Débat militant
Lettre publiée par des militants de la LCR
n°42
13 février 2004

Sommaire :

La crise sociale et politique prépare une nouvelle montée des luttes

Faire vivre les acquis de mai-juin, la démocratie, face à la passivité des directions syndicales
Le combat démocratique pour la liberté des femmes n'a d'autre légitimité que lui même
Prendre le parti des " radicaux " exclus du PT !
Notes de lecture : " Les casseurs de l'Etat social " de Michel Husson

La crise sociale et politique prépare une nouvelle montée des luttes

L'affaire Juppé constitue une nouvelle étape dans l'approfondissement de la crise politique qui liquide la période des vingt dernières années, celle de la cohabitation, incarnée par Chirac.
Malgré sa condamnation par le tribunal de Nanterre à 18 mois de prison avec sursis et 10 ans d'inéligibilité dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, et contrairement à ce qu'il avait déclaré avant son procès, Juppé a donc décidé de rester et de garder tous ses mandats.
Le doute sur ses intentions -ou plus exactement celles de son patron Chirac- n'aura pas duré longtemps. Alors que, déjà, Gaudin se proposait pour assurer l'intérim à la présidence de l'UMP, les éloges publics et appuyés de Raffarin, Debré, Poncelet, Copé, lançaient le message au sein de l'UMP : Juppé doit rester.
Mieux. Tandis que Raffarin mettait en doute la légitimité du jugement, qu'il qualifiait de " provisoire ", Chirac lançait une mission d'enquête administrative, et Debré proposait une commission d'enquête parlementaire. Quelques jours plus tard, on apprenait que le ministre de la Justice en personne, Perben, avait étudié la possibilité d'un blanchiment de Juppé par la cour d'appel si l'UMP remboursait à la Mairie de Paris les sommes qui avaient servi à payer les emplois fictifs du RPR.
Chirac n'a certes pas l'habitude de se plier aux décisions des juges, mais pour que lui-même et son entourage piétinent aussi allègrement " l'indépendance de la justice " et le principe de la séparation des pouvoirs, à quelques semaines des élections, il fallait qu'il y ait péril en la demeure. Juppé parti, c'était en effet, à coup sûr, la guerre ouverte dans l'UMP, avec le risque que Sarkozy puisse s'en emparer.
En maintenant Juppé à son poste, Chirac pensait éviter le pire, mais à lire les commentaires de la presse sur le congrès de l'UMP, " le congrès du grand doute " pour Les Echos, il semble devoir aboutir à l'inverse. Le grand " parti unique " de la droite, que Chirac et Juppé avaient lancé à la faveur du 5 mai est plus que jamais en proie à la division et aux rivalités d'ambitions. Si la nécessité de la solidarité a prévalu immédiatement après la condamnation de Juppé, les " doutes ", indique le Monde, atteignent maintenant " le camp des chiraquiens ". Certains même pensent visiblement à lâcher Chirac, tel Fillon qui en a attaqué ouvertement la stratégie. " Une organisation politique comme l'UMP, a-t-il déclaré dans Le Parisien, ne pourrait survivre à une élection clanique. C'est pour cela que je récuse le discours du "Tout sauf Sarkozy", qui est le plus stupide qu'on puisse imaginer ". Une déclaration qui tombe -simple coïncidence ? - au moment où un sondage indique que la côte de popularité de Chirac a perdu 7 points par rapport au mois dernier.

Le 21 avril et le 5 mai se rejoignent dans le même fiasco des partis gouvernementaux
C'est que caciques ou jeunes loups de la droite cherchent à tout prix à éviter la déroute électorale que leur promet l'impopularité grandissante de Chirac-Raffarin et de leur gouvernement.
Avec sa loi sur la laïcité, Chirac a réussi à ressusciter quelque temps le consensus républicain du 5 mai. Le PS a voté la loi sur l'interdiction des signes religieux à l'école proportionnellement plus massivement que la droite elle-même. Quant à l'affaire Juppé, le moins qu'on puisse dire est que ses dirigeants ont fait preuve de la plus grande des complaisances. Emmanuelli a tenu à avoir une " pensée particulière " pour Juppé tandis que Fabius a trouvé dans ce qu'il disait " une vérité humaine ". Encore ceux-là ont quelque raison d'être solidaires de Juppé, puisque eux-mêmes ont déjà eu affaire à la justice.
Voici comment le chroniqueur de Libération, Pierre Marcelle, commentait, le 4 février, l'attitude du PS : " On avait pressenti que le PS irait à ce front sur la pointe des pieds. Sa pusillanimité s'est traduite lundi dans la bouche de Julien Dray en quasi-soutien, quand l'élu essonnien conseilla à la droite d'être "prudente" dans ses mises en cause du tribunal de Nanterre, qui risquent de faire "se raidir" les juges d'appel. […] De l'affaire Juppé-Chirac, affaire d'Etat, elle [la gauche] ne pourra prétendre tirer le bénéfice qu'après avoir tiré le bilan de son appel à voter Chirac au second tour de la présidentielle de 2002. Cet appel se révèle aujourd'hui pour ce qu'il fut : un suicide politique qui la laisse atone, quand il y a urgence. " Le commentaire est juste, même si on n'en partage pas l'inquiétude.
Mais le 5 mai 2002, c'est à cause d'illusions parlementaires face à un Le Pen au deuxième tour, que la plupart des électeurs de gauche avaient approuvé le ralliement de celle-ci à Chirac. Ce qui se révèle dans la complaisance du PS aujourd'hui, quand il s'agit non plus de la menace de l'extrême droite, mais d'affaires de corruption, c'est une solidarité d'intérêts de gens du même monde, de la même classe de privilégiés. Il y a du coup effet boomerang, révélant la duperie du 5 mai, et approfondissant le 21 avril que le 5 mai avait réussi un temps à masquer.
L'affaire de l'attribution frauduleuse des marchés de la construction des lycées au sein du Conseil régional d'Ile-de-France, qui vient sur la place publique ces jours-ci, achève la démonstration. L'accord occulte conclu entre les entreprises, notamment des travaux publics (Bouygues, Dumez, GTM…), et les partis qui leur offraient ces marchés, prévoyait une répartition des 2 % de commissions : 1,2 % pour les partis de droite (RPR et parti républicain), 0,8 % pour le PS.

