Débat militant
Lettre publiée par des militants de la LCR
n°6
10 février 2002

Sommaire :

Attac à son Zénith ?

Au-delà de 2002, " se réapproprier l'avenir " ou comment construire cet autre monde possible ?

Attac : retour sur un succès
Porto Alegre II ou le besoin d'internationaliser les luttes

Attac à son Zénith ?

Aux yeux de la direction de l'association anti-mondialisation, ce devait être un " grand événement " ! Le 19 janvier 2002, pour la première fois, en trois ans et demi d'existence, Attac, allait dicter son propre rythme et faire l'actualité indépendamment des institutions mondiales auxquelles elle s'oppose habituellement. Il ne s'agissait pas d'aller manifester à Nice ou Bruxelles pour s'opposer à la politique établie lors des sommets européens, encore moins de combattre le FMI ou l'OMC, mais de se prononcer dans le débat public autour des élections. Les militants seraient-ils au rendez-vous du Zénith ?
Arrivée en avance, une foule compacte se presse devant la salle avant l'ouverture des portes. 3 500 places étaient prévues initialement. En une quinzaine de minutes seulement, ce nombre est élargi à 6 000. Et, une fois, la salle comble, il reste encore un millier de personnes dehors à l'entrée. Significativement, le concert organisé à l'issue du meeting ne suscite pas le même intérêt ; les 7 000 personnes présentes s'arrachent littéralement le Manifeste 2002 dès la fin de l'allocution de Bernard Cassen, le président d'Attac. Le 19 janvier est avant tout une échéance militante.

Une atmosphère dynamique…
Cette présence massive de militants venus des quatre coins du pays impose une image d'Attac motivée, combative et radicale. Devant l'enthousiasme d'une salle qui se manifeste bruyamment, Bernard Cassen retire même sa cravate avant d'entrer en scène… Un signe ! Pendant trois bonnes heures, les 6 000 personnes entassées dans le Zénith ponctuent de longs applaudissements chaque phrase qui dénonce les ravages du libéralisme. Le discours poignant de la syndicaliste Clotilde Ky, venue avec son bébé, parler des difficultés sociales, sanitaires et médicales de son pays, le Burkina Faso, reçoit un accueil qui prouve que la solidarité internationale existe bel et bien.
Les différents intervenants de la tribune dénoncent les ravages de la mondialisation sur les populations, du sud comme du nord. La possibilité de créer aujourd'hui, au-delà d'un réseau, une véritable organisation internationale qui lutte contre un système lui aussi international est démontrée par l'existence dans plus de 40 pays d'associations Attac. " Nos camarades se lèvent " dit Susan George, sous une salve d'applaudissements. Ignacio Ramonet s'enflamme, " il faut maintenant songer à construire un futur différent " lance-t-il, mais sans préciser le moyen d'y parvenir.
Nous n'étions pas très loin d'un " Tous ensemble " quand les jeunes grévistes du MacDonald's de Strasbourg Saint-Denis montent à la tribune. La présence de ces jeunes travailleurs en grève depuis trois mois, les encouragements qui s'expriment dans les travées sont la meilleure preuve de la disponibilité des militants d'Attac pour lutter, non seulement contre la mondialisation et les politiques des institutions financières, mais aussi et surtout, ici, concrètement contre les ravages du système. 5 000 euros sont collectés pour la caisse de grève à l'issue du meeting.
À l'applaudimètre, la cote de la gauche plurielle est en revanche au plus bas. Daniel Mermet, lorsqu'il apostrophe les " militants du renoncement " ou évoque " ceux pour qui être de gauche est une façon agréable d'être de droite " a droit à un triomphe. De même pour José Saramago, quand il dénonce les partis de " la gauche, ankylosés dans des formules caduques, non concernés ou impuissants " et " le syndicalisme docile et bureaucratisé ".
Un dessin de Charb projeté pendant l'intervention de Susan George traduit parfaitement l'ambiance du Zénith : " Ramonet a dit "Camarades". George a dit "Genre humain". Avant 5h on a l'Internationale !! " En réalité, le président d'Attac dans son intervention de clôture, refroidit nettement l'atmosphère. Son intervention est écrite et l'enthousiasme des militants ne semble pas avoir sur lui le même effet que chez Ramonet multipliant les " Camarades ! " ou chez Susan George prenant des accents internationalistes. En fait, la politique de l'association reprend ses droits avec la présentation du Manifeste 2002 par Bernard Cassen.

