti des travailleurs présuppose.
Les européennes ont confirmé que l'on tranche souvent mieux les questions en marchant. On évite ainsi de se focaliser sur des points mineurs qui masquent un accord sur l'essentiel. On limite surtout l'incompréhension inhérente à la confrontation purement théorique de courants issus de traditions différentes. L'unité des révolutionnaires est un gage pour l'avenir. Elle se pratique sur le terrain. Elle porte en germe l'idée du parti des travailleurs. Que l'alliance LO-LCR de 1999 n'ait pas été reconduite en 2002 est donc un revers pour toutes celles et ceux qui aspirent à redonner à la classe ouvrière un outil défendant pied à pied ses intérêts.
À la présidentielle, aux législatives, l'extrême-gauche se présentera séparée, sinon concurrente. Comme de nombreux travailleurs, nous ne nous satisfaisons pas de cette division des révolutionnaires. Et nous militerons pour la dépasser. Il n'y a aucune fatalité à ce que la situation perdure, moins encore à ce que les choses s'enveniment. Tout annonce au contraire que l'addition des voix de LO et de la LCR placeront l'extrême-gauche devant le PCF, mettront à l'ordre du jour la création d'un nouveau parti. La période appelle l'optimisme. En 2002, nous serons unitaires pour deux.
Serge Godard

Le mouvement anti-guerre en question. À propos du Forum international contre la guerre

" Comment faire la guerre à la guerre ? " La question posée par la Coalition internationale contre la guerre (CICG) résonne, et d'autant plus fort en France où le mouvement anti-guerre a bien des difficultés à se faire entendre. Les bombardements impérialistes se poursuivent depuis le 7 octobre ; les troupes au sol se déploient : aucune initiative marquante n'a été organisée depuis la manifestation du 17 novembre…
En octobre, l'appel " Non à la croisade impériale ", signé alors par 113 intellectuels mais aujourd'hui par plus de 800 personnes, était une première tentative pour élargir le mouvement anti-guerre. La démarche tranche avec celle de l'appel initié par le Mouvement de la Paix. Au lieu de s'adresser à des directions politiques ou syndicales peu enclines à s'engager contre la guerre - c'est un euphémisme -, les intellectuels à l'origine de la CICG ont privilégié le lien direct avec tous ceux qui refusent de rester les bras croisés. Rechercher à tout prix un cadre de front unique avec des forces qui en récusent l'intérêt conduit immanquablement dans une impasse ; relancer le mouvement passait donc par le dépassement de l' " Appel à l'opinion ".
L'écho suscité par l'appel " Non à la croisade impériale " est plus qu'encourageant. L'initiative est encore plus intéressante, si l'on s'attache au contenu même de la plate-forme de la CICG. La forme et le contenu se tiennent. La Coalition évite ainsi le piège du " ni ni " et la référence à l'ONU imposés dans l' " Appel à l'opinion " par ceux-là mêmes qui refusaient de mobiliser. Dernier atout, et ce n'est pas le moindre, la CICG s'est immédiatement inscrite dans une perspective internationale, celle de la globalisation du mouvement anti-guerre.
Le Forum international contre la guerre organisé le 2 décembre à Paris marque une seconde étape, importante. Les rapporteurs se sont appliqués à démontrer les visées impérialistes de la guerre en Afghanistan, les crimes du 11 septembre apportant le prétexte à une croisade déjà planifiée. Michel Collon, dont les livres Poker menteur et Monopoly publiés en 1998 et 2000 prédisaient que l'Afghanistan serait le prochain théâtre de manœuvres des impérialistes, a insisté sur les risques d'une intensification des conflits dans les années à venir en Asie centrale, une région stratégique pour les grandes puissances depuis la découverte d'importants gisements de pétrole et de gaz. Willy Pelletier a souligné le danger d'un certain discours anti-guerre auquel l' " Appel à l'opinion " n'échappe pas, ce discours qui au nom du droit international en appelle à l'ONU et tend ainsi à légitimer une institution à la solde des impérialistes.
La journée du 2 a permis d'affiner les analyses mais aussi de confronter les différentes expériences, en Europe (Belgique, Grande-Bretagne, Grèce, Italie et Suède) et au-delà, puisque des représentants des mouvements anti-guerre pakistanais, palestinien et argentin étaient également présents. L'intervention de Laura Dubinsky membre de Stop The War (Grande-Bretagne) a confirmé qu'il n'y a aucune fatalité à l'absence, en France, d'une large mobilisation contre la guerre. L'expérience outre-manche fait écho à celle du mouvement italien : à chaque fois la gauche gouvernementale est absente ; la lutte est menée par la gauche radicale. On mesure le décalage avec la France où un accord avec les appareils réformistes a été préféré ! C'est une autre voie qui doit désormais être exploitée ; et le succès de la grande manifestation nationale contre les licenciements et les suppressions d'emplois à Paris le 9 juin 2001 rappelle opportunément à tous les sceptiques que nous manquons parfois moins de forces que de volonté politique.
Au soir du 2 décembre, un regret perçait néanmoins, celui de n'avoir pu voter la résolution " Contre la guerre, contre l'Empire " qui prolongeait l'appel des 113. Daniel Bensaïd n'avait pourtant pas ménagé sa peine depuis le matin : il avait centralisé les amendements et intégré les corrections qui allaient de soi. Quelques points nécessitaient un débat. En une heure, peut-être, l'appel était finalisé. Une intervention a jeté le doute. En insistant sur le besoin pressant d'une nouvelle échéance de mobilisation, Catherine Samary rappelait un des enjeux du Forum, mais cela n'était nullement contradictoire avec le vote du texte que Daniel Bensaïd défendait. Résumer une journée de débat fructueux en trois mot d'ordre rabaissait singulièrement l'ambition de la rencontre. C'était surtout tenir pour négligeable l'essentiel : la résolution " Contre la guerre, contre l'Empire " débattue le 2 dépasse de très loin l' " Appel à l'opinion " et permet de construire un mouvement anti-guerre sur des bases claires. Au final, la résolution n'a pas été votée et aucune date de manifestation n'a été arrêtée. Dommage.
De nombreux militants de la LCR à l'instar de Daniel Bensaïd, Willy Pelletier ou Janette Habel sont impliqués dans la Coalition. Au-delà des personnes, c'est l'ensemble du mouvement révolutionnaire qui est concerné. L'internationalisme, l'anti-impérialisme ne sont pas des notions abstraites ; elles s'incarnent dans une politique.
S. G.