La crise sociale se développe en crise politique
Cette affaire, comme celle d'Elf, révèle les liens entre le personnel politique de l'Etat, des collectivités locales, et les grandes entreprises capitalistes. Que ces responsables politiques appartiennent à la droite ou au PS.
Il ne s'agit pas là d'une dérive, mais du fonctionnement même du système, dans les années 90, quand les trusts du privé passaient par l'Etat et les services publics pour parasiter le travail de la collectivité. Avec l'accélération des privatisations, ce parasitisme s'exerce de plus en plus directement et ouvertement.
Il apparaît toujours plus clairement, ces dernières années, que les gouvernements ne font que servir ce parasitisme. C'est le fil conducteur qui relie entre elles toutes les attaques menées contre le monde du travail et plus largement contre toute la population.
Les partis de gouvernement, jugés responsables du recul social, sont confondus dans un même discrédit. Chirac avait cru pouvoir échapper au 21 avril par le 5 mai, mais cette légitimité factice s'est effondrée devant le mécontentement populaire que suscite sa politique. Le seul résultat de sa tentative de ranimer l'esprit républicain, lancée à l'occasion des vœux, a été de révéler plus clairement cette mascarade et d'y associer le PS.
La crise du 21 avril s'est approfondi, l'accentuation de l'offensive patronale et gouvernementale, ses conséquences, le mécontentement qu'elle suscite, ont fini par épuiser la formule politique de la cohabitation des 20 dernières années.
C'est bien ce qu'ont compris Sarkozy et Bayrou. " Sarkozy et Bayrou veulent croire à la fin d'un cycle politique ", titrait Le Figaro le 4 février. " Comme Bayrou, Sarkozy croit à la fin de l'ère Chirac. " La société politique a vingt ans de retard sur la société française. Un homme politique moderne (ne doit pas) hésiter à emprunter des chemins que d'autres n'ont pas pris. " "
Le projet politique de Sarkozy, c'est celui d'une droite populiste, musclée, capable de concurrencer l'extrême droite. C'est ainsi que venu " soutenir " la liste régionale de Copé en Ile-de-France (une occasion pour lui de faire sa propre campagne), il affirme qu'il faut s'adresser " à tous les Français sans esprit partisan ". Mais, dit-il aussi, les électeurs ont sanctionné les responsables politiques lors du premier tour de la présidentielle, parce qu'ils " leur avaient donné le sentiment de ne pas être décidés à appliquer scrupuleusement le programme qu'ils leur avaient présenté avant les élections… Un responsable politique qui ne s'engage pas, c'est un responsable politique qui n'a pas compris le séisme d'avril 2002 ". Et Sarkozy s'engage, essentiellement sur le terrain du sécuritaire et du tout répressif, plaidant pour " la tolérance zéro ", incitant à mettre en place, dans les communes qu'il visite, système de vidéo-surveillance et polices municipales, s'illustrant dans la " fermeté " à l'égard de jeunes qui l'avaient pris à partie et dont l'un vient d'être condamné à un mois de prison ferme pour insulte. Son projet politique correspond aux besoins de la bourgeoisie dont la politique réactionnaire peut de moins en moins s'accommoder des droits démocratiques.
Quant à Bayrou, il ne perd pas une occasion de faire entendre sa différence, en contestant la politique économique et sociale du gouvernement. Lui aussi veut effacer les clivages gauche droite, mais pour créer un grand parti du centre. Il réussit en tout cas à séduire bien des responsables du PS, dont Jack Lang, pourtant porte-parole de la campagne des régionales. Son attitude face à Bayrou, lors de l'émission France Europe Express, le 10 février, a provoqué, selon Libération, la " colère " d'un député du PS, devant la " complicité " qu'il avait affichée avec Bayrou. " Difficile de trouver une raison de voter socialiste après une émission pareille ", s'est au contraire réjoui un proche de ce dernier.
Voilà donc le tandem Chirac-Raffarin contesté dans son propre camp, à droite, et jusque dans leur propre parti, l'UMP, qui bien loin de pouvoir être une Union pour une majorité populaire, n'est même plus capable d'être une Union pour une majorité présidentielle.

Vers une montée des luttes
Cette crise fragilise le gouvernement au moment où il est engagé dans une offensive tous azimuts, tant sur le plan social que sur le terrain des libertés et des droits démocratiques, avec les lois Perben qui, prévoyant de sanctionner lourdement le crime de " bande organisée " pourront être employées contre des " bandes " de grévistes ou de manifestants.
Ce contexte de crise politique qui ruine la légitimité de ceux qui gouvernent -puisque eux-mêmes se contestent les uns les autres-, se combinant avec une situation sociale insupportable, crée un climat particulier de contestation, de fermentation d'un profond mouvement social. Personne n'en connaît ni ne peut en prévoir les rythmes et les étapes, mais les mobilisations et les luttes actuelles traduisent la maturation des consciences qui travaille toute la société.
D'abord parce qu'elles ont lieu malgré l'inertie des directions des confédérations syndicales et sont le résultat des initiatives de militants et de salariés, d'équipes militantes, de collectifs… Alors que continue la mobilisation des intermittents ou, dans la Seine Saint-Denis, celle des assistantes sociales, la mobilisation des chômeurs s'organise et, dans l'Education nationale, redémarre, parents et enseignants s'opposant à la fermeture de classes et à la suppression de postes. Ce sont des actions peu habituelles comme le blocage d'un TGV par des pompiers en colère, ou de catégories au statut très précaire, comme les salariés des remontées de ski dans les stations de sports d'hiver… A l'inverse, les journalistes de Radio-France, engagés dans la plus longue grève qu'ait connue l'audiovisuel depuis plus de 30 ans, ou les chercheurs, étaient, il y a peu, des catégories plutôt privilégiées, mais aujourd'hui précarisées ou, pourrait-on dire, prolétarisées. Ce n'est pas le cas, loin de là, des magistrats et des avocats qui protestent contre les lois Perben, mais leur mécontentement contribue d'autant plus à légitimer le mécontentement général.
Ces mouvements s'ajoutent à de nombreux autres, plus fréquents, salariés luttant contre la fermeture de leur entreprise, contre la dégradation de leurs conditions de travail, pour leurs salaires…

Une campagne électorale pour les luttes
L'ensemble de ces mobilisations n'est pas encore à même de renverser le rapport de forces, défavorable aux travailleurs, qui subissent coup sur coup du patronat et du gouvernement. Il se déroule sans le plan d'ensemble qui serait nécessaire pour généraliser les luttes et inverser le cours des choses. Mais précisément, le fait qu'en l'absence d'une telle perspective, des salariés s'engagent dans la lutte, après ce qu'on a parfois appelé à tort la " défaite " du mouvement du printemps dernier, exprime l'émergence d'une conscience nouvelle.
Le mouvement du printemps n'avait pu se généraliser parce que, globalement, les illusions réformistes dominaient encore les cerveaux. C'est ce qui a permis aux confédérations syndicales d'imposer leur propre calendrier, celui du débat parlementaire. Mais les leçons de ce mouvement ont été intégrées par une fraction plus large des salariés, parmi lesquels on trouve certainement les acteurs des mobilisations actuelles. Ces acquis, c'est l'esprit d'initiative, une volonté démocratique, le rejet de la passivité bureaucratique. Sans compter, çà et là, des structures d'organisation qui se sont maintenues, collectifs interprofessionnels, intersyndicales locales, forums de discussions…
En s'inscrivant dans cette évolution, la campagne des listes LCR-LO va pouvoir aider au développement des luttes. D'abord parce qu'elle va conforter la compréhension que commencent à se forger les salariés de la situation sociale et politique : globalité de l'offensive lancée contre le monde du travail, parce que sous-tendue par le seul objectif d'accroître la part de richesses des classes privilégiées au détriment du reste de la population ; crise des partis gouvernementaux parce que la politique de la bourgeoisie s'oppose à l'intérêt de toute la population et ne peut donc y trouver aucune légitimité ; méfiance envers les directions des confédérations syndicales, incapables d'organiser la lutte parce que celle-ci remet en cause un système auquel elles sont intégrées.
Deuxièmement, la campagne en popularisant un plan d'urgence sociale et démocratique, contribue à rendre légitime l'idée que les besoins de la population doivent être satisfaits et qu'il y a largement les moyens de les satisfaire à condition de ne pas craindre d'enfreindre la propriété privée capitaliste.
Nous pouvons permettre à des militants, des travailleurs, des jeunes, de s'emparer de ce programme de luttes et de populariser l'idée d'une contre-offensive d'ensemble.
Une telle perspective suppose le regroupement et l'organisation de toutes les forces qui la partagent, un front ou un parti des luttes. Cette idée que les militants révolutionnaires, en particulier nos camarades de LO, ont beaucoup de réticences à formuler, semble à l'inverse tout à fait naturelle à ceux qui regardent vers l'extrême gauche.
La campagne commune, en fournissant le cadre d'un débat nécessairement démocratique puisque public, est l'occasion de faire un premier pas dans ce sens.