… une orientation moins enthousiasmante !
À la différence des prises de parole qui se succèdent tout au long de l'après-midi, le discours de Bernard Cassen est beaucoup plus centré sur la France, l'Europe et la " société civile " que sur les questions sociales. Il révèle ainsi le fond politique qu'un radicalisme de forme camoufle. Ni Ignacio Ramonet, ni Susan George ne proposent d'abattre le capitalisme et de remplacer l'organisation sociale absurde, aberrante et injuste par une société socialiste. Néanmoins, les discours réformistes savent utiliser des formules où l'on réclame une société égalitaire, une vraie démocratie et la justice sociale. Ces formules ne renvoient à rien de précis. Les propositions d'Attac cherchent d'abord à stopper les méfaits de la mondialisation. La salle montre un enthousiasme très fort pour ces mots d'ordre, qui pour nous, ne peuvent qu'appeler une politique qui va bien au-delà de celle d'Attac. On sent une vraie disponibilité pour se battre, pour imposer une autre idée de la mondialisation et une aspiration forte à ce que la politique reprenne ses droits et ne soit pas subordonnée aux lois du marché. Or, le discours de Cassen tranche.
Toutefois, un autre élément contribue au changement d'attitude de la salle et explique la surprise de la direction d'Attac devant l'affluence des militants au Zénith : dans les comités locaux, l'incompréhension est patente et des débats sur le " grand événement " traversent l'association depuis novembre. En fait, les militants n'ont pas eu connaissance du contenu du Manifeste avant la fin du meeting du 19 janvier, et n'ont jamais eu d'autre justification pour l'organisation de ce meeting que le fait qu'Attac devait interpeller les politiques et les citoyens dans le cadre de la campagne électorale. Sur quelle base allait se faire l'interpellation ? Personne ne le savait. Aucun texte n'a circulé. La direction d'Attac s'est bornée à demander aux comités de faire remonter leurs suggestions, sans leur fournir aucune base de discussion.
Il n'est donc pas étonnant dans ces conditions que la motivation pour mobiliser ait été assez faible dans les comités et que, pour les moins naïfs d'entre nous, ce meeting ait suscité des craintes quant à la complaisance de nos dirigeants vis-à-vis des partis réformistes. Car, Attac est bel et bien traversée par une contradiction (qui passe clairement entre la base et le sommet) et qui est grosse d'une crise : l'idéologie d'Attac est réformiste et les dirigeants, les membres fondateurs ne cachent pas leurs opinions ; une partie de la base, avide de réponses politiques nouvelles, opposée à toute récupération de la part de tel ou tel parti, et notamment du PS est beaucoup plus radicale. Le fait que la réussite du Zénith n'entame pas le questionnement des comités sur le 19 et le contenu du Manifeste traduit parfaitement que rien n'est réglé.

Une seconde naissance ?
S'interrogeant sur le renouveau militant dont témoigne le succès d'Attac, Ignacio Ramonet évoque un tournant. " Le flambeau de la contestation internationale " en se rallumant fait de ce début de siècle le " moment où un autre monde devient possible ". Le journaliste du Monde diplomatique lui donne " le très beau nom " d'aurore. Le meeting du 19 fut un temps fort de la vie de l'association. Il marque sans aucun doute une étape importante pour une association qui regroupe 230 comités locaux et près de 28 000 adhérents revendiqués. L'assistance du Zénith est composée par un nombre de jeunes non négligeable, malgré le côté " association des plus de 40 ans " d'Attac. L'aurore ? Oui, la progression d'Attac confirme le renouveau militant qui s'exprime depuis 1995 et qui crédibilise la perspective d'un changement de société. Mais l'optimisme de Ramonet ne peut pourtant masquer la crise qui couve dans les comités locaux. De ce point du vue, le 19 janvier souligne le fossé grandissant entre les objectifs de l'association et les aspirations de ceux qui, en son sein, se transforment, et se radicalisent.
Que ces évolutions et cette contradiction puissent contribuer à l'émergence d'un nouveau parti susceptible d'offrir une réponse aux aspirations les plus généreuses et radicales dépend pour beaucoup des réponses de l'extrême-gauche.
Fabienne Autan

Des photos, les dessins de Tignous et Charb ainsi que les principales interventions prononcées le 19 janvier au Zénith sont en ligne sur le site d'Attac : <http://attac.org/fra/asso/doc/zenith.htm>


Au-delà de 2002, " se réapproprier l'avenir " ou comment construire cet autre monde possible ?

Le 19 janvier Attac rendait public son manifeste 2002, " Avec Attac se réapproprier l'avenir ". Publié sous forme d'un quatre pages, ce manifeste reflète en termes politiques les ambiguïtés de l'association.
" Attac, en effet, n'est pas un parti […], elle est un mouvement d'éducation populaire ne dissociant pas la réflexion de l'action ". Attac exprime les désillusions à l'égard de la gauche plurielle, la gauche social-libérale, l'écœurement à l'égard des luttes de pouvoir, des ambitions sociales, de l'arrivisme qu'alimentent les appareils politiques. Elle reflète des ruptures qui cherchent à renouer avec les idées de transformation sociale sans aller jusqu'au bout de leur évolution. Condamnant la logique du libéralisme sans mener à terme sa critique, le manifeste 2002 donne l'impression de s'évader vers un monde imaginaire où ni les luttes de classes ni les luttes de pouvoir n'auraient place.
Il est la mise en formules politiques de la réalité d'Attac qui occupe un espace à mi-chemin entre la gauche sociale-libérale et l'extrême-gauche révolutionnaire. Son succès s'explique d'ailleurs partiellement par le fait que l'extrême-gauche n'a pas pu, au lendemain de 95, conquérir cet espace. Pas pu et aussi pas su du fait de ses divisions laissant passer l'occasion de prendre l'initiative suite à l'élection de cinq députés révolutionnaires LO-LCR au parlement européen en 99.
Le manifeste se situe à l'horizon 2002, mais c'est au-delà de 2002 que nos regards doivent se porter, vers l'avenir pour y dessiner les contours et les plans d'un nouveau parti des travailleurs démocratique et révolutionnaire, socialiste et communiste. Cette nouvelle force émerge de ces ruptures en cours que nous devons aider à aller jusqu'au bout de leurs propres idées sans en craindre les conséquences, c'est-à-dire les conflits avec les pouvoirs et partis en place. Les vrais problèmes commencent là où Attac s'arrête. C'est bien cela l'objet de la discussion, partir des idées que les militants d'Attac contribuent à populariser pour prolonger le raisonnement dans ses implications pratiques dans les luttes politiques et sociales concrètes.