La Coalition internationale contre la guerre a un site Internet : <http://cicg.free.fr/>
On peut notamment y lire l'essentiel des interventions faites lors du Forum international contre la guerre : http://cicg.free.fr/forum.htm
La résolution " Contre la guerre, contre l'Empire " débattue au Forum est également en ligne : http://cicg.free.fr/resol.htm

Pays Basque et question nationale

Depuis le contre-sommet de Biarritz de l'an dernier, un débat agite les organisations du mouvement ouvrier (syndicats, partis ) et les associations : face aux agissements criminels de l'ETA et à la kale borroka (lutte de rue que pratiquent des groupes de jeunes - dont il est dit qu'ils servent de base de recrutement à l'ETA - qui incendient des bus etc...), quelle attitude adopter vis à vis du mouvement abertzale (abertzale = patriote, en traduction mot à mot) ?
Rappelons que, lors de ce contre-sommet, la CGT, la FSU, le PC, les Verts... avaient quitté son collectif d'organisation sous différents prétextes ayant pour point commun la présence massive de groupes abertzale, venant des deux côtés de la frontière, dans la manifestation unitaire prévue. Les incidents de rue qui avaient eu lieu durant le contre-sommet les avaient confortés dans leur position. La LCR avait, pour sa part, exprimé un point de vue tout à fait différent, contribuant, notamment avec ATTAC Pays Basque et les organisations abertzale, à la réussite des actions unitaires prévues par le contre-sommet, forums et manifestation.
Aujourd'hui, cette question rebondit et se traduit par une véritable exclusive de la part de la CGT et de la FSU, et ponctuellement d'ATTAC, à l'encontre du mouvement abertzale. Si ces organisations n'ont pas, à ce jour, exprimé clairement leur position par écrit, dans les faits elles refusent d'agir en commun avec les organisations nationalistes qui ne condamnent pas explicitement les méthodes et la politique de l'ETA, donc, de fait, avec l'ensemble des organisations nationalistes
(Abertzalen Batasuna, Batasuna, le syndicat LAB...). Ainsi, la CGT et la FSU ont refusé toute initiative anti-guerre avec les abertzale, tandis qu'ATTAC ne les invitait pas à l'organisation de la manifestation anti-OMC du 10 novembre dernier.
A notre sens, il s'agit là d'exclusives injustifiables que nous combattons. Elles sont contraires à ce qu'a été la politique de la LCR par rapport au mouvement nationaliste radical basque jusqu'à aujourd'hui : critiques sans complaisance à l'encontre des différents courants nationalistes, mais débat avec eux et actions communes quand cela est possible.

Retour sur quelques points qui ont guidé notre intervention sur le problème basque au long de ces 25 dernières années

A la racine de ce que l'on appelle le problème basque, il y a une question nationale non réglée. Notre courant l'a analysée, en particulier à travers les textes à l'époque de la LKI (organisation basque de la IVème Internationale). En ce qui nous concerne, nous avons toujours défendu les revendications démocratiques au Pays Basque, principalement :
· le droit à la langue et à la culture ; nous sommes en faveur de l'intégration des ikastolas (écoles en langue basque), en tant que système pédagogique, dans le service public ; également en faveur de la co-officialisation du basque et du français, c'est à dire d'un réel bilinguisme.
· le rapprochement des prisonniers politiques en tant que revendication immédiate
· le droit à l'autodétermination, avec un débat : sommes-nous en faveur de la création d'un état basque, donc pour la séparation par rapport à l'état espagnol et à l'état français ? Côté LKI, la réponse était oui, ce qui a du reste entraîné l'entrée des camarades dans le courant nationaliste radical. Côté LCR Pays Basque, c'était très majoritairement non, et probablement de même aujourd'hui.
Nous avons toujours placé au premier plan de cette question non réglée la responsabilité des gouvernements espagnols qui se sont succédés après Franco, en mettant en avant la non épuration de l'appareil d'état, de la police et de l'armée en particulier, où les éléments franquistes, les nostalgiques du fascisme ont pu continuer à exercer. Ceci est encore vrai en 2001. Et la torture continue de sévir en Espagne (voir le rapport d'Amnesty International en 2000). Tous ces gouvernements ont cru régler le problème basque par la répression policière. Ils ont été aidés par leurs homologues français ; il faut se souvenir des extraditions sous Mitterrand, de l'aide au GAL, " Groupe antiterroriste de libération " dirigé par l'état espagnol avec à sa tête le PSOE, qui a tué dans les années 80, au Pays Basque français, plus d'une trentaine de personnes, indépendantistes ou non .... Et récemment, lors de la dernière trêve de l'ETA qui a duré 14 mois (pour s'achever en décembre 99), le gouvernement espagnol et sa police en ont profité pour intensifier la chasse aux étarras, et de même côté français.
Nous avons également toujours dénoncé la non prise en compte de la question nationale basque par le mouvement ouvrier, accompagnant du reste sa collaboration avec les forces bourgeoises, pacte de la Moncloa par exemple, avec Suarez, après la mort de Franco. Nous en avons eu de multiples exemples en France, ainsi sur la question de la langue : quand des avancées peuvent être réalisées, même s'il y a derrière des raisons électoralistes (en 1985-86 sur les ikastolas, aujourd'hui sur les Diwans avec possibles répercussions sur les ikastolas ), des secteurs de gauche se dressent contre. Et si au Pays Basque espagnol, Izquierda Unida (front constitué essentiellement par le PC) paraît aujourd'hui plus ouverte à la question nationale, c'est pour entrer dans le gouvernement autonome, avec le parti bourgeois basque qu'est le PNV.
Si nous défendons les revendications du peuple basque, nous le faisons sans la moindre concession à l'idéologie nationaliste ou à l'un quelconque de ses courants. Cette position ne date pas d'aujourd'hui. A l'époque des attentats " ciblés " contre policiers ou militaires, nous condamnions sans réserve ces exécutions qui n'aidaient pas, bien au contraire, à l'organisation démocratique nécessaire des travailleurs basques. C'est tout le problème de la lutte armée minoritaire, qui se substitue à la mobilisation de masse des travailleurs qu'il faut construire par un travail long et patient d'organisation. De plus, si les nationalistes radicaux utilisaient un vocabulaire parfois marxisant, il était clair que leur ciment idéologique était le nationalisme, avec tous les aspects que nous dénoncions : alliance entre les classes " basques ", division entre les travailleurs basques et non basques. Nous combattions cette stratégie et y opposions la construction d'une organisation révolutionnaire qui défende les intérêts des travailleurs, et intègre les revendications démocratiques du peuple basque. Ces critiques, nous les portions à l'ETA mais aussi à l'ensemble des courants se réclamant du nationalisme, les plus radicaux étant Herri Batasuna au Pays Basque espagnol et Herri-Taldeak au Pays Basque Français. Dire " nous " est certes abusif ; il n'y avait pas unanimité sur ces questions. Ainsi les camarades de la LKI étaient quant à eux sur des bases plutôt opportunistes envers les nationalistes radicaux. Ils en vinrent d'ailleurs, dans un premier temps, à soutenir les candidatures nationalistes aux élections, puis, dans un deuxième temps, à se fondre dans le mouvement nationaliste et à dissoudre leur propre organisation, la LKI, qui aujourd'hui n'existe plus.
En résumé, nos critiques par rapport à l'ETA et aux organisations abertzale portaient sur leur orientation inter-classiste et non anti-capitaliste, sur l'aspect substitutiste de la violence minoritaire. Nous y opposions la construction d'un parti ouvrier révolutionnaire, doté d'un programme incluant les revendications nationalistes démocratiques comme le droit à l'autodétermination. La constitution d'un état basque nous paraissait historiquement dépassée. Nous y opposions la perspective des Etats Unis socialistes d'Europe dans lesquels Euskadi pourrait exister.