Galia Trépère


Faire vivre les acquis de mai-juin, la démocratie, face à la passivité des directions syndicales

Depuis le début de l'année, nous assistons à une accélération de l'offensive du Medef et du gouvernement. A peine Chirac annonçait sa grande loi de " mobilisation pour l'emploi " que déjà les mesures contre les chômeurs entraient en vigueur, dont le RMA destiné à leur imposer n'importe quel travail pour une misère, subventionné par l'argent public par-dessus le marché.
Fillon part en chasse contre la loi qui " empêche de créer des emplois " et vient d'organiser un calendrier de consultations avec les " partenaires sociaux ". Le ton est donné par les rapports Virville et Marimbert : il s'agit pour le gouvernement de satisfaire les aspirations du Medef et de la bourgeoisie en supprimant les protections comme le CDI ou en contrôlant d'avantage les chômeurs. Face à sa crise, la bourgeoisie veut faire payer les salariés pour alimenter la bourse coûte que coûte. Alors tout est bon pour supprimer les " contraintes ", c'est-à-dire les protections des salariés vis-à-vis des patrons, à l'image du " contrat de mission " que le Medef veut généraliser à toutes les professions. Comme s'est exclamé Seillière : " pas de minutie législative et réglementaire. Faisons confiance à l'entreprise, nom de Dieu ! "
Les intentions sont claires et la méthode est la même que celle que le gouvernement avait employée pour les retraites. Il lance une série de consultations avec les directions syndicales qui participent à ce jeu de dupes. Thibault s'est dit " dubitatif sur les objectifs du gouvernement " en sortant d'une de ces réunions et FO y est allé de son couplet sur la " réindustrialisation de la France ". Mais pas un mot pour appeler les salariés à la lutte face à l'offensive en cours.
Le front syndical abandonnant les 37,5 annuités pour tous qui s'était fait lors des retraites entre les différentes confédérations se retrouve à nouveau sur la question de la Sécurité sociale. Comme pour les retraites, les directions syndicales s'en tiennent au calendrier du gouvernement, montrant par là à quel point ce sont les salariés en lutte qui les ont obligé à aller plus loin qu'elles ne le voulaient en mai-juin dernier.
En octobre, Raffarin mettait en place le Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance maladie. En plus des cinq confédérations de salariés (CGT, FO, CFDT, CFT et CFE-CGC), des représentants des caisses, de l'Etat, des assurances, des hôpitaux, le Medef est également présent, lui qui avait pourtant claqué la porte des organismes de gestion de la Sécurité Sociale en 2001.
Et tout ce monde vient d'adopter à l'unanimité le même " diagnostic partagé " sur la Sécurité Sociale. Diagnostic qui propose de " discuter les paramètres " de la prise en charge de la maladie " mais pas la logique ". Et bien entendu, le couplet habituel sur les abus vient justifier cela, puisqu'il est dit que la prise en charge " ne dresse aucun obstacle aux comportements négligents, voire laxistes, de consommation et de prescription " ! Par contre, il reste totalement muet sur les vrais abus d'exonérations de charges patronales ou sur les profits des trusts pharmaceutiques.
Mais ce rapport sert surtout à justifier la contre-réforme que veut imposer le gouvernement. Raffarin a ainsi déclaré : " Lors de la mise en place du Haut Conseil, nous avons fait appel à toute la diversité de la société. Nous prenions le risque de la rupture. Ce n'est pas ce qui s'est produit (…). Tout le monde reconnaît qu'il y a un besoin de réforme ". Et Mattei a renchéri " Le diagnostic est partagé et c'est formidable. Je pense que les solutions pourraient l'être aussi, à peu de choses près ".
Comme l'an dernier pour les retraites, les confédérations s'adaptent à la politique du gouvernement et plus généralement au capitalisme. Elles montrent comment, au-delà des différentes recompositions, elles se retrouvent sur le fond.
Cela pèse dans la situation où bien des travailleurs se demandent comment inverser la vapeur après l'échec sur les retraites. Mais en même temps, une réelle révolte se renforce, d'autant plus que le mouvement de mai-juin a ouvert des brèches par rapport à la politique des confédérations syndicales.
Le sens du mouvement devient plus clair aujourd'hui. Les esprits se libèrent des bluffs et intimidations des bureaucraties syndicales et bien des salariés prennent conscience que le mouvement de mai-juin, c'est eux. C'est bien l'intervention des salariés qui a perturbé le " dialogue social " tel qu'il était engagé par le gouvernement avec la complicité des grandes confédérations.
Lors des premières manifestations dès février, les 37,5 annuités pour tous étaient repris largement par les cortèges de manifestants qui affirmaient cette volonté d'unité du public et du privé.
Quand le secteur enseignant va ensuite rentrer dans la lutte au niveau de tout le pays, il va chercher à mener sa propre bataille pour faire l'opinion face à la campagne du gouvernement. Réunions d'information des parents d'élèves, diffusions de tracts sur les marchés, réunions publiques sur la question des retraites et de leur financement, visites à d'autres salariés en luttes, propositions de réunions ou d'actions interprofessionnelles… C'est cette mobilisation qui a popularisé l'idée d'imposer une autre répartition des richesses par le moyen d'une grève générale. La question des retraites, comme celle aujourd'hui de la Sécurité Sociale n'est pas une fatalité, mais une question de rapport de forces entre la bourgeoisie et l'immense majorité des salariés.
A travers ces initiatives, des réseaux se sont constitués dans des collectifs interpro, des coordinations, pour répondre aux besoins d'unité et pour dépasser les divisions et corporatismes syndicaux.
Mais, si ces structures d'auto-organisation sont un acquis du mouvement, qui ont exercé une pression sur les directions syndicales, elles n'ont pas réussi à devenir une direction alternative pour les luttes, capable d'organiser la généralisation de la lutte, en particulier en centralisant ces collectifs et coordinations.
Aujourd'hui, face à l'apathie des directions syndicales qui participent aux concertations sans préparer la lutte, ces acquis de mai-juin sont très importants. Bien de ces réseaux, même s'il n'y a pas de mobilisations, continuent d'exister. Des militants se connaissent, échangent des informations, continuent de se réunir. Ils peuvent constituer un cadre pour regrouper, mener le débat sur la Sécu, le partage des richesses, en s'adressant aux syndicats, aux associations, aux partis qui se réclament du monde du travail. Ils peuvent être un appui dans les syndicats pour formuler une politique de lutte de classe qui rompe avec le " dialogue social ", pour préparer la grève générale, en cherchant à créer l'unité indispensable du public et du privé.
Pour regrouper les forces du monde du travail face à l'offensive actuelle, il y a besoin d'un tel cadre de Front unique qui puisse rompre les méfiances réciproques qui paralysent entre militants venant de divers horizons politiques, syndicaux, associatifs ou inorganisés.
Même si la mobilisation est encore faible, dispersée, une de nos tâches est de permettre à de tels cadres militants de prendre des initiatives et par-là, de préparer les conditions pour qu'un mouvement d'ensemble soit possible et puisse gagner. Et, dans un premier temps, ils peuvent servir à exercer la pression des salariés sur les appareils syndicaux.
Pour cela, il faudra que le mouvement se donne de réelles structures d'auto-organisation : c'est une des leçons des grèves de mai-juin. Nous ne changerons pas les appareils et leur direction mais nous pouvons les contraindre à agir à condition que les salariés les plus conscients, les sections syndicales les plus combattives, se regroupent par delà les clivages public-privé ou les clivages syndicaux.
Plus que de réelles structures d'auto-organisation qui ne pourront réellement prendre vie que si un mouvement d'ensemble démarre, il s'agit d'abord de réactiver les structures nées du dernier mouvement pour préparer et organiser la mobilisation.
Il faut regrouper ceux qui n'acceptent pas le " diagnostic partagé ".
Du mouvement lui-même pourront naître de réelles structures démocratiques représentant les travailleurs en lutte. Le mouvement de mai-juin et son échec nous montre à quel point l'émergence de telles structures sont la condition même d'une riposte d'ensemble, posant le problème d'une autre répartition des richesses et donc d'un contrôle des salariés sur la marche de la société.
De la démocratie dans la lutte viendra l'énergie qui permettra de mettre un coup d'arrêt à l'offensive du patronat et du gouvernement.