Faire le bilan des partis de la cohabitation
Attac " entend jouer un rôle de stimulateur démocratique dans les échanges qui rythmeront les six premiers mois de l'année 2002. Comment ? Non pas en sollicitant les candidats et les partis dans des dialogues à huis clos, mais en s'adressant directement au citoyen ". Que de ronds de phrases pour masquer simplement qu'Attac ne veut pas gêner la gauche plurielle ni Chevénement. Pourquoi ne pas solliciter les candidats et les partis en prenant à témoin les citoyens ? Parce qu'il faudrait alors prendre position, conclure, redescendre sur terre dans toutes ces luttes affreuses qui choquent la morale élevée de nos éducateurs.
A aucun moment, le manifeste ne s'attache à ces choses prosaïques, faire le bilan des partis de cohabitation, de la droite bien sûr mais aussi de la gauche qui ne sont pas, eux, dans le pur domaine des idées et de la morale mais dirigent bien concrètement un Etat qui n'est pas neutre.
Ne pas faire ce bilan, c'est exonérer Jospin, les siens et leurs alliés de leurs responsabilités, même si au détour de l'argumentation " le gouvernement français " est mis en cause ou si l'on nous concède le " droit de mettre également en accusations les gouvernements qui y font la loi (au FMI) - dont le gouvernement français -, et donc ceux qui les laissent agir ainsi : nous les citoyennes et les citoyens ". Nos éducateurs ont le sens de l'équité, ils renvoient dos à dos les coupables, les gouvernements et les mauvais citoyens !

" Car ce sont bien les idées qui changent le monde… "
" Nous souhaitons œuvrer à ce que les esprits, conditionnés par prés d'un quart de siècle de bourrage de crâne libéral, recommencent à fonctionner librement... ". Cette tâche à laquelle souhaite contribuer tout militant du mouvement ouvrier ne peut s'envisager du seul point de vue de l'éducation car la domination capitaliste n'est pas qu'une domination idéologique. Cette domination idéologique repose sur le contrôle financier des médias, radios, télévisons, presse, des partis politiques, du système de formation et d'éducation par le biais de l'Etat ou du capital privé… " car ce sont bien les idées qui changent le monde ". Oui, à condition pour reprendre la formule de Marx, que les masses s'en emparent, et elles ne peuvent s'en emparer qu'à travers la lutte de classe pour se réapproprier non seulement l'avenir mais les biens matériels, les instruments de pouvoir et de production, les moyens d'information pour briser le monopole de la bourgeoisie.
Fonctionner librement, c'est conquérir sa liberté par la révolte, la contestation des pouvoirs établis, la lutte de classe.
C'est à travers cette lutte que les masses se réappropriront leurs propres idées, qu'elles s'éduquent dans la pratique à condition d'avoir en leur sein, participant pleinement au coude à coude à leurs luttes, des militants, des intellectuels révolutionnaires qui les aident à formuler leurs propres besoins, qui mettent leurs compétences techniques au service de cette lutte de classe.
Ce sont bien les idées qui changent le monde si elles décrivent la réalité concrète pour aider les masses à prendre conscience d'elles-mêmes, de leur force et que l'avenir dépend d'elles.
A défaut de s'enraciner dans la réalité des rapports sociaux, les idées cessent d'être l'instrument d'une critique sociale radicale pour devenir une critique morale : " Un monde juste ", " un monde solidaire ", " un monde durable "… Les idées n'ont pas par elles-mêmes la force de changer le monde, suspendues dans la sphère d'un monde virtuel, elles se transforment en formules morales, en déclarations de bonnes intentions.
La force des idées vient de leur efficacité à décrire la réalité et les tâches concrètes qui en résultent. Toute critique sociale radicale de l'économie de marché part de la critique des rapports de classe, de la marchandise comme de la production et du commerce, du profit. Aider la classe des salariés à s'éduquer, c'est penser et agir globalement, c'est-à-dire faire de la politique et aider les masses à faire leur politique.