Dans ses grandes lignes, cette orientation est toujours la nôtre

Nous ne nions pas les évolutions qui de fait ont et ont eu lieu - et ce n'est que logique, elles ont suivi les évolutions plus générales au niveau politique, économique et social - dans le mouvement nationaliste, et dans la tactique de l'ETA en particulier. Il y a une nouvelle génération de jeunes parmi les membre de l'ETA, dont on dit qu'ils sont moins formés politiquement, plus activistes et plus extrémistes. Certains camarades se posent la question d'un changement de nature de l'ETA : " l'ETA est-il toujours de gauche ? " . La question peut se poser autrement : l'ETA a-t-elle jamais été de gauche, si tant est que le qualificatif " de gauche " ait une réelle signification. En raisonnant en terme d'organisation ouvrière et d'organisation bourgeoise, nous avions qualifié les organisations nationalistes radicales, avec notre vocabulaire, d'organisations petites bourgeoises, l'ETA en étant le bras armé. Cela reste toujours vrai. L'on assiste à la dérive de l'ETA, suite à l'impasse dans laquelle elle se trouve ; c'est la logique de la lutte armée qui, n'ayant plus d'issue dans une situation donnée et se trouvant de plus en plus minorisée, va dégénérer. Mais l'ETA peut aussi pactiser, comme elle l'a déjà fait au cours de son existence ; il y a eu de sa part plusieurs tentatives pour discuter avec l'Etat espagnol ; on retrouve d'ailleurs à ce niveau le fait, pour l'ETA, de se substituer au peuple basque.
Les attentats actuels relèvent certes de la volonté d'imposer la terreur . Etait-ce différent, dans les années 80 avec l'attentat d'Hypercor à Barcelone ou l'assassinat par l'ETA de Yoyes , l'une de ses militantes qui avait abandonné la lutte armée et quitté l'organisation, sans pour autant figurer parmi les très officiels " repentis " qu'utilisait le gouvernement?
Notre condamnation des attentats de l'ETA est sans faille, mais elle ne signifie pas lui découvrir tout d'un coup un caractère fasciste, si l'on donne aux mots leur sens. Nous continuons donc à condamner de la façon la plus ferme l'ETA, en restituant le caractère politique global, la simple condamnation restant insuffisante. C'est dans ce cadre que nous inscrivons nos prises de position publiques lors de tel ou tel événement.
Les mouvements nationalistes pratiquent encore et toujours l'alliance de classe. C'est l'axe des accords de Lizarra Garazi signés en septembre 1998 entre le PNV et EA (partis basques bourgeois), les nationalistes radicaux (Euskal Herritarok et le syndicat LAB) et Izquierda Unida. C'est aussi la marque de certaines alliances électorales pratiquées par les nationalistes radicaux du Pays Basque français aux dernières élections municipales où ils se sont présentés sur des listes de droite à Biarritz et Anglet. Nous ne nous en étonnons pas : c'est le trait marquant de leur politique et c'est sur quoi nous nous opposons à eux, nous qui œuvrons à développer une politique indépendante pour la classe ouvrière, à mettre en avant des mots d'ordre et des plates-formes qui défendent les intérêts des travailleurs, sans aucune concession envers ceux des patrons, qu'ils soient petits ou grands, basques ou non.

Politique unitaire et mouvement abertzale

La Section Pays Basque de la LCR critique donc aujourd'hui le refus de la CGT, de la FSU... de mener toute action unitaire avec les organisations abertzale car elles ne condamnent pas explicitement l'ETA.
Nous pensons qu'il ne faut pas faire l'amalgame entre l'ETA, organisation clandestine qui utilise le terrorisme comme méthode de lutte, et les organisations légales comme AB, Batasuna, ou le syndicat LAB, officiellement reconnues.