Denis Seillat


Le combat démocratique pour la liberté des femmes n'a d'autre légitimité que lui-même

La loi " encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publiques " a été voulue par le gouvernement. Après l'annonce par Chirac en juillet 2003 de la création d'une commission sur la laïcité, suivie de celle par Sarkozy d'un projet de loi sur l'interdiction du port du voile à l'école, le rapport de la Commission Stasi en décembre, la loi a été adoptée par une majorité UMP-PS le 10 février à l'assemblée nationale.
Du côté des partis institutionnels, on se félicite de ce qui serait une victoire de la démocratie témoignant de la bonne santé des valeurs de la république. Du côté des mouvements laïques et progressistes, la loi est comprise comme un levier pour aider les jeunes filles qui refusent de porter le voile à s'y opposer. Les enseignants, d'après un sondage CSA pour le Monde et La Vie du 5 février, sont à 75 % favorables à la loi. Bien que 91 % d'entre eux disent n'avoir aucune élève voilée dans leur classe, eux aussi cherchent des points d'appui pour s'opposer à la dégradation des conditions d'enseignement. Les militantes de " Ni putes, ni soumises " qui ont contribué par leur marche contre les ghettos à lever un coin du voile sur la situation des femmes des cités, se sont prononcées pour la loi dans le souci de mettre un coup d'arrêt à l'influence des islamiques dans les quartiers les plus défavorisés. Pour sa porte-parole, Fadéla Amara, " La loi reste le meilleur moyen de protéger les filles qui ne veulent pas le porter [le voile], mais elle n'aura de conséquences que si on lutte contre les discriminations, le chômage, l'exclusion sociale dans les cités, qu'il y ait un vrai travail de terrain ".
D'autres, au nom de la stigmatisation de la population immigrée à laquelle la loi peut conduire, affichent une tolérance inquiétante vis-à-vis du port du voile.
Le mouvement ouvrier est tout naturellement dans le camp du combat des femmes contre le port du voile, instrument d'oppression et signe de leur soi-disant infériorité. Notre solidarité est totale vis-à-vis de toutes celles qui refusent de se plier à cette régression sociale, quels qu'en soient les justificatifs. La liberté de choisir sa vie, ses relations humaines, sa sexualité, le recours à la contraception ou à l'IVG, est partie intégrante du combat pour la dignité et l'égalité entre les femmes et les hommes.
Mais la loi votée ne représente pas une avancée du droit des femmes dont il n'a pas jamais été question dans les débats qui ont précédé son adoption. Elle répond à d'autres objectifs : prolonger le consensus dit républicain au profit du gouvernement Chirac-Raffarin. Et elle peut avoir des effets pervers en contribuant à jeter de l'huile sur le feu de la division entre Français et immigrés, en donnant des armes aux prétentions des intégristes de dévoyer la révolte des jeunes filles et des femmes immigrées sur le terrain religieux.

La loi permet à Chirac d'apparaître comme le défenseur de la laïcité après avoir joué le rôle de sauveur de la république le 5 mai 2002
Dans son offensive contre les droits du monde du travail et les droits des femmes, le gouvernement Chirac-Raffarin bénéficie de l'absence d'une opposition parlementaire des partis de gauche. Discrédités par leur participation dans les gouvernements de cohabitation, prisonniers de leur vote au deuxième tour des Présidentielles le 5 mai 2002, ils n'ont pas de politique de rechange à opposer à celle de la droite ; ils n'ont que des appétits pour revenir aux affaires en 2007.
Le vote de la loi sur la laïcité en est une nouvelle illustration. Chirac, au moment où il est rattrapé par les affaires à travers la condamnation de Juppé, peut se prévaloir d'avoir à nouveau réussi à unir derrière lui les partis de l'ex-gauche plurielle.
C'est Chirac qui a voulu la loi, c'est Raffarin qui a ouvert le débat au Parlement en lieu et place de Ferry, discrédité. Le jeu de rôles a été orchestré en y intégrant le retour de Juppé, après sa condamnation à 18 mois de prison avec sursis et dix ans d'inéligibilité le 30 janvier. Celui-ci a lancé un appel -ovationné par les députés UMP- " à dépasser les clivages partisans. Parce qu'après tout, sur tous les bancs de cette assemblée, nous éprouvons le même attachement à la république et à ses valeurs fondamentales ". Et l'intervention de Fabius pour le PS, juste après celle de Juppé, a recueilli les applaudissements des députés UMP lorsqu'il a déclaré : " la foi ne peut être supérieur à la loi ".
Chirac, dans son discours télévisé du 17 décembre, dans sa déclaration au Conseil des ministres du 28 janvier, avait pris la posture du défenseur de la laïcité et du respect de l'égalité républicaine dont l'école serait le creuset, en prétendant vouloir " faire vivre l'égalité des chances,… la stricte égalité entre les hommes et les femmes, lutter contre les discriminations, pour l'intégration ".
Les velléités des députés socialistes de ne voter la loi qu'à condition que leurs trois amendements, à la marge, soient adoptés, n'ont pas résisté longtemps. Celui sur une évaluation de la loi d'ici un an accepté, ils ont préféré renoncer à celui sur l'expression de " signe visible " plutôt que " signe ostensible " contenu dans la loi.
Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS, s'est dit " fier d'avoir créé un rapport de force politique qui a fait bouger y compris le président de la République ". Parlant d'une loi pour " l'émancipation sociale de nos concitoyens issus de l'immigration et la place de l'islam dans la république ", il s'est prononcé pour que le culte musulman, à égalité avec les autres religions, " ait le droit de s'exercer dans la dignité ".
Tout un programme où la défense des religions prend le masque de la défense de la laïcité, en toute cohérence, il est vrai, avec les limites mêmes de la laïcité que la bourgeoisie a toujours su plier à ses intérêts. Les valeurs de la république font bon ménage avec le financement des écoles privées, le statut particulier en Meurthe et Moselle, … et les remises en cause des droits des femmes dont la liberté à disposer de leur corps n'est jamais acquis, comme l'amendement Garraud l'a récemment montré.
Quant au Parti communiste, les débats parlementaires ont été une occasion supplémentaire d'apporter la démonstration que ses divisions n'étaient conditionnées que par les intérêts de son appareil. Marie-Georges Buffet et Alain Bocquet ont voté contre la loi, suivis par douze députés ; sept autres ont voté pour et Georges Hage s'est affiché aux côtés d'une jeune femme voilée porte-parole d'un comité " pour le libre choix " ! Quand le rédacteur de l'article intitulé " les doutes ne sont pas levés " paru dans l'Humanité du 10 février, écrit : " "la main tendue" des socialistes l'aura [Raffarin] sans doute bien aidé à trouver les voies d'un accord qui devrait lui permettre de donner au texte les atours du 'large accord' tant recherché ", il ne peut faire oublier que sa critique du PS vaut aussi pour son parti.
La loi est bien le signe ostentatoire de l'unanimité des partis issus de la cohabitation, du PS à l'UMP en passant par le PS sans oublier l'UDF et Bayrou qui, à l'inverse de ses proclamations, n'a fait que s'abstenir.