" Les méfaits de la mondialisation libérale " ou la logique capitaliste
Aux méfaits du libéralisme, à la logique financière, " Attac oppose des pistes de résistance et des alternatives ". Une de ces pistes décrites en premier serait de " repenser l'organisation sociale autour du travail " en concluant " Ils (les salariés) affirment qu'une autre organisation sociale est nécessaire ". Oui, mais laquelle ? Certes, il ne s'agit pas de décrire par le menu cette " autre organisation sociale " mais il est néanmoins nécessaire de dire de quelles transformations essentielles elle résultera.
Il s'agit non seulement de repenser, mais de transformer l'organisation sociale en s'attaquant au cœur du problème. Toute la vie sociale est conditionnée par la façon dont les hommes produisent les biens dont ils ont besoin. Les rapports sociaux s'organisent effectivement " autour du travail ", plus précisément dans ce que Marx appelait les rapports de production.
Ce sont ces rapports de production qu'il s'agit de transformer, de révolutionner. Il s'agit de désigner la cible, le salariat.
L'économie de marché capitaliste, cette marchandisation du monde, repose sur l'exploitation d'une marchandise particulière, la force de travail du prolétaire, de celui qui n'a rien d'autre à vendre pour vivre. Cette marchandise a ce pouvoir extraordinaire au regard de celui qui l'achète, le détenteur du capital, de produire plus de richesse qu'elle n'en coûte.
Le prix de cette marchandise, c'est le salaire.
La différence entre son coût et les richesses qu'elle contribue à produire, c'est la plus-value, le profit.
Toute la vie sociale est conditionnée par la lutte constante des capitalistes pour s'approprier ce surproduit, ce travail gratuit, pour augmenter cette différence en diminuant ce que les économistes appellent le coût du travail.
Le libéralisme n'est pas un " modèle économique ". Il n'est pas simplement une idéologie qui se serait emparée des cerveaux, mais il est la justification idéologique d'un rapport de classe, il est l'idéologie du combat de la bourgeoisie pour tenter de légitimer l'offensive réactionnaire qu'elle mène à l'échelle mondiale pour maintenir son taux de profit. La mondialisation est la conséquence de cette offensive et ses méfaits ne sont pas le mauvais côté d'un système amendable, ils sont les produits directs de la marche de ce système.
Ceux qui luttent contre la marchandisation du monde sont amenés à remettre en cause le rapport social qui en est au cœur, le salariat.

La question de l'Etat et de la politique
" D'emblée Attac situe donc sa réflexion et son action à l'échelle internationale " pour préciser plus loin " on voit bien que le cadre de nos actions est le plus souvent communautaire ou international, car ce sont là les niveaux pertinents de la décision ". Attac n'agit qu'au niveau des sommets ! Elle ne connaît " d'autres frontières que celles de la planète tout entière ". Il faut " quitter le territoire de la politique spectacle et du jeu d'ombre hexagonal, et pénétrer dans le véritable saint des saints des enjeux du pouvoir ". Voilà de bien audacieuses paroles sauf que ce saint des saints semble au commun des mortels un peu loin et hors de portée et en fin de compte l'audace semble inaccessible !
Il y aurait " un gigantesque champ pour l'exercice de la démocratie " dans les multiples " institutions multilatérales ", Banque mondiale et FMI, OMC, etc…Le seul problème, c'est que justement ces institutions échappent à tout contrôle démocratique. Le seul moyen pour les simples " citoyens " de tenter de peser sur les événements, les décisions, est d'agir au niveau du " territoire de la politique " en contestant directement par leurs luttes les décisions de leur gouvernement, plus directement de leur Etat.
Sautant par-dessus la lutte politique et sociale, Attac saute dans l'espace par-delà les frontières.
Les salariés qui se battent gardent les pieds sur terre, contestent patronat et Etat pour faire valoir leurs intérêts, interpellent les partis. Ils doivent agir " globalement ", c'est-à-dire faire de la politique, s'ériger eux-mêmes en parti politique de contestation de l'ordre bourgeois. Loin d'ignorer les partis parlementaires bourgeois, ils les contestent, leur disputent l'influence politique, cherchent à regrouper leur force tant sur le terrain social que politique et seront amenés dans leur lutte à poser la question du pouvoir. Les révolutionnaires se font leur porte-parole, délégués politiques de leur classe comme ils sont sur les lieux de travail, délégués du personnel ou sur les lieux d'habitations, leurs représentants dans les associations ou les conseils municipaux.
Loin de faire confiance aux institutions ou de s'illusionner sur les possibilités de les démocratiser, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour exercer leur pression.

La domination des multinationales incompatible avec la démocratie
La démocratie, l'exigence démocratique, la démocratie représentative ou participative sont des notions qui reviennent à diverses reprises dans le manifeste comme si la démocratie était un " champ " à investir, simple question de volonté politique. Simple question de volonté et d'idées, il suffit de vouloir pour pouvoir !
Par-dessus les classes, s'imposant aux Etats, la démocratie dépendrait en dernier ressort de la libre volonté des citoyens.
Ce discours est en contradiction avec la prise en compte des méfaits du libéralisme, de la main mise sur l'économie mondiale des multinationales qui se soumettent les Etats comme les institutions internationales.
Attac place au centre de ses préoccupations la question de la démocratie, c'est-à-dire du contrôle. Et en effet, les aspirations démocratiques sont au centre des revendications du mouvement ouvrier parce qu'aujourd'hui la défense des droits des salariés, des exclus, des jeunes, des femmes, passent par leur mobilisation et pose constamment la question de qui dirige l'économie, à quels intérêts répond la politique de l'Etat. La question de la démocratie est au cœur des luttes sociales, mais la concentration du pouvoir économique, du pouvoir financier est telle qu'elle ne peut s'accommoder du droit de regard de la société civile sur la marche de leurs affaires.
La démocratie ne peut en conséquence être mise en œuvre que par la classe des salariés, à travers ses luttes, mettant en cause la propriété privée bourgeoise pour poser la question de quelle classe dirige la société, la classe des rentiers de la finance ou la classe des producteurs.
Etre un démocrate conséquent conduit aux idées de la révolution et de son actualité.