Le mouvement nationaliste basque est en pleine mutation avec la crise qui le secoue, précisément due à la politique de l'ETA.
· Les dernières élections au Pays Basque espagnol pour le Parlement basque se sont traduites par une forte baisse des nationalistes radicaux (de 17,9% des voix et 14 députés en 1998 à 10,1% et 7 élus en mai 2001).
· Euskal Herritarok, front radical du Pays basque espagnol, a éclaté. Il a échoué dans sa volonté de constituer une nouvelle organisation plus élargie, Batasuna, existant des deux côtés de la frontière. Batasuna a été créée il y a quelques mois, mais sur des bases plus restreintes qu' Euskal Herritarok. Au Pays Basque français, les deux tiers des militants d'Abertzalen Batasuna ont refusé de fusionner avec Batasuna ce qui a entraîné une scission en octobre dernier. Au Pays basque espagnol, plusieurs courants, minoritaires certes mais significatifs, comme Aralar, Zutik (où sont regroupés les " anciens " de la LKI) ont refusé d'être partie prenante de Batasuna alors qu'ils intégraient Euskal Herritarok.
Dans ce contexte, il est nécessaire de discuter avec les militants nationalistes, agir avec eux chaque fois que possible. Cela ne signifie pas complaisance envers le nationalisme, mais prise en compte du caractère démocratique de certaines de ses revendications, et volonté de ne pas le laisser dans un ghetto.
D'autre part, les organisations qui pratiquent ces exclusives donnent comme raison le fait que les abertzale refusent de condamner l'ETA. Elles mettent en avant cette exigence comme préalable à toute initiative unitaire, ce qui est la négation même de la recherche d'unité ! Pour réaliser une action unitaire, l'objectif est de mettre en place une plate-forme commune et les actions qui l'accompagneront, sans exiger des signataires qu'ils prennent position sur des points qui ne sont pas en lien direct avec la plate-forme. Sinon, à l'époque de l'URSS, on aurait exigé du PCF et de la CGT qu'ils condamnent explicitement les crimes staliniens; autre exemple actuel, pour toute initiative unitaire anti-guerre il faudrait exiger des participants la condamnation explicite du gouvernement Jospin, qui est l'allié objectif de l'intervention des USA en Afghanistan. Autant dire que des actions unitaires seraient fort rares !
Il faut ajouter que cette position de la CGT, FSU, etc... peut également servir à masquer les liens étroits de leurs directions avec le gouvernement. Ainsi dans le cas de la mobilisation anti-guerre à Bayonne, cela leur a servi pour ne pas mobiliser avec le Comité Stop La Guerre (composé d'individus et soutenu par ATTAC, la CNT, la LCR et les organisations abertzale). Les mots d'ordre clairs du Comité (Halte aux bombardements, Retraits des Troupes, Non à l'intervention française, Abrogation des mesures liberticides...) contrastaient trop avec les plates-formes ambiguës que proposaient CGT, FSU,...
En conclusion, l'existence d'un mouvement nationaliste important au Pays Basque est la conséquence d'une question nationale non réglée, et qui ne pourra l'être que de façon politique, ni par l'exclusion, ni par la répression. Si ce mouvement est souvent isolé et replié sur lui-même, c'est aussi l'effet des erreurs des directions du mouvement ouvrier. Il ne s'agit pas de les perpétuer !
La section LCR du Pays Basque a débattu de ces questions et a adopté le texte ci-dessous :

Résolution - 20/11/01

Avec comme justification le fait que les organisations nationalistes basques ne condamnent pas explicitement et publiquement la politique et les méthodes de l'ETA, des organisations comme la CGT, la FSU, ou ATTAC (pour la manifestation anti-OMC du 10 novembre), se refusent à agir unitairement avec les abertzale.
La Section Pays Basque de la LCR se prononce contre ces exclusives. Elle poursuivra la politique unitaire qu'elle pratique habituellement. C'est à dire que pour mettre en place une initiative unitaire, elle convoquera les organisations du mouvement ouvrier, les associations qui peuvent être intéressées, et les organisations abertzale, le seul critère pour la réalisation de cette initiative étant l'accord sur une plate-forme commune et sur les modalités d'actions qui l'accompagneront. Pour la LCR, il n'y a pas à exiger des organisations signataires qu'elles prennent position sur des points qui ne sont pas en lien direct avec les objectifs de la plate-forme.
Dans toute réunion unitaire où elle sera invitée, la LCR mettra en avant cette position, se réservant de participer ou non à des initiatives qui ne respecteraient pas ce cadre.
Claude Miquel

Le droit de vote pour tous, les calculs électoraux du PS et les révolutionnaires

Martine Aubry a présenté le projet de programme du PS pour 2002, dans lequel cinq lignes sont consacrées aux " étrangers ", dans la partie Une reconnaissance de tous et de chacun. Rien de bien précis n'y est dit, mais d'après la présentation faite par Aubry, il semblerait que le PS veuille jouer à nouveau la carte des promesses électorales, y compris en ce domaine. Il serait question de la création d'une " citoyenneté de résidence " après cinq années de présence en France. Il s'agit donc clairement d'une deuxième classe en matière de droit, qui donnerait accès à des emplois qui sont fermés actuellement aux immigrés, et le droit de vote aux élections locales. Le PS préconiserait aussi la fin de la " double peine " pour les jeunes entrés en France avant l'âge de 10 ans et les personnes y séjournant depuis plus de 15 ans.
Ce ne sont certainement pas ces calculs électoraux qui pourront vaincre l'écœurement de nombreux militants de gauche qui ont été révoltés par la politique menée depuis cinq ans par le gouvernement Jospin. Car il ne s'agit pas seulement de promesses non-tenues, que ce soit celles de 1981, de 88 ou de 97, mais bien d'une politique raciste et anti-immigrés, avec l'appel au recensement des sans-papiers pour mieux les expulser, le renforcement des lois Pasqua-Debré par la loi Chevènement, la condamnation de militants qui avaient protégés des sans-papiers, et la continuation de l'application de la double-peine.
La liste est longue, et il faut y rajouter le racisme entretenu par les politiciens, y compris de gauche, désignant la population immigrée comme bouc émissaire des problèmes sociaux, que ce soit par la xénophobie d'un Mauroy, qui n'avait pas hésité à traiter d'ayatollahs des ouvriers immigrés en grève à Talbot dans les années 80, ou par la propagande d'un Rocard sur le thème " la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ", propagande largement reprise par l'ensemble de la classe politique.
Parmi tous ceux qui ont milité pour faire avancer les droits des immigrés ces dernières années, les ruptures avec la gauche gouvernementale sont nombreuses et, ne comptant plus directement sur elle, des collectifs se sont constitués, comme par exemple les trois collectifs nationaux (Même sol, mêmes droits, même voix ; Un(e) résident(e), une voix ; Pour une véritable citoyenneté européenne) qui revendiquent aujourd'hui le droit de vote pour les étrangers aux élections municipales. Pour les militants qui font le choix de s'investir dans de tels collectifs se pose le problème de militer sur des bases limitées, " le droit de vote pour tous ", sans pour autant taire ce que nous pensons de la démocratie bourgeoise.