Une loi qui stigmatise une partie de la population
Même si la loi en tant que telle n'est pas une loi raciste, elle risque de créer des tensions favorables à l'extrême droite, tant celle d'un Le Pen, que des intégristes islamiques. " L'extrême droite et les islamistes sont les deux faces d'une même pièce, indispensables les uns aux autres " a déclaré dans Libération du 29 janvier, Chahdortt Djavann, d'origine iranienne, contrainte de porter le voile dans son pays et auteure de Bas les voiles.
Loin de contribuer à renforcer le camp des progressistes et des femmes, ses effets pervers, qui ont déjà servi à piéger le débat en masquant la question de l'oppression des femmes, peuvent être lourds de dangers.
Si à nouveau, Chirac se donne à bon compte une posture au-dessus des clivages politiques, la politique de son gouvernement, en creusant les inégalités sociales et en aggravant la politique sécuritaire, apporte du grain à moudre à tous les tenants de l'ordre contre les plus pauvres. Au moment où la loi Perben 2 fait des petits délinquants des criminels, où les chiffres des reconductions à la frontière des immigrés en situation irrégulière ont augmenté de 14,7 % sur les onze premiers mois de l'année 2003, (selon les chiffres du Ministère de l'Intérieur), Sarkozy se voit encouragé dans sa politique répressive. Derrière sa rivalité avec Chirac se dessine un projet politique où les fragiles frontières entre la droite chiraquienne et l'extrême droite tomberaient. Déjà, les mouvements fondamentalistes ont obtenu de sa part une reconnaissance avec la création du Conseil français du culte musulman. Maniant la démagogie, il n'a pas hésité à déclarer aux organisations musulmanes reconnues par son gouvernement : " une telle loi risque de créer plus de problèmes que d'en résoudre ". Face à la dégradation de la situation dans les quartiers populaires désertés par les services publics, dont les militants associatifs ou politiques sont bien impuissants à contrecarrer l'évolution, il pourrait envisager de déléguer aux organisations intégristes le pouvoir d'y faire une loi que parfois elles font déjà. Sous couvert de gérer la question sociale par le biais de la charité, elles feraient alors régner le pouvoir du plus fort que la police leur déléguera si besoin.
Cette loi pourrait bien aussi rejeter une partie de la population immigrée, notamment sa jeunesse, dans les bras des islamiques qui sont les pires ennemis des libertés au même titre que l'extrême droite de Le Pen. Encourageant le communautarisme, le repli sur soi, propageant des préjugés faisant de la religion une identité, ils chercheront à utiliser la loi comme un repoussoir pour attirer toutes celles et ceux que la société rejette. Le contrôle sur les jeunes filles pourrait en sortir renforcé si elles ne prennent pas elles-mêmes en main, avec les hommes, la défense de leurs libertés.
Si nous n'avons, est-il besoin de le dire, aucune hostilité particulière vis-à-vis de l'islam ni de ceux dont c'est la religion, nous n'oublions pas que toutes les religions sont ennemies des femmes et du progrès social. Nous combattons la religion en tant qu'instrument de domination des classes bourgeoises qui les utilisent toutes, catholique, protestante, juive, musulmane, ou bouddhiste pour soumettre et diviser.
Paul Lafargue, socialiste révolutionnaire du XIXème siècle, rappelait : " un parti n'est révolutionnaire qu'à la condition de révolutionner les têtes des femmes et des hommes appelés à l'action, et de les affranchir de l'idéologie de la classe dominante " [Enquête sur l'anticléricalisme et le socialisme]
Prêter à l'islam un statut particulier de religion opprimée ne peut aboutir qu'à nourrir la division au lieu d'encourager les luttes communes pour changer la société. Ce n'est rien d'autre que dit une femme marocaine, Souad, interviewée dans l'Humanité du 3 février : " sommes-nous pour le droit à un statut d'égale à égale [des femmes ] ou pour un statut particulier envers celles qui sont issues de l'immigration ".

La lutte pour les droits des femmes, partie intégrante de celle pour l'émancipation sociale
Lutter de façon conséquente, consciente, organisée, pour la défense des droits des femmes, c'est combattre le capitalisme sous toutes ses formes, dans tous ces aspects et ses armes de domination idéologique et morale dont les religions. Nous nous déterminons sur le terrain de la lutte de classe réelle où les femmes sont les égales des hommes, en mettant en avant ce qui unit. Tous les progrès sociaux ont été imposés par les luttes ; nous ne pouvons faire aucune confiance à ce gouvernement pas plus qu'à la loi qui prétend défendre la laïcité pour être une protection. Le combat militant de toutes celles et tous ceux qui sont partie prenante de la lutte pour le progrès social est notre combat. A ce titre, nous sommes pleinement solidaires des enseignants qui refusent de plier devant le port du voile et peuvent être amenés à exclure des élèves qui s'y refusent. Non au nom de la loi, même si elle peut leur servir, mais pour donner vie aux idées émancipatrices et modernes de l'égalité entre hommes et femmes.
Les leviers en sont la lutte sociale et politique, la solidarité du monde du travail et de la jeunesse, pour faire reculer le fatalisme qu'engendrent les rapports de domination. La lutte contre la résignation inclue la lutte contre les préjugés religieux surtout s'ils servent à justifier la violence contre les femmes.
La journée internationale de luttes des femmes le 8 mars sera l'occasion de se retrouver au coude à coude, pour affirmer l'actualité urgente de ce combat.