A l'heure du social-libéralisme le réformisme a-t-il un avenir ?
Seule la routine de langage continue de désigner le parti socialiste comme parti social démocrate ou réformiste. Le parti socialiste a renoncé explicitement à prétendre réformer la société, il s'est rallié au credo de l'économie de marché et s'y voue entièrement.
Le social libéralisme laisserait-il libre à sa gauche une place pour la renaissance d'un parti réformiste susceptible d'attirer de large fraction du monde du travail ? C'est bien peu probable tellement le stade actuel de développement capitaliste, le libéralisme impérialiste, ne laisse aucune place aux velléités de réforme. La tyrannie des marchés n'est pas qu'une formule, l'oligarchie financière exerce une véritable tyrannie pas seulement économique.
D'une certaine façon, le manifeste 2002 exprime, en négatif, la difficulté pour un véritable parti politique prétendant réformer le capitalisme de s'affirmer. D'où le réformisme moral d'Attac, " mouvement d'éducation populaire " qui a bien des difficultés pour définir les conditions politiques de sa propre action et faire passer ses propositions et qui se garde de poser la question du pouvoir. Réformisme platonique, réformisme de protestation, il esquive les questions de rapport de force en s'élevant dans les sphères supérieures des institutions internationales devenues le refuge des illusions réformistes où se projettent les mirages démocratiques.
Le réformisme a fait faillite historiquement et la bourgeoise impérialiste ne peut guère laisser une nouvelle place à un parti qui bien que réformiste ne pourrait conquérir une position politique qu'en s'appuyant sur de réelles mobilisations des travailleurs, des luttes d'ampleur. Il n'est pas dit qu'un tel parti ne puisse pas se constituer mais il y a tout lieu de penser qu'un véritable renouveau des luttes lui laisserait une marge de manœuvre extrêmement étroite.
Une des conséquences du développement actuel du capitalisme est qu'il ne laisse aux travailleurs et aux peuples d'autre issue que révolutionnaire dans le même temps qu'il crée les conditions d'une nouvelle révolution à l'échelle mondiale.

Demander l'impossible n'est pas raisonnable
Réformer le capitalisme par la force morale des idées est une utopie sans avenir, une impasse qui ne rencontre d'écho que dans la mesure où cela reflète des évolutions inachevées, des ruptures qui ne se sont pas nettement affirmées, étape en creux dans les transformations politiques en cours.
Dans ses débuts, le mouvement ouvrier a déjà connu de telles périodes de transformation. Marx décrivait ainsi ces évolutions dans son livre contre Proudhon, Misère de la philosophie : " De même que les économistes sont les représentants scientifiques de la classe bourgeoise, de même les socialistes et les communistes sont les théoriciens de la classe prolétaire. Tant que le prolétariat n'est pas encore assez développé pour se constituer en classe, que par conséquent la lutte même du prolétariat avec la bourgeoisie n'a pas encore un caractère politique, et que les forces productives ne se sont pas encore assez développées dans le sein de la bourgeoisie elle-même, pour laisser entrevoir les conditions matérielles nécessaires à l'affranchissement du prolétariat et à la formation d'une société nouvelle, ces théoriciens ne sont que des utopistes qui, pour obvier aux besoins des classes opprimées, improvisent des systèmes et courent après une science génératrice. Mais à mesure que l'histoire marche et qu'avec elle la lutte du prolétariat se dresse plus nettement, ils n'ont plus besoin de chercher la science dans leur esprit, ils n'ont qu'à se rendre compte de ce qui se passe devant leurs yeux et de s'en faire l'organe. Tant qu'ils cherchent la science et ne font que des systèmes, tant qu'ils sont au début de la lutte, ils ne voient dans la misère que la misère sans y voir le côté révolutionnaire, subversif, qui renversera la société ancienne. Dès ce moment, la science produite par le mouvement historique, et s'y associant en pleine connaissance de cause, a cessé d'être doctrinaire, elle est devenue révolutionnaire. "
D'une certaine façon, ceux qui cherchent aujourd'hui des réponses à la question sociale alors que le prolétariat n'a pas repris l'initiative perdue, s'égarent dans des systèmes idéaux comme aux origines du mouvement ouvrier. Mais si les idées sont effectivement des armes, elles ne restent pas longtemps au-dessus des classes, des rapports de la lutte et de la violence sociale et politique. Aujourd'hui, à la différence de l'époque où Marx combattait les idées de Proudhon, " les conditions matérielles nécessaires à l'affranchissement du prolétariat et à la formation d'une société nouvelle " existent et sont mûres à l'échelle de la planète tout entière. Cette réalité nouvelle s'exprime dans les idées d'Attac qui posent l'ensemble des problèmes à l'échelle internationale. Mais le facteur politique est en retard sur ces évolutions.
Le renouveau des luttes apportera une réponse aux ambiguïtés des idées d'Attac quand les exploités prendront en main directement la critique pratique et globale du capitalisme mondiale.
Attac y œuvre à sa façon mais c'est du côté de l'extrême-gauche, du marxisme révolutionnaire, que résident la perspective et les idées qui permettent de mener ce combat jusqu'au bout.
Yvan Lemaitre