La question du droit de vote repose sur l'idée que les hommes sont égaux en droits, comme en devoirs.
C'est l'idéologie des droits de l'homme, des grandes valeurs que sont l'égalité, la démocratie… celle que la bourgeoisie avait proclamée en 1789 et qui est affichée sur toutes les mairies, pour couvrir d'un voile universel son système d'exploitation. Mais dès la Révolution française, la fraction la plus radicale, avec Babeuf, dénonçait déjà cette hypocrisie d'une prétendue égalité des droits quand l'égalité sociale n'existe pas.
Plus de deux siècles après, le droit de vote est clairement un droit démocratique frelaté.
Bien sûr, nous sommes pour que ceux qui le revendiquent l'obtiennent, et nous soutiendrions sans réserve ceux qui, privés de ce droit, prendraient l'initiative de mener cette lutte pour le conquérir. Sans réserve, mais en combattant les illusions sur la démocratie bourgeoise qui pourraient naître dans ce combat.
La bourgeoisie et son Etat se sont accommodés du suffrage universel, le système de l'alternance est bien rodé pour amortir les crises sociales, les lois électorales truquent la représentativité réelle (les problèmes de proportionnelle, ou les maires élus avec 25 % des suffrages des électeurs inscrits…). Les successions droite-gauche et les cohabitations à répétition ont fait la démonstration que le vote ne change rien. Le nombre d'abstentionnistes croissant montre que la comédie électorale est de plus en plus clairement comprise.

Dans le monde du travail comme dans la jeunesse, peu de monde peut croire à l'égalité des droits, dans une société qui repose sur l'inégalité sociale, sur l'exploitation. Beaucoup voient que tous les discours sur la démocratie et l'égalité des chances sont des tromperies. Alors, revendiquer le " droit de vote pour tous " ne signifie pas l'idéalisation de la démocratie bourgeoise censurée et bâillonnée. Combattre pour que tous soient reconnus citoyens à part entière n'implique pas de fermer les yeux sur l'exploitation et d'entretenir des illusions.
La question des droits démocratiques ne peut pas être séparée de la lutte des classes. Militer pour des droits démocratiques sans relier ces droits à la conquête de droits sociaux, c'est les vider de leur substance. La bourgeoisie s'est opposée dans le passé aux conquêtes des droits démocratiques parce qu'ils étaient portés par des travailleurs en lutte qui défendaient, en même temps, l'amélioration de leurs conditions d'existence, un autre partage des richesses au détriment de la bourgeoisie. Avec la lutte pour la République et le suffrage universel en 1848, c'est la République sociale que revendiquaient les travailleurs, celle qui devait donner du travail et du pain à tous. Le droit de se syndiquer ? c'était pour gagner la journée de 8 heures.
La bourgeoisie a intégré et géré le suffrage universel, le droit d'association et de réunion et les autres. Mais elle a tout fait pour séparer au sein du mouvement ouvrier la lutte pour les droits sociaux et les droits démocratiques, séparation que l'on retrouve dans la division entre syndicats et partis politiques.
Pour le monde du travail, la question sociale et la question démocratique sont indissociablement liées, dans les faits, comme dans les consciences. Ce n'est pas n'importe quel contrôle que nous revendiquons, c'est celui des comptes des entreprises et de l'Etat, pour les embauches, les augmentations, l'interdiction des licenciements. C'est un nouveau droit démocratique et social, inséparablement. Nous le défendons, le popularisons… tout en expliquant qu'il est incompatible avec la politique d'accumulation du capital de la bourgeoisie, car il implique une autre répartition des richesses à l'heure, où face à la récession, elle accentue son offensive pour diminuer davantage la part qui revient au monde du travail.
Les droits démocratiques aujourd'hui sont des concessions locales et de plus en plus limitées, dans les pays riches, laissant la gestion de quelques secteurs à des élus, eux-mêmes prisonniers de lois qui ne leur laissent que très peu de marges de manœuvres.
Alors conquérir de nouveaux droits démocratiques ne peut être séparé de la volonté de remettre en cause le système dans son ensemble, on ne peut le faire qu'en faisant appel à la volonté de faire vivre la démocratie directe, c'est-à-dire de faire de la politique pour défendre nos droits de travailleurs.

Solidaires de tous ceux qui militent pour le " droit de vote " et " l'égalité des droits " aujourd'hui, nous pouvons participer à ce combat mais, sans nous aligner sur des idées qui ne sont pas les nôtres, celles d'une bonne démocratie, plus juste, plus égalitaire.
Franck Coleman

Quelques faits et chiffres…

Le NBER (bureau américain national de recherche économique ) a annoncé que " la fin du cycle d'expansion de l'activité est intervenue en mars 2001 ce qui a marqué le début de la récession "… ce qui a fait dire à un économiste qu'il était " surpris que la récession ait commencé en mars "… en contradiction totale avec la propagande tant gouvernementale que patronale qui date des attentats du 11 septembre les problèmes économiques.

