Débat militant
Lettre publiée par des militants de la LCR
n°45
1 avril 2004

Sommaire :

Chirac-Raffarin, de l'imposture à la provocation,
face à la crise qui mûrit le mouvement ouvrier avance ses propres réponses

Le Front national engrange les voix sans prospérer

Aux lendemains des Régionales, quelles perspectives pour le PC et pour ses militants ?
Retour sur la révolution russe et le stalinisme,
actualité du bolchevisme et de la lutte anti-bureaucratique
 

Chirac-Raffarin, de l'imposture à la provocation,
face à la crise qui mûrit le mouvement ouvrier avance ses propres réponses

Les canaux que le mécontentement des classes populaires a utilisés pour s'exprimer ont surpris et cela provoque bien des tangages politiques. Par trop dominés par l'événement bien des militants s'interrogent, doutent.
Ces résultats seraient un démenti des analyses qui sous-tendent l'accord entre la LCR et LO. De fait une discussion s'ouvre au sein de l'ensemble de l'extrême gauche, du mouvement social mais aussi au sein du PC ou parmi les jeunes qui nourrissent des illusions vis-à-vis du PS. Quelle réponse face à la nouvelle offensive libérale et impérialiste ? Y a-t-il des réponses à la crise qui mûrit dans le cadre des institutions bourgeoises, dans le cadre même de la société capitaliste ? Les révolutionnaires ne sont-ils pas condamnés à être une minorité ? Quelle politique pour les luttes ? Quel débouché politique à ces luttes ?
Il est évident que nous avions sous-estimé la volonté d'une large fraction de l'électorat populaire d'exprimer son mécontentement à l'égard du gouvernement et de la droite en utilisant le vote pour la gauche, une volonté d'effacer la capitulation du 5 mai et ses conséquences. Nous envisagions, comme tout le monde il faut dire, une forte abstention, une désaffection à l'égard de la gauche et un score plus important pour l'extrême gauche. Les électeurs, à la surprise générale, en ont décidé autrement et c'est très bien, du moins pour l'issue du deuxième tour.
Maintenant, nous sommes devant un nouvel acte de la crise sociale et politique qui mûrit depuis 2002. Loin de nous faire douter, ces résultats nous confortent dans nos orientations politiques, l'émergence d'un nouveau parti est à l'ordre du jour. De multiples phénomènes y concourent. Contribuer à cette émergence suppose discerner derrière les basculements de l'opinion électorale les tendances profondes qui impriment leur marque aux évolutions en cours.
Nous pensions que ces élections allaient donner une image des nouveaux rapports de forces politiques à l'issue de ces deux années qui mettent un terme à la cohabitation sur fond de crise. Il nous faut intégrer l'image, même si elle est quelque peu déformée par le jeu des prismes électoraux. Les régionales sont venues corriger la présidentielle et les législatives de 2002, correction amplifiée par la mécanique électorale.
Il nous faut dans ces brusques basculements retrouver le fil conducteur des évolutions en cours pour ne pas céder aux réactions impressionnistes.