Attac : retour sur un succès

" Désarmer les marchés " commande de créer à l'échelle planétaire " un formidable groupe de pression civique auprès des gouvernements " exhorte Ignacio Ramonet dans les pages du Monde diplomatique en décembre 1997 (1). L'idée d'Attac est lancée. Et l'appel est entendu. En seulement quelques semaines, des milliers de courriers enthousiastes s'amoncellent à la rédaction du journal. Le 3 juin 1998, l'association est formellement constituée (2). Le Collège des fondateurs regroupe autour du Monde diplomatique des représentants de publications comme Politis, Charlie-Hebdo ou Témoignage chrétien, mais le gros des troupes vient de la soixantaine de syndicats et associations qui soutiennent la démarche d'Ignacio Ramonet : du côté syndical la FSU, les fédérations CFDT des transports et des banques, le Syndicat unifié des impôts, l'Union des cadres et la fédération finance de la CGT, SUD-PTT, le Groupe des Dix, la Confédération paysanne, etc. ; du côté associatif AC !, le MNCP, les Amis de la Terre, la Cadac, Droits devant !, etc. Cette longue liste souligne le potentiel militant dont bénéficie Attac dès sa création ; elle annonce l'écho grandissant du combat contre la mondialisation capitaliste que la manifestation de Seattle inaugure en décembre 1999.

Un mouvement d'éducation populaire
L'objectif qui réunit les fondateurs d'Attac est pourtant moins revendicatif et militant que ce que l'on pourrait imaginer. Tous s'accordent en effet pour créer une structure " qui leur permettra de produire et de diffuser de l'information pour agir en commun ", dixit la Plate-forme de l'association (3). " Informer c'est agir " résume alors le président d'Attac, Bernard Cassen, qui préfère insister sur la nécessité d'un " travail d'éveil des consciences ".
Or, ce choix d'Attac d'être un mouvement d'éducation populaire et l'importance qui lui est attribué encore aujourd'hui n'est pas indifférent. Face à la marchandisation du monde, il ne s'agit nullement de remettre en cause le capitalisme mais bel et bien " d'enrayer ce processus en créant de nouveaux instruments de régulation et de contrôle ". " L'expérience indique assez que les gouvernements ne le feront pas sans qu'on les y encourage " défend la Plate-forme d'Attac. Selon le credo de Bernard Cassen, l'association vise d'abord à informer les citoyens afin que ceux-ci, en dernière analyse, à travers leurs bulletins de vote, expriment l'intérêt général. À défaut d'être révolutionnaires, au moins, les positions des fondateurs sont explicitement réformistes.
Le poids du Conseil scientifique dans l'association renvoie directement à cette volonté d'être en mesure de proposer des projets alternatifs à ceux avancés par les libéraux ; il traduit l'importance que la contre-expertise occupe désormais dans certains milieux d'une gauche qui se veut certes critique mais se place pourtant délibérément sur le terrain de la bourgeoisie. En 2001, Attac a ainsi fait paraître coup sur coup cinq ouvrages (Agir local penser global, Avenue du plein emploi, Enquête au cœur des multinationales, Une économie au service de l'homme et Remettre l'OMC à sa place), sans compter les multiples titres signés par des membres de l'association.
Le caractère " mouvement d'éducation populaire tourné vers l'action " d'Attac n'a pas dissuadé un engagement massif dans ses rangs ; mieux, il est d'une certaine façon entré en résonance avec une forte aspiration de la base de s'affranchir du prêt à penser ambiant, de renouer avec le militantisme hors des schémas gestionnaires imposés par la gauche parlementaire.

Un développement rapide
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En août 1998 - deux mois après l'assemblée constitutive de l'association -, Attac enregistre sa millième adhésion. À la fin 1998, le chiffre des 5 000 adhérents est atteint. Lors de ces premières assises tenues à La Ciotat en octobre 1999, l'association est déjà forte de près de 12 000 membres et de quelques 119 comités locaux. Lors de ses seconde assises à Saint-Brieuc en 2000, elle enregistre 21 000 adhérents et 145 comités locaux. À Tours en 2001, elle compte 28 000 adhérents à jour de cotisation et 230 comités locaux. Évidemment, un écart important existe entre cet afflux d'adhésions et la réalité militante sur le terrain : à Saint-Brieuc en 2000, ils n'étaient " que " 4 200 adhérents à s'exprimer sur les documents soumis au vote, 1 200 à s'être déplacés pour participer directement aux travaux. Mais quelle formation peut se prévaloir d'un tel bilan sur la même période ?
En moins de quatre ans, Attac s'est installé dans le paysage politique français. Et l'association a essaimé dans le monde entier. Lors de sa naissance en décembre 1998, le réseau international Attac rassemble une dizaine de pays d'Afrique, d'Amérique latine, d'Asie et d'Europe (4). Aujourd'hui, le mouvement est présent dans une quarantaine de pays et réunit plusieurs dizaines de milliers d'hommes et de femmes.
Le succès d'Attac souligne la disponibilité d'une frange significative de la jeunesse et du monde du travail pour l'action collective. Mais les chiffres masquent en réalité le fossé qui se creuse entre la direction historique et la base de l'association qui accepte de moins en moins un fonctionnement qui lui échappe.