En décembre, CalPERS qui gère les retraites de 1,2 million de fonctionnaires californiens, soit 151 milliards de $, a décidé d'investir, dans les prochains 18 mois, un milliard de $, en plus des 600 millions déjà placés, dans une quinzaine de " hedge funds ", (ces fonds spéculatifs à risque réservés aux plus riches où l'investissement minimum est d'un million de $ et qui limite le nombre d'investisseurs à 100). Actuellement, plus d'un nouveau " hedge fund " apparaît chaque jour …

De janvier à novembre, 1,4 million de salariés américains ont été licenciés.

V.H.

LIVRES

" Mémoires d'un révolutionnaire " de Victor Serge (collection Bouquins - 195 F)

C'est une réédition de textes de Victor Serge sur la révolution russe jusqu'à la dégénérescence stalinienne avec des inédits, surtout sur les liens entre les anarchistes et la révolution russe. Il explique pourquoi il rejoignit les bolchéviks durant la guerre civile : " Dans les transformations qui s'accomplissent d'un bout à l'autre du monde, que de naissances, que de promesses ! Efforçons-nous de les comprendre, parlons-en, étudions-les.. . Ma joie est inexprimable d'aller prendre ma part des peines et des labeurs de tous ceux qui, en Russie, continuent l'immense entreprise de transformation sociale. Je crois qu'ils seront de grands ouvriers de progrès et qu'ils élargiront bellement l'horizon humain ".
Il décrit la vie d'ouvriers, jeunes, intellectuels qui ont préparé et mené la révolution russe en faisant de la propagande et en organisant autour des idées de la lutte des classes dans les campagnes, les usines, les prisons, les militants pour qui " ne pas résister, c'est ne pas exister " Emancipés des préjugés conformistes, ils avaient rompu avec la social démocratie réformiste, l'internationalisme, c'était leur vie.
Il était de tradition anarchiste mais, " si les anarchistes n'adoptent pas en présence d'une révolution, de toutes les nécessités de la révolution, une attitude claire et nette, ils ne joueront aucun rôle. Les uns se borneront à suivre de plus ou moins loin les communistes les plus décidés. Les autres, hélas, se retrouveront parfois… à la remorque de la réaction. Ils ne pourront exercer une influence que si, révolutionnaires, ils acceptent de l'être sans rien se dissimuler des conséquences de leur attitude. Ils seront alors des communistes qui, dans les grandes circonstances de la lutte révolutionnaire, agiront par la force des choses comme tous les communistes véritables et de concert avec eux ". Il poursuit : " j'avoue ne pas concevoir que l'on puisse être révolutionnaire (autrement que de façon purement individualiste) sans reconnaître la dictature du prolétariat… L'énergie révolutionnaire, multiple et variée par sa nature, doit être dans la bataille organisée, concentrée, cohérente, consciente " et il préconise une " réforme de l'anarchisme " : " au lieu d'être une doctrine subjective, trop absolue et d'ailleurs largement utopique, qu'il soit ramené… à la réalité de la lutte des classes, à ses nécessités pratiques. Qu'il cesse d'être le privilège de minuscules groupements sectaires pour ajouter à l'ampleur et à la richesse du vaste mouvement ouvrier appelé à réaliser la transformation sociale en passant par l'étape nécessaire du communisme ".
En faisant le portrait de Lénine, il montre les liens du parti bolchévik avec les masses, complètement indépendant de la démocratie bourgeoise, où les exploités sont acteurs de leur propre émancipation ; le bolchévisme, c'est " l'accord entre la pensée et l'action ". L'audace révolutionnaire de Lénine, Serge la décrit ainsi : " alors que les dogmatiques, cherchant toujours à soumettre la réalité sociale aux exigences de leur idéologie et appliquant mécaniquement à des situations infiniment variées des formules abstraites sont toujours en retard d'une époque sur les événements, alors que les éclectiques et les opportunistes, s'adaptant au jour le jour au cours des choses, se montrent à la fois incapables de prévoir et de vouloir sérieusement la transformation sociale parce qu'ils suivent en réalité les classes moyennes dont la vue est très bornée, le marxiste-révolutionnaire, appliquant à la lutte sociale une méthode d'analyse scientifique et une philosophie pour l'action -celle du prolétariat-, saisit le présent dans toute sa richesse et sa complexité et y discerne les possibilités historiques ". Il montre comment les bolchéviks se posaient le problème d'organiser les communistes vis-à-vis des autres tendances du mouvement ouvrier : " ne point s'isoler, aller aux masses, persuader, convaincre, soutenir nos frères de classe quand ils combattent, encourager leurs initiatives et, par notre intransigeance fraternelle, les aider à se libérer des illusions de la démocratie bourgeoise ". La force de la pensée de Lénine, ç'a été de comprendre que " jamais des millions d'hommes n'écouteront les conseils du parti si ces conseils ne coïncident pas avec ce que leur enseigne l'expérience de leur propre vie ".
Serge raconte aussi le combat des bolchéviks pour " prévenir la cristallisation de l'Etat ouvrier issu de la guerre et de la révolution, pour solliciter toujours et partout l'initiative des individus et des masses ".
Le témoignage de Victor Serge, c'est celui d'une génération qui a fait la révolution puis s'est battue contre le stalinisme mais qui fut gagnée par la démoralisation qu'il engendra dans les années 40 et l'amena à remettre en cause l'Etat ouvrier.
Lire ces pages, c'est retrouver le combat quotidien des travailleurs et militants qui ont pris le pouvoir puis ont combattu le stalinisme, la force des travailleurs organisés et d'individualités révolutionnaires, une concrétisation des idées marxistes qui fait dire à Serge : " Telle qu'elle est, la révolution sociale en Russie est en grande partie l'œuvre du bolchévisme. Comme toutes les conclusions historiques, celle-ci comporte quelque injustice. On semble méconnaître les immenses efforts de tous ceux qui, avant l'heure du bolchévisme, ont fait la révolution : propagandistes et terroristes socialistes-révolutionnaires, anarchistes, menchéviks…. En attendant, la vie ne récompense que ceux qui ont vaincu… Or, tous les autres ont défailli ou se sont trompés au dernier moment ; les bolchéviks, eux, ont osé ".
Sophie Candela