Par delà les basculements d'opinion, le social-libéralisme a rompu avec les classes populaires
Le raz de marée pour la gauche semble contradictoire avec l'idée de sa rupture avec les classes populaires. En apparence seulement. En effet, tout dépend du contenu qu'on lui donne. Personne ne pensait et ne pense que les classes populaires se sont définitivement détournées du vote pour la gauche, mais le sens et la portée de ce vote ne sont plus les mêmes.
La gauche et en particulier le PS a été un outil pour sanctionner la droite et rien de plus. De ce point de vue, le vote de dimanche dernier exprime une poussée à gauche pour une part bien plus à gauche qu'il n'apparaît car bien plus indépendante du social-libéralisme.
Le 21 avril, l'électorat de gauche a sanctionné le social-libéralisme, le 28 mars, le même électorat a sanctionné la droite en utilisant le social-libéralisme. Dans le même temps, il a voulu effacer le vote Chirac du 5 mai. Au lieu d'un vote d'adhésion à un projet politique qui, au demeurant, n'existait pas, il s'agit d'un vote sanction qui se retourne contre Chirac mis en place par la gauche elle-même.
Ce n'est pas le vieux clivage droite-gauche comme expression, déformée, d'un clivage politique et social fondamental, qui reprend corps.
Aujourd'hui, le PS n'est plus la vieille social-démocratie, il est un parti de l'alternance bourgeoise et institutionnelle, partisan du social-libéralisme. C'est ce qui change la nature de ses relations avec le monde du travail même si, en certaines circonstances, une large fraction de ce dernier peut se servir de lui contre ses ennemis de droite ou d'extrême-droite.
Le fait que bon nombre de travailleurs ou de jeunes aient cru se protéger de Le Pen en votant Chirac ne construit pas des liens forts entre lui et les classes populaires… Le parallèle a ses limites mais il éclaire la discussion. Et de même que notre solidarité avec ces travailleurs ne signifiait nullement voter pour Chirac avec eux, nous n'avions pas plus de raison de voter pour ceux qui avaient mis Chirac en place après avoir gouverné sous son autorité. Les listes LCR-LO ont bien eu raison de dire " Nous comprenons ceux qui veulent voter contre la droite en votant à gauche mais pour notre part nous ne donnons pas de consigne de vote. A la gauche de convaincre ses électeurs, nous, nous n'approuverons pas par notre vote la politique social- libérale ".

Etre au cœur du mouvement de rejet de la droite et de sa politique, faire entendre les intérêts du monde du travail
La campagne des révolutionnaires les a mis au cœur de ce mouvement de rejet de la droite. Nous n'avons pas été l'outil électoral de ce rejet pour bien des raisons dont la loi électorale visant à écarter les petits partis n'est pas la moindre. Nous ne nous faisions pas d'illusion, les habitudes entretenues par les illusions électorales et parlementaires dans ce pays ne désignaient pas " le parti des luttes " comme le meilleur instrument pour sanctionner la droite.
Nous sommes partie prenante de ce mouvement mais pour lui donner un débouché… social et combattre ceux qui veulent le maintenir dans le cadre du jeu pervers de l'alternance parlementaire.
Etre dans le mouvement de rejet de la droite ne signifie pas se rallier au social-libéralisme, au contraire même. De ce point de vue notre attitude commune avec LO a été juste : nous sommes la seule opposition contre la droite, et nous avons exercé une pression politique dans cette campagne comme jamais nous ne l'avions fait. L'arrêt des subventions au patronat est devenu un des thèmes de positionnement dans la campagne. L'extrême gauche a su porter la question sociale sur le devant de la scène électorale et c'est très bien. Jamais dans le passé nous n'avions autant pesé dans le débat politique.
La question n'était pas et n'est pas de " virer Chirac " car pour le mouvement ouvrier elle ne se pose pas indépendamment des solutions que lui est prêt à mettre en avant. Elle est, nous y reviendrons, de se donner les moyens d'imposer ses revendications contre le gouvernement. Qu'ils cèdent ou qu'ils partent ! Oui, nous ne craignions pas de créer une crise politique par nos luttes. Et cela quel que soit le gouvernement.

Quand l'alternance n'est plus facteur de stabilité politique mais accélère la crise sociale et politique
Notre problème est d'aider au regroupement des militants les plus lucides, c'est-à-dire qui ont compris que les élections étaient un terrain de bataille politique dont les ressorts étaient, au final, dans les rapports de forces entre les classes.
Les régionales expriment et accentuent les éléments de crise politique et sociale. Elles viennent souligner la nécessité de nous situer dans une perspective d'accentuation de la crise politique et d'une montée sociale. Les rythmes en sont inconnus, mais il y a accélération.
Les causes de cette crise ont été déjà décrites : la nouvelle phase d'offensive libérale et impérialiste dicte au personnel politique de la bourgeoise sa politique, gauche-droite peuvent alterner mais elles sont condamnées à mener la même politique comme le prouve l'exemple Schröder. La machine à tromper les masses du parlementarisme bourgeois est grippée. Le personnel politique s'use et se discrédite vite, plus les tensions sociales s'exacerbent plus l'usure du pouvoir est profonde et rapide.
Il y a une exacerbation des éléments de crise.
Le jeu parlementaire se retourne, d'instrument de stabilité, le peu de démocratie qu'il contient encore devient instrument de crise.
Dans les mois et années à venir, les rythmes vont s'accélérer, les masses feront l'expérience des différentes politiques, les consciences vont évoluer plus vite, une nouvelle conscience de classe se forger. Il y a une course de vitesse entre la droite populiste, l'extrême droite et le mouvement ouvrier, et sa partie la plus consciente, les révolutionnaires.
Notre travail se situe dans cette perspective en mesurant les enjeux et l'urgence. Nous entrons maintenant de plain pied dans une nouvelle période.