Valérie Héas


Prendre le parti des " radicaux " exclus du PT !

Le 19 janvier, à Rio de Janeiro, les député(e)s João Batista Araujo dit " Babá ", João Fontes et Luciana Genro ainsi que la sénatrice Heloísa Helena ont signé un manifeste " Pour une gauche socialiste et démocratique ", confirmant la volonté des " radicaux " exclus du Parti des travailleurs à la mi-décembre de créer une nouvelle formation d'ici le mois de juin.
La direction " pétiste " entend museler ceux qui dénoncent la politique de contre-réforme libérale du gouvernement de Luiz Inacio " Lula " da Silva : la position courageuse arrêtée par Babá, João, Luciana et Heloísa est une note d'espoir pour toutes celles et tous ceux qui ne se résignent pas à voir le PT et ses alliés imposer, l'une après l'autre depuis un an, les mesures anti-ouvrières dictées par le FMI et la Banque mondiale.
Le texte signé par les quatre élus et par des figures historiques du PT estime que " le gouvernement Lula a choisi d'accomplir la tâche à laquelle la social-démocratie institutionnelle s'est consacrée dans un passé récent : faire au compte du grand capital ce que la droite traditionnelle n'était pas en condition de faire. " La conclusion s'impose d'elle-même : " Aussi avons-nous le droit, pour ne pas dire l'obligation, ajoutent-ils, de construire une alternative en terme de parti susceptible de remplir l'espace qui a été abandonné. Une alternative qui soit un parti de lutte, contre le modèle néolibéral et le gouvernement qui l'applique, de défense des revendications et objectifs de la classe des travailleurs ; une alternative démocratique et pluraliste, de masse et internationaliste, libre de tout doctrinarisme ou esprit de secte, avec des mécanismes garantissant la participation active des militants, le plein droit de tendance, un profond respect envers les minorités et la liberté d'opinion. "
Des militants du rang comme des membres fondateurs du PT se sont publiquement solidarisés de la démarche initiée par les " radicaux ". Certains, à l'instar de militants de Rio et de Parana issus de Démocratie socialiste, ont annoncé qu'ils refusaient " de rester une minute de plus dans le parti ", à peine connues les mesures disciplinaires prises à l'encontre de Babá, João, Luciana et Heloísa. " Pour nous, il est temps maintenant " titrent-ils, tranchant avec l'attentisme caractérisant la direction de ce courant lié à la Quatrième internationale et à la LCR depuis l'accession de l'ancien métallo à la magistrature suprême.
L'analyse des militants de Rio et de Parana est lucide ; leur position conséquente : " ces expulsions envoient […] un clair message qu'aucun type de divergences politiques de la part de ceux qui restent dans le parti ne sera toléré. Dès lors, nous nous considérons aussi expulsés du parti. " C'est l'évidence. Demeurer au PT deviendra de plus en plus difficile pour toutes celles et tous ceux qui contestent le ralliement de la majorité entourant Lula au social-libéralisme, sinon bien sûr à ménager la direction " pétiste " ou pire à taire ses désaccords.
Une année après le remplacement de Fernando Henrique Cardoso par Luiz Inacio " Lula " da Silva à la tête du Brésil le doute n'est plus de mise sur la nature du gouvernement " pétiste ". Les réformes de la prévoyance et de la fiscalité ou l'austérité qui frappe tous les budgets attestent suffisamment de son caractère bourgeois et réactionnaire. Nulle surprise de ce côté. Pour s'assurer la victoire à la Présidentielle, Lula n'avait pas hésité à rallier le Parti libéral (PL), une formation de droite. En choisissant comme futur vice-président le sénateur José Alencar, membre de PL, un ex-dirigeant de la Confédération nationale de l'industrie, un milliardaire à la tête d'une société employant près de 20 000 salariés et au chiffre d'affaires de plus de 320 millions de dollars, Lula signifiait explicitement sur quelle classe il entendait s'appuyer.
Sa majorité parlementaire s'est depuis sa victoire naturellement élargie à droite.
De ce point de vue, le remaniement ministériel décidé par Lula le 23 janvier est un non-événement. Les deux maroquins confiés au Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) sanctionnent le soutien parlementaire sans faille apportée à Lula par le PMDB lors du vote des deux contre-réformes libérales phares, celle de la prévoyance et celle de la fiscalité. Le PMDB est avec 78 élus le deuxième parti à la Chambre des députés et avec 22 représentants la première formation du Sénat que préside son leader, l'ancien chef de l'État, José Sarney. L'ouverture de la coalition gouvernementale à ce parti assure " une gouvernabilité tranquille du pays ", dixit Lula.
L'ancien métallo fait très exactement ce qu'il a dit et redit tout au long de la campagne présidentielle, ni plus ni moins. Partant, on comprend d'autant moins l'allant de la gauche du PT, notamment de DS qui entend représenter son aile radicale, et qui, malgré le bilan de Lula et de son équipe, mise encore sur les supposées contradictions qui traverseraient le gouvernement ! Le débat sur " les deux âmes du gouvernement Lula " est tranché, et ce, plutôt deux fois qu'une. Les contre-réformes, l'austérité, les exclusions : tout dans la situation le confirme. La position de DS était déjà intenable, il y a un an, alors que Lula misait sur un compromis avec les représentants des couches les plus réactionnaires de la bourgeoisie brésilienne plutôt que de s'en remettre à la mobilisation des masses ; revendiquer, aujourd'hui, une simple " réorientation " de la politique du gouvernement Lula est une démission devant ses responsabilités.
La bataille perdue par la classe ouvrière brésilienne cet été sur les retraites souligne l'urgence pour les révolutionnaires d'une lutte pieds à pieds pour redonner au mouvement ouvrier une expression autonome, indépendante de la bourgeoisie. Fort de ses liens historiques avec la Centrale unique des travailleurs (CUT), le PT a pu amortir la contestation et négocier un ralliement du mouvement à Lula, sans dommage pour ses projets réactionnaires. En tirer toutes les leçons est vital. Le gouvernement " pétiste " compte pousser son avantage et prépare déjà après la privatisation, début février, de la Banque de l'État du Maranhão (BEM) celle des trois autres établissements publics. Permettre à la classe ouvrière de retrouver son indépendance de classe est la priorité pour tous les révolutionnaires du Brésil, et cela passe inévitablement dorénavant par une rupture avec le parti assurant le rôle de courroie de transmission du gouvernement : le PT.
Réarmer le prolétariat des villes et des campagnes est une tâche dont aucun courant révolutionnaire ne peut s'affranchir, sinon à perdre son âme. L'attitude de la direction de Démocratie socialiste est malheureusement désarmante. Miguel Rosseto, membre de DS, participe au gouvernement Lula malgré la présence de ministres de droite, malgré les contre-réformes, malgré les exclusions visant les révolutionnaires du PT. Que faut-il donc pour amener la direction de DS et son ministre Rosseto à faire marche arrière ?
Les positions arrêtées lors de la Coordination nationale de DS à São Paulo le 7 février 2004 annoncent le pire.
La résolution adoptée comporte une " évaluation critique de l'expérience de presque une année de gouvernement dominé par le PT, sur l'impact de cette expérience sur les mouvements sociaux et sur le PT, sur les débats stratégiques ouverts, aussi bien par rapport aux alternatives programmatiques que par rapport à la question décisive de la construction partidaire au Brésil ", mais sans en tirer d'autre conclusion. Significativement, la présence de Miguel Rosseto à la tête du Ministère du développement agraire n'est pas même mentionnée, moins encore le bilan de la réforme agraire : à peine 10 000 familles installées sur les 60 000 initialement prévues en 2003 ; une explosion du nombre des attentats contre les sans-terre, etc. DS est, en revanche, autrement démonstrative dès qu'il s'agit de qualifier l'initiative des radicaux de créer un nouveau parti, qu'elle taxe de " projet sectaire ".
Elle demande, de surcroît, à tous ceux qui s'engagent auprès de Babá, João, Luciana et Heloísa " de renouer les liens avec notre courant, en arrêtant de se compromettre dans la formation de ce nouveau parti ", s'empressant " d'expliquer à l'ensemble du Parti des travailleurs que les propositions, attitudes et paroles de ces camarades qui ont démissionné du PT et qui militent pour la construction d'un nouveau parti ne représentent pas les membres de la tendance Démocratie socialiste ". Qui se compromet ?
Nous, nous sommes pleinement solidaires des militants de Démocratie socialiste de Rio et de Parana - fusent-ils une poignée comme le dit la direction de DS - ; nous nous plaçons résolument aux côtés de toutes celles et de tous ceux qui refusent de cautionner la politique de Lula et du PT. Les diviseurs, ce sont ceux qui affaiblissent le regroupement en cours à la gauche du PT. Ceux qui " renoncent à l'expérience de la construction d'un parti de masses, socialiste et démocratique ", contrairement à ce que dit la direction de DS, se trouvent parmi ses militants préférant perdre les avantages que les positions acquises par le PT dans l'appareil d'État assurent plutôt que de renier leur combat pour un Parti des travailleurs, une arme pour la lutte de classe.
Il y a loin entre le processus amorcé avec le manifeste " Pour une gauche socialiste et démocratique " et la création du nouveau parti. De nombreux obstacles subsistent, à commencer par Lula et le PT qui bénéficie au sein de la classe ouvrière brésilienne du prestige accumulé dans les années 70 contre la dictature. Nous avons évoqué la division des révolutionnaires qui dessert l'entreprise. Les difficultés sont également politiques.
(Re)définir un projet révolutionnaire n'est pas plus simple au Brésil qu'en France. L'antilibéralisme et l'anticapitalisme remplacent subrepticement là-bas comme ici les références à la révolution. Le texte programmatique qui ouvre la discussion " Pour une gauche socialiste et démocratique " laisse ainsi pendante toute une série de questions stratégiques qu'il s'agit dorénavant de débattre et de préciser, par exemple le " socialisme dans la démocratie comme objectif stratégique, explicite et permanent " revendiqué par Babá, João, Luciana et Heloísa.
Le rapport à l'État apparaît comme un des éléments fondamentaux pour comprendre comment un mouvement d'émancipation comme le PT a été détourné, au profit de quelques apparatchiks, du combat du plus grand nombre. La création du PT en 1980 représentait une avancée importante dans l'organisation d'un mouvement ouvrier indépendant de la bourgeoisie, prenant pleinement confiance de sa force dans la lutte de classe. Malheureusement, à défaut d'un programme politique clair et cohérent, s'appuyant sur une organisation réelle et militante des travailleurs, le PT a privilégié sa participation au pouvoir dans les mairies et les régions jusqu'à son intégration finale à l'appareil d'État. Réapprécier cette histoire pour n'en retirer que le meilleur est une tâche aussi nécessaire que difficile.
Ce débat ne connaît pas de frontière.