" Paul et Laura Lafargue : Du droit à la paresse au droit de choisir sa mort "
de Jacques Macé (Edition l'Harmattan 120 F)

Le livre de Jacques Macé donne largement la parole aux écrits de Lafargue et aux combats du mouvement ouvrier de la 2ème moitié du XIXè, époque de construction des Partis socialistes en tant que premiers partis ouvriers révolutionnaires modernes.
Né en 1842 à Santiago de Cuba, Paul Lafargue appartient à la génération de militants socialistes qui ont contribué à apporter à la classe ouvrière une théorie de la lutte des classes, le marxisme. Sa compagne, Laura, fille de Marx, a été, elle aussi, plongée dans le combat d'idées. Tous deux se suicident en 1911, à la veille de l'effondrement des Partis socialistes face à la Première guerre mondiale. Paul Lafargue laisse une lettre où il explique : " Sain de corps et d'esprit, je me tue avant que l'impitoyable vieillesse, qui m'enlève un à un les plaisirs et les joies de l'existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles, ne paralyse mon énergie , ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi-même et aux autre. Depuis des années, je me suis promis de ne pas dépasser les 70 ans... Je meurs avec la joie suprême d'avoir la certitude que dans un avenir prochain, la cause à laquelle je me suis dévoué depuis quarante-cinq ans triomphera. Vive le Communisme ! Vive le Socialisme International ! "
D'abord proche des idées de Blanqui, le Vieux Lutteur, Lafargue rencontre Marx à Londres : " j'avais alors 24 ans. De toute ma vie, je n'oublierai l'impression que fit sur moi cette première rencontre… Il accueillait toujours les jeunes avec sympathie car, disait-il, " il faut que je prépare ceux qui, après moi, continueront la propagande communiste ".
A Paris, à la veille de la Commune, il se consacre à la construction des sections parisiennes de l'Internationale et écrit dans de nombreux journaux socialistes. Après son échec, comme beaucoup d'autres militants, il émigre à Londres où il met Guesde en contact avec Marx qui apporte son aide à la rédaction du " Programme du Parti ouvrier français " de 1882 qui défend " l'expropriation politique et économique de la classe capitaliste et le retour à la collectivité de tous les moyens de production ".
Il regagne Paris lors de l'amnistie des Communards en 1880 et participe aux débats dans le mouvement socialiste divisé alors entre plusieurs partis.
Lors de plusieurs séjours en prison, il écrit des pamphlets, critiques radicales de la société bourgeoise, de sa morale, de ses mœurs, de ses " grands hommes ", comme " Le Droit à la paresse, réfutation du droit au travail de 1848 ", " Le pape Pie IX en Paradis ", " La Légende de Victor Hugo ".
Le mouvement ouvrier, en plein essor, s'organise pour mener ses combats de classe avec la conscience d'avoir un rôle spécifique à jouer dans la transformation de la société et arrache des droits nouveaux, comme en 1884 le droit de constituer des syndicats.
Au Congrès socialiste de Paris en 1889, qui donnera naissance à la Deuxième Internationale, l'appel aux socialistes européens et américains est rédigé par Lafargue " Nous socialistes, poursuivons l'affranchissement du travail, l'abolition du salariat et la création d'un ordre de choses dans lequel, sans distinction de sexe et de nationalité, toutes et tous auront droit aux richesses issues du travail commun ". A Paris, il y a 100 000 manifestants le Premier mai 1890.
Après la sanglante répression de la manifestation du Premier mai 1891,à Fourmies, condamné à un an de prison pour " provocation au meurtre ", il déclare au procès : " la production capitaliste, rendant inutile la classe capitaliste, a signé son arrêt de mort, que la classe prolétaire est chargée d'exécuter ; celle-ci grandit tous les jours, elle remplit toutes les fonctions utiles dans la production et la défense nationale [… ] Le meurtre ou tout acte de violence individuel ne peuvent donc trouver place dans les théories socialistes du parti ouvrier marxiste ".
Elu député à Lille, il est mis en liberté provisoire. Aux élections suivantes, les socialistes, dont Jaurès, obtiennent pour la première fois 54 députés.
Face au progrès du mouvement ouvrier, la bourgeoisie cherche à l'affaiblir en domestiquant certains de ses représentants. Quand pour la première fois, un socialiste, Millerand, entre en 1898 dans le gouvernement, Lafargue est de ceux qui combattent ce reniement, d'autres comme Jaurès le justifient.
En 1905, les socialistes se regroupent dans un même parti, la SFIO (section française de l'Internationale ouvrière), Lafargue y est chargé des relations avec les socialistes européens, Lénine, Bebel, Kautsky, W. Liebknecht, Rosa Luxemburg.
Peu de temps avant sa mort, il écrit : " La guerre ne mettrait pas sur pied, comme autrefois, des centaines de milliers d'hommes, mais des millions qui, sur des champs de bataille de 40 à 50 kilomètres, se massacreraient sans se voir, sans héroïsme, sans gloire. Les engins de mort modernes les transformeraient en gigantesques abattoirs. Les prolétaires auront les armes à la main. .. Ils commenceront la révolution… Quel gouvernement européen oserait affronter de si terribles éventualités ? Je ne crois pas à la possibilité d'une guerre européenne…. ".
A l'enterrement de Paul et Laura, en 1911, suivi par 20 000 personnes, Lénine déclara : " Si l'on n'a plus de forces pour travailler pour le Parti, il faut regarder tout droit la vérité et il faut savoir mourir comme les Lafargue ".
Valérie Héas

" L'impasse de Bab Essaha " de Sahar Khalifa (collection 10/18 - 40 F)