Malgré la vague rose et le vote utile, les listes LCR-LO ont bien résisté
La presse après avoir largement relayé la campagne du PS et du PC contre le vote extrême-gauche s'est répandue après le premier tour sur le prétendu échec de nos listes. La dynamique de l'accord Ligue-Lo n'aurait pas marché, l'extrême gauche aurait raté son pari…
Nous n'avons pas raté de pari puisque nous n'en avions pas fait. Nous avons mené une campagne politique autour d'un plan d'urgence sociale et démocratique, et nous l'avons bien mené. Cette bataille était aussi une bataille pour avoir des élus, il nous fallait essayer de passer la barre des 10 %, la référence à la présidentielle donnait une crédibilité à cette démarche. Il y a échec puisque ne passant pas cette barre nous n'avons pas d'élus. Oui, mais du fait d'une loi profondément anti-démocratique. Si la loi n'avait pas changé nous aurions aujourd'hui plus d'élus qu'après 98.
De là à conclure que l'extrême gauche connaît un revers politique, il y a plus qu'un pas ! Ou alors, il n'y a revers qu'au regard des illusions et non des rapports de force réels.
Comparer nos résultats à ceux de la présidentielle n'a pas grand sens. Il serait plus juste de les comparer à ceux des législatives qui ont suivi.
Il nous faut surtout avoir un raisonnement politique global, mettre notre campagne comme ses différents résultats en perspective. Nous raisonnons en fonction de nos objectifs.
Ils n'étaient pas électoralistes, un accord électoral pour faire des voix et avoir des élus, ils étaient militants et politiques, mener campagne pour populariser les objectifs du plan d'urgence, programme pour les luttes. Et bien sûr, se battre pour qu'il y ait des élus porteurs de cette politique. Là est la vraie question.
De ce point de vue, la campagne a fonctionné au mieux de ce que l'on pouvait en attendre. Elle est un succès dans un contexte ou la loi électorale comme la volonté de l'électorat populaire d'effacer le 5 mai renforçaient la logique du vote utile.
Ce succès, relatif bien sûr aux rapports de force actuels, relance la discussion : simple accord électoral ou accord politique qui doit aller plus loin.
La situation politique générale, ce succès militant unitaire et la prochaine étape des européennes nous imposent d'aller plus loin.

Unis nous sommes plus forts que divisés
Cela devrait sonner comme une évidence, pourtant, il est clair que nous avons dû affronter durant cette campagne un handicap lié à l'histoire de l'extrême gauche, le prix à payer aux divisions passées. L'accord électoral limitait, par avance, la dynamique dont nos listes étaient porteuses. Par un étrange paradoxe, les révolutionnaires se limitaient à n'être qu'un instrument… électoral.
Notre campagne était affaiblie par une contradiction interne à notre accord lui-même : nous nous situions comme le parti des luttes sur le seul plan… électoral !
C'est cette contradiction qu'il nous faut travailler à résoudre, c'est-à-dire travailler à surmonter les vieilles divergences, à définir les divergences actuelles et discuter du cadre commun que nous pourrions réaliser malgré ces divergences.
Nous sommes apparus dans ces élections comme la quatrième force politique du pays, certes encore faible. Il s'agit aujourd'hui de partir des acquis de cette campagne, en continuité avec le travail commun de nos deux organisations, pour la renforcer et la développer, c'est-à-dire enraciner nos axes politiques dans le monde du travail
Cette quatrième force s'organise autour de l'axe politique que nous avons défendu durant cette campagne et que nous défendrons dans les européennes et les luttes à venir.
Par delà les élections, la nouvelle force que nous voulons construire est un parti des luttes, un parti militant et pas un parti électoraliste. Il ne naîtra pas de quelque miracle électoral mais bien de notre capacité à formuler et mettre en œuvre concrètement, pratiquement une politique pour le mouvement ouvrier.
Sauf de nous prendre nous-mêmes à contre-pied, le succès de la campagne militante autour du programme pour les luttes conduit tout naturellement à développer l'accord avec LO, à nous situer dans la perspective d'un front des révolutionnaires, prolongement de l'accord électoral.
Ce que nous avons fait pour les élections nous pouvons et devons le faire pour les luttes.