Des contradictions à l'oeuvre
À l'origine d'Attac se mêlent des personnes physiques et des personnes morales qui se répartissent le pouvoir, la structure de l'association ne reconnaît aucune existence légale aux comités locaux. En l'absence d'un fort courant d'adhésion, le système est peut-être stable… Il se révèle, en revanche, incapable de donner la place qui leur revient aux forces vives : les militants. Pire, il entrave toute véritable expression de la démocratie. " Disons-le franchement, confesse la direction, cette architecture n'avait pas été entièrement théorisée à l'avance : c'est le développement d'Attac qui l'a "produite". Et tout donne à penser que l'avenir suscitera d'autres innovations... ". Chaque nouvelle adhésion aiguise un peu plus la contradiction entre cette Attac légale et cette Attac réelle. Cela est encore accentué du fait de la multiplication des adhésions de personnes morales (des municipalités par exemple) et de personnalités politiques, notamment des députés -120 (5)-, des sénateurs -50 (6)- et des députés européens -40 (7)- trop heureux de se refaire une virginité politique à bon compte. Les adhérents y trouvent eux de moins en moins le leur.
Cette défiance de la base s'est récemment manifestée au sujet d'une déclaration attribuée à Susan George sur la guerre en Afghanistan dans laquelle la vice-présidente d'Attac remerciait soi-disant Bush. La fausse information s'est ainsi répandue comme une traînée de poudre dans les comités locaux. De même, de vives protestations ont suivi l'annonce de la nomination au Conseil d'analyse économique (CAE) créé en 1997 par Lionel Jospin afin d'éclairer ses choix de Dominique Plihon alors que celui-ci venait précisément d'être promu responsable du Conseil scientifique d'Attac. Cette hantise de toute récupération politique n'est pas d'ailleurs sans viser ceux d'entre nous qui militent au sein d'Attac, Bernard Cassen utilisant la menace de l'entrisme trotskyste pour mieux cacher l'influence des partis de la gauche plurielle.
La mise en place début 2002 d'un groupe thématique " Démocratisons Attac ! " qui regroupe des adhérents dénonçant l'accaparement de l'association par le Collège des fondateurs témoigne de l'exacerbation de la contradiction entre base et sommet. Un nouveau cap est franchi.

Une nouvelle étape
On doit le reconnaître : jusqu'à présent les révolutionnaires ont témoigné soit d'une certaine complaisance vis-à-vis de la direction d'Attac soit parfois d'un sectarisme à l'égard du mouvement anti-mondialisation. Gagner les secteurs militants qui se radicalisent dans la lutte contre la globalisation commande de se départir d'attitudes qui pourraient nous en couper, faute d'apporter les réponses aux questions qu'ils posent là où ils se les posent.
La campagne électorale va être l'occasion de nous faire entendre, de tracer une perspective. Au-delà de la division conjoncturelle entre LO et la LCR à la présidentielle, on ne peut que souhaiter que ce soit d'une même voix qu'Arlette Laguiller et Olivier Besancenot prennent l'initiative à l'issue des élections d'inviter l'ensemble des travailleurs et des jeunes qui ne se résignent pas mais veulent en découdre à se regrouper dans un nouveau parti défendant jusqu'au bout les intérêts de la classe ouvrière.

Serge Godard
(1) <http://www.monde-diplomatique.fr/1997/12/RAMONET/9665.html>
(2) À l'origine le sigle Attac est l'abréviation de " Action pour une taxe Tobin d'aide aux citoyens ", en référence au nom du prix Nobel d'économie américain qui avait proposée la taxation des transactions financières. La désignation a changé pour devenir " Association pour une taxation des transactions financières pour l'aide aux citoyen ".
(3) <http://attac.org/fra/asso/doc/plateformefr.htm>
(4) <http://attac.org/fra/inte/doc/naissancefr.htm>
(5) <http://attac.org/fra/grou/doc/assnat.htm>
(6) <http://attac.org/fra/grou/doc/senat.htm>
<http://attac.org/fra/grou/doc/parlement.htm>