Serge Godard

Notes de lecture : " Les casseurs de l'Etat social " de Michel Husson

La découverte, 6,40 euros.

Ce livre militant vient à point nommé fournir des arguments dans le combat contre l'offensive du gouvernement et du patronat contre la sécu, les étayer. Michel Husson nous montre comment, après les réformes des retraites et de la décentralisation, la santé est maintenant visée à travers la réforme que prépare le gouvernement, sous la pression incessante du Medef. Cette " avalanche de réformes " constitue " un projet de déconstruction systématique " et exprime " un projet bien plus cohérent qu'il ne se présente lui-même ", tout en s'accompagnant d'une prise de conscience accélérée de cette offensive cohérente et systématique dont les mouvements sociaux du printemps et de l'été 2003 ont été l'expression.
Le livre a pour objectif de montrer qu'il s'agit " partout en Europe de réduire autant que faire se peut les dépenses socialisées " (financées par l'impôt ou la cotisation sociale) : retraite, santé, chômage…
La première partie fait un retour en arrière sur la réforme Fillon et la liquidation des retraites pour montrer ensuite comment le même scénario est en train de se reproduire avec la réforme programmée de l'assurance-maladie. Husson revient sur les arguments qui ont servi à justifier la réforme des retraites, en quoi la réalité est très loin des scénarios catastrophes de la propagande gouvernementale. Quant à tous ceux qui nous avaient vanté les miracles de la capitalisation à l'époque de l'euphorie boursière, ils ont déchanté, l'effondrement des bourses ayant entre temps balayé les illusions. Et Husson de nous rappeler ce qu'il est bon à tout travailleur de savoir, que " cela montre que la raison n'est pas toujours du côté de la " science " officielle, dont la morgue et la condescendance ne doivent pas impressionner ".
Il nous rappelle ce que chacun a pu vérifier à travers le large mouvement et les grèves du printemps contre la réforme des retraites : le problème de la protection sociale est bien celui de la " répulsion postulée (du patronat et du Medef) à l'égard des prélèvements obligatoires ", autrement dit de la lutte acharnée du patronat pour se soustraire le plus possible au paiement des cotisations sociales, qui constituent une part des salaires. Patronat et gouvernement ont cherché par tous les moyens, nous dit Michel Husson, à occulter " le débat… qui porte sur la répartition des revenus, à commencer par le bilan que l'on peut tirer de deux décennies de libéralisme ". Il rappelle qu'au cours des vingt dernières années, la part des salaires a reculé de 8 points et le profit a augmenté d'autant, capté presque exclusivement par la sphère financière, et qu' " il n'était donc pas interdit d'imaginer que l'on puisse toucher au sacro-saint partage entre salaires et profits. ".
A l'aide de données chiffrées précises, il montre que " le patronat s'est installé dans une logique de baisse tendancielle de la part salariale (salaires directs et cotisations). Mais la part qui revient aux salaires directs a déjà été ramenée à un niveau historiquement bas, qu'il devient difficile de faire baisser encore ; c'est donc dorénavant les cotisations sociales qui doivent contribuer au recul de la part salariale globale. "
L'analyse des causes de la faillite de la protection sociale comme la lutte du patronat pour baisser toujours plus le coût du travail éclaire celle des solutions avancées par les " réformateurs " non libéraux pour son financement.
Husson fait la critique de ceux qui proposent d'élargir le financement en taxant une part des profits ou des revenus financiers, en instaurant une sorte de taxe Tobin sur les transactions boursières. C'est une idée qui pourrait aller de soi, mais Husson montre que cette solution, que nous n'excluons pas par principe, est contraire aux intérêts des travailleurs et amènerait même de nouvelles régressions. Car " c'est oublier que la finance a prospéré sur le gel des salaires " et que les profits comme la valeur des actions grimpent proportionnellement aux licenciements et à la baisse du coût du travail.
Quelles que soient les solutions envisagées par les " réformateurs " du système de protection sociale (recours à l'impôt, élargissement de l'assiette, taxation des profits), sur le fond, nous dit Michel Husson, cela " revient à admettre que le coût du travail est trop élevé et qu'on doit en financer une partie de manière détournée, autrement que par le salaire… Finalement, le salaire est le meilleur " impôt " sur les revenus financiers… "
Il n'oublie pas de rappeler que l'introduction d'impôts ou de taxes s'est faite dans le cadre de " l'accompagnement social-libéral " de la gauche plurielle, inauguré en 90 par Rocard avec l'instauration de la CSG qui avait entamé l'évolution vers la fiscalisation. La CSG a compensé en partie la baisse des cotisations sociales, drainant aujourd'hui des recettes supérieures à l'impôt sur le revenu. Les cotisations ne représentent plus que 57 % des ressources de la sécu contre 80 % avant 95.
On souscrit à cette argumentation mais on peut s'interroger s'il est très pertinent de prendre au premier degré les propos de Franklin D. Roosevelt contre les partisans de l'impôt cités par Michel Husson : " 
Je suppose que vous avez raison sur un plan économique, mais le financement n'est pas un problème économique. C'est une question purement politique. Nous avons instauré les prélèvements sur les salaires pour donner aux cotisants un droit légal, moral et politique de toucher leurs pensions…Avec ces cotisations, aucun fichu politicien ne pourra jamais démanteler ma sécurité sociale. ". Dans l'esprit de Roosevelt ne s'agissait-il pas plutôt de construire un compromis social entre la bourgeoisie et les travailleurs comme le fit De Gaulle à la Libération ?
Les réformes des retraites comme de la sécu montrent que " le projet néolibéral va beaucoup plus loin qu'un simple problème de financement et qu'il entend démanteler l'Etat social dans son ensemble ". Cet Etat social était le résultat d'un rapport de force entre les classes, de concessions obligées faites par la bourgeoisie et qu'aujourd'hui elle remet en cause.