Face à l'impasse des mirages institutionnels construire une perspective pour les luttes
Nous sommes aujourd'hui devant un nouveau développement de la crise sociale et politique. Le nouveau gouvernement Raffarin III, véritable provocation, est illégitime, il naît désavoué et rejeté.
Ses fonds baptismaux, ce sont l'illégitimité et la provocation.
Faut-il alors mettre en avant une perspective politique du genre de celle qu'avance la gauche du PS, soit dissolution de l'assemblée, soit dehors Chirac-Raffarin-Sarkozy.
Pour le mouvement ouvrier, le problème ne se pose pas en ces termes qui ont l'apparence du bon sens. Mais ce bon sens n'est pas le nôtre, mais celui de ceux qui se battent pour aller au pouvoir.
Le mouvement ouvrier lui se bat pour ses revendications, ses exigences, la question du pouvoir ne se pose pour lui qu'en terme de rupture institutionnelle et sociale.
Il n'est pas juste de laisser croire qu'il y aurait un débouché politique hors des rapports de force réels et de la politique des différents partis. Nous disons : profitons de la faiblesse de ce gouvernement pour imposer nos revendications sans craindre d'aggraver la crise politique que craint le PS. Oui, la rue peut gouverner. Quel que soit le gouvernement tout dépend de nous ! La gauche social-libérale est couarde parce que, quant au fond, elle n'a pas d'autre politique que celle de la droite. Nous ne pouvons lui accorder la moindre confiance. La seule réponse est de nous donner les moyens d'imposer notre contrôle et de construire, à terme, un rapport de force qui nous permette de mettre en place notre propre gouvernement, celui des travailleurs et de leur organisation.
Aujourd'hui, nous n'en sommes pas là.
L'heure est à l'organisation d'un mouvement d'ensemble pour défendre le doit à la santé pour tous. Qu'ils cèdent ou qu'ils partent !

* * *

Ces élections soldent les comptes d'une période politique d'alternance et de cohabitation de la droite et de la gauche engagée dans la même politique au service du Medef dans le cadre de la mondialisation financière et impérialiste.
Nous entrons de plain pied dans une nouvelle période.
La prochaine étape verra se conjuguer la montée des luttes et les élections européennes, elle sera l'occasion d'enraciner les axes de campagne à un niveau supérieur, de dépasser les limites de la campagne des régionales.
Prenons nos responsabilités, nous avons ensemble développé un programme pour les luttes, ensemble sur le terrain social travaillons pour préparer ses luttes. Les uns et les autres, les militants du mouvement social, nous avons des terrains ou des modes d'interventions divers, cette diversité enrichit nos expériences du moment que nous militons autour de la même volonté de défendre les intérêts du monde du travail.
Nous ne sommes pas électoralistes, le front commun que la LCR et LO ont réalisé pour cette bataille électorale peut se transformer en un front militant, ouvert et démocratique, sur la base de l'accord politique qui nous a unis.
La crise sociale et politique que crée l'offensive des classes bourgeoises contre le monde du travail vient de franchir un degré de plus. Il y a urgence à coordonner les moyens et les forces de tous ceux qui veulent résister et se battre.
En rester au plan électoral serait faire passer des divergences appartenant pour beaucoup au passé avant les intérêts du monde du travail.
Ce sont ces intérêts du monde du travail qui nous dictent notre politique. Ils nous imposent aujourd'hui d'unir nos forces pour permettre le regroupement dans le même parti de tous ceux qui se sont reconnus dans notre campagne et vont se tourner vers nous.

Yvan Lemaitre


Le Front national engrange les voix sans prospérer


" Vous