L'impasse de Bab Essaha se trouve à Naplouse dans la Cisjordanie occupée par l'armée israélienne. C'est de la vie quotidienne de ses habitants palestiniens dont nous parle Sahar Khalifa, tout particulièrement des femmes. Elle-même y est née et vit en Cisjordanie. Elle continue le récit commencé avec " Chronique du figuier barbare " publié en 1976, où elle nous parlait de son peuple, de sa lutte, avec un regard lucide et critique vis à vis du terrorisme s'attachant à décrire les conséquences inhumaines de la guerre au sein même du peuple palestinien.
Trente ans plus tard, c'est le même regard solidaire et lucide qu'elle porte sur la vie quotidienne des Palestiniens en territoires occupés. Elle décrit les ravages de la violence, de la peur, des soupçons, de la trahison et l'âpre et tenace résistance des femmes pour sauvegarder autour des enfants et des jeunes un espace d'humanité. Mais la folie meurtrière d'Israël, l'humiliation quotidienne que l'armée fait subir aux Palestiniens emportent les esprits. Il n'y a qu'une issue, lutter pour se venger, pour sauvegarder la dignité, ne pas abdiquer quoiqu'il en coûte, et c'est surtout de la place prise par les femmes avec l'Intifada dans cette lutte dont Sahar Khalifa témoigne.
YL

" La Mondialisation armée, le déséquilibre de la terreur " de Claude Serfati (Edition Textuel - février 2001 - 110 F)

Jeudi 13 décembre, Bush a annoncé que les USA se retiraient unilatéralement du traité antimissile signé en 1972 par les USA et l'URSS, sous prétexte, dixit Bush, que "Je suis arrivé à la conclusion que le traité ABM entrave la capacité de notre gouvernement à protéger notre peuple de futures attaques terroristes ou d'attaques d'Etats hors-la-loi ". Les attentats du 11 décembre n'ont rien à voir là-dedans. Dans son livre édité en février dernier, Claude Serfati indique déjà que ce retrait est dans la logique de l'étape actuelle des rapports impérialistes sur la planète.
Le propos du livre est plus spécialement le renforcement de la militarisation sur toute la planète, mais Serfati ne se contente pas de constater, il replace son sujet dans l'évolution du capitalisme depuis le début du siècle, évolution économique, sociale et politique, puisque les industries d'armement et le degré de militarisation dépendent eux aussi des progrès technologiques, du degré d'exploitation des travailleurs, des rapports de concurrence entre les pays riches et de domination envers les pays pauvres.
Le livre débute par un constat chiffré de l'actuelle exploitation des pays pauvres, notamment en Afrique où sévit l'impérialisme français, et Serfati, en comparant avec la fin du XIXème siècle, montre bien qu'au niveau de la prédation des richesses et de l'appauvrissement des populations (et même leur extermination par la faim, la maladie, la misère) l'impérialisme moderne, la mondialisation, n'a rien à envier au colonialisme d'il y a un siècle. Ce sont les grands trusts internationaux et le capital financier qui sont responsables de la situation désespérée de toutes ces populations, constatées par les instances mêmes du capitalisme (FMI, etc.), et les dirigeants des pays riches savent qu'ils devront affronter la violence de leur révolte et se préparent militairement à défendre leurs privilèges et leurs richesses. Avec des armes qui éventuellement peuvent servir aussi face aux travailleurs des pays riches révoltés par l'exploitation.
La situation actuelle se caractérise aussi par la place des USA, qui depuis 89 et l'effondrement de l'URSS, se retrouvent seul gendarme du monde. Serfati montre bien l'extraordinaire supériorité militaire des USA qui s'est manifestée aussi bien pendant la guerre du Golfe en 91 que pendant la guerre de Serbie en 99. Supériorité qui porte en germe des éléments de faiblesse : un appareil militaro industriel super concentré (Lockheed Martin, Boeing et Raytheon), en situation de monopole par rapport aux commandes d'Etat et qui néglige la partie civile de sa production, en butte alors à la concurrence des industries notamment allemande et japonaise (machine outil, mémoires électroniques, aéronautique avec Boeing qui cède du terrain à Airbus).
Dans la situation de crise actuelle, après l'effondrement des start-up, l'industrie d'armement aux USA retrouve toute la faveur du capital financier, avec des commandes qui ne cessent d'augmenter… grâce à une puissante implantation de ses hommes dans l'appareil d'Etat US. D'autant qu'avec la mondialisation, les USA considèrent que la planète doit être ouverte à leurs capitaux et que toute atteinte à la globalisation (déstabilisation " des réseaux commerciaux, financiers, de transport et d'énergie, de l'environnement ", d'après le rapport sur la Sécurité d'une commission du Congrès) peut constituer une menace qui nécessite une réplique armée.
Prévu bien avant les attentats du 11 septembre, le déploiement du TMD (Theater Missile Defense) et du NMD (National Missile Défense), adaptations de l'ancienne " guerre des étoiles " de Reagan, ces énormes ressources destinées à la Recherche et Développement et à la production d'équipements militaires, véritable manne pour l'industrie d'armement, doivent, paraît-il, permettre aux USA de protéger leurs troupes dans les théâtres d'intervention extérieure (TMD) et leur territoire national en cas d'attaque par les missiles d'états " voyous " (NMD). Systèmes en contradiction avec les traités ABM précédemment signé avec l'URSS en 72 et 74. D'où l'abrogation actuelle.
Enfin Serfati montre bien aussi les rapports contradictoires entre USA et Europe. Des rapports d'impérialismes concurrents qui se disputent des marchés… notamment d'armement : quand par le biais de l'OTAN, les USA imposent aux nouveaux adhérents, Pologne, Hongrie, République tchèque, de s'équiper moderne (avec du matériel américain !) ; quand des miettes des commandes d'état US sont données aux industries d'armement européennes, pour mieux les contrôler. Mais en même temps, des rapports " d'alliés ", bien obligés de se serrer les coudes pour protéger le gâteau commun. Les USA, " super puissance solitaire " ne peuvent intervenir partout tout seuls et ont besoin de déléguer aux Européens une certaine partie du globe, à définir entre eux, pour qu'ils fassent leur part de gendarmes du monde.
Un livre qui permet de se repérer dans la situation actuelle.
Sarah Leroy