Michel Husson définit ensuite les grandes lignes de la réforme de l'assurance-maladie prévue pour la fin du semestre, en nous montrant comment la part du salaire sera fortement diminuée dans son financement au profit des assurances privées qui vont se tailler la part du lion.
La nouvelle assurance-maladie reposerait sur trois niveaux :
- la couverture universelle pour les plus pauvres, assurée par les pouvoirs publics
- une CSG déductible qui se substituerait aux cotisations sociales (salariales et patronales) et financerait un " panier de soins " défini chaque année par le Parlement. Hors du panier, le droit à la santé n'est plus universel !
- les assurances complémentaires privées pour les autres dépenses de santé, auxquelles n'accèderont que ceux qui en auront les moyens.
L'Etat social se trouve pris en tenaille entre l'assistance et la marchandise ", dans le sens de son rétrécissement, la porte étant largement ouverte à l'assurance privée, puisque le soin hors panier ne sera plus remboursé du tout. C'est la même logique de pression du patronat pour baisser les salaires.
Husson nous montre que ces objectifs sont cohérents à l'échelle de l'Europe. " Ils relèvent de la volonté concertée des Etats qui mettent en œuvre les politiques libérales à l'échelle des nations et aussi des institutions européennes ". Il est d'ailleurs significatif que la constitution européenne remette en cause les droits, préférant parler d'aides.

La dernière partie pose le problème de l'alternative aux projets libéraux, pour " dépasser le social-libéralisme ". Husson la présente comme étant d'une " simplicité biblique : ou bien la société choisit d'approfondir la logique de solidarité qui avait porté la construction de l'Etat social, ou bien elle se rétracte sur une logique marchande individuelle. ".
Cette alternative, nous dit-il, relève du possible. " Dans le domaine des droits sociaux, l' " alternative " existe même depuis longtemps puisqu'il suffirait de reprendre le cours de la socialisation interrompu et de le pousser jusqu'à sa logique ultime, qui implique une redéfinition radicale des buts et des moyens ". Jusqu'où pousser cette logique ultime ? On regrette que Husson n'en dise pas plus et s'arrête aux portes de la propriété et de sa remise en cause qui s'inscrit inévitablement dans la confrontation permanente qu'il décrit tout au long de son livre entre le capital et le travail.
Les deux alternatives, logique de solidarité ou logique marchande individuelle, ont un contenu social. La lutte pour défendre ses droits implique nécessairement pour le monde du travail la remise en cause de la propriété privée capitaliste. A travers l'offensive libérale qu'elle mène contre le monde du travail, la bourgeoisie s'approprie une part croissante de la richesse créée par le travail. Se la réapproprier exige de s'en prendre directement à la propriété. " Par certains côtés, écrit Michel Husson, une telle société est à portée de main, au moins dans les pays développés - on peut même considérer que la trajectoire de l'Etat social y conduisait presque naturellement " et que " l'important, c'est au fond la qualité de la délibération démocratique, aujourd'hui mise à mal par les effets de la mondialisation et par les modalités institutionnelles de la construction européenne. ".
Toute socialisation passe par l'intervention publique, celle de l'Etat au sens le plus large ", oui, mais quel Etat ? L'étatisme, instrument de domination et de défense des intérêts des classes possédantes, serait " une socialisation sans démocratie ", nous dit Michel Husson, oui, mais comment introduire ou imposer une réelle démocratie ?
Cette esquisse est-elle trop révolutionnaire ? " Interroge-t-il, pour répondre en nous renvoyant à Keynes : " Il suffit après tout d'être aussi révolutionnaire que Keynes - qui ne l'était guère- et de préconiser avec lui l' ' euthanasie des rentiers' ou la 'socialisation de l'investissement' "…
Certes, mais justement cela nécessite peut-être une véritable révolution sociale. L'Etat dit social ne peut se transformer de lui-même, " naturellement ", en instrument de la socialisation. N'est-ce pas le raisonnement du réformisme à ses origines au sein de la social-démocratie que de prétendre à une telle possibilité de transformation de l'Etat social, grâce à la démocratie, en instrument de socialisation ? Une des leçons essentielles de l'histoire des luttes du mouvement ouvrier et, en particulier, de ces deux dernières décennies, n'est-elle pas l'impossibilité d'une transformation presque naturelle ?
C'est en réalité un rapport de force qui se négocie et pour la classe des salariés il n'y aura rien d'acquis tant que survivra la propriété privée capitaliste. C'est dire aussi l'ampleur de la confrontation que le mouvement social a devant lui. Il a la force de la gagner s'il sait voir l'adversaire en toute lucidité, ce à quoi contribue de façon fort utile, indépendamment des questions qu'il laisse en suspens, le livre de Michel Husson.

Catherine Aulnay