Porto Alegre II ou le besoin d'internationaliser les luttes

Au total, 50 000 personnes venues de 130 pays et représentant 5 000 organisations (syndicats, ONG, etc.) ont convergé vers l'État du Rio Grande do Sul, soit quatre à cinq fois plus de participants que l'an dernier. 28 conférences, plus de 700 ateliers et une centaine de séminaires ou de tables rondes ont été organisés. Plusieurs manifestations ont eu lieu. Le 1er février plus de 30 000 personnes ont participé à une " Marche pour la paix ".
Des ministres et secrétaires d'État, des parlementaires français et européens, des maires : la gauche plurielle était dûment représentée à Porto Alegre. Un vrai carnaval. Le sénateur fabiusien Henri Weber rentre, paraît-il, enthousiaste. Il a trouvé là-bas " un mouvement social historique, dont l'articulation avec la gauche gouvernante est fondamentale ". Et les émissaires de Chirac et du RPR qui étaient également du voyage confirment déjà leur présence en 2003. Mario Soares, ancien président socialiste du Portugal, s'en amuse : " C'est bien simple, on n'a jamais vu autant de Français au Brésil ". En vérité, on n'a jamais vu autant de dignitaires des partis gouvernementaux au mètre carré, français ou non !
Malgré l'image que la presse en a donné, Porto Alegre ne s'est pas résumé à un défilé d'élus, même s'il n'est pas indifférent que François Hollande et Jean-Pierre Chevènement s'y soient sentis chez eux.
La deuxième édition du Forum social mondial a élaboré un " Appel des mouvements sociaux " (1). " Résistance au néolibéralisme, à la guerre et au militarisme : pour la paix et la justice sociale " : le document tranche singulièrement avec la politique de la gauche gestionnaire. La guerre conduite par les " États-Unis et ses alliés " en Afghanistan est fermement condamnée. L'Appel constate " qu'il y a urgence à nous mobiliser en solidarité avec le peuple palestinien et son combat pour l'autodétermination alors qu'il subit une occupation brutale par l'Etat d'Israël ". De la même façon, le texte dénonce les blocus économiques qui frappent les peuples à Cuba et en Irak.
Ce radicalisme reste verbal, malheureusement. Cette dénonciation des méfaits du néolibéralisme et de la guerre ne débouche pas sur une remise en cause du système qui les nourrit : le capitalisme. Significativement, les mesures avancées sont en nombre très limité ; elles se bornent à une énumération de quelques principes (droit à l'information, droit des femmes, la paix, autodétermination des peuples) et à la mise en avant de quelques revendications (abolition de la dette, taxations des activités spéculatives).
Le décalage est, par exemple, frappant avec la situation de l'Argentine, pays voisin, et représenté à Porto Alegre par 1 500 militants. Alors que ce pays qui a appliqué à la lettre tous les préceptes du FMI et de la Banque mondiale connaît une situation pré-révolutionnaire, l'Appel ne va pas au-delà d'une réaffirmation du " droit des peuples à connaître et critiquer les décisions de leur propre gouvernement, particulièrement en ce qui concerne leur politique au sein des institutions internationales. Les gouvernements sont comptables devant leur peuple. Alors que nous luttons pour l'établissement d'une démocratie électorale et participative dans le monde, nous insistons sur la nécessité de démocratiser les Etats et les sociétés, de lutter contre les dictatures ".
Néanmoins, ces limites de l'Appel ne peuvent faire oublier que pour la deuxième année consécutive une rencontre internationale vise à ébaucher des perspectives communes à toutes celles et ceux qui refusent la globalisation capitaliste.
L'affluence à Porto Alegre et, plus généralement, le succès des mobilisations internationales contre la marchandisation du monde sont pour les révolutionnaires un encouragement. L'effondrement de l'URSS et du bloc de l'Est a libéré les esprits, a décuplé les énergies.
Certes les secteurs radicalisés de la jeunesse et du mouvement ouvrier n'évolueront pas spontanément vers des positions révolutionnaires, comme si, en elle-même, la critique du capitalisme mondialisé poussait irrésistiblement à rompre avec le réformisme. À bien des égards, l'" Appel des mouvements sociaux " atteste, au contraire, que les combats anti-mondialisation stimulent d'abord l'expression d'un nouveau réformisme radical, en parti dégagé des structures traditionnelles d'encadrement de la classe ouvrière, politiques comme syndicales.
De nouvelles responsabilités incombent désormais aux révolutionnaires. À Porto Alegre comme ici, nous devons chercher à être sur tous les terrains, mais sans oublier celui des idées. Car il ne suffit pas de participer aux mobilisations aux quatre coins du monde pour lever les ambiguïtés qui traversent les divers documents qui en sont issus. L'enjeu est que les révolutionnaires s'affirment comme un pôle, politique et militant. À l'échelle internationale aussi, notre dispersion en une multitude de courants se revendiquant d'un même héritage mine notre crédibilité. Qui comprend aujourd'hui cette division ? Qui peut encore la justifier ?
Regrouper nos forces, ce serait le meilleur gage pour qu'en 2003 le Forum social mondial rejette entièrement le capitalisme et pas seulement sa version néo-libérale.
Le besoin de mondialiser les luttes s'exprime. Les réseaux militants qui en ressentent la nécessité restent marqués par la domination des influences réformistes, mais la question de donner à ce renouveau de l'internationalisme un contenu de classe en relation avec les luttes est, de fait, posée. S'y employer est une tâche enthousiasmante.


Serge Godard
(7) http://www.attac.org/fsm2002/0502/doc/declarationfr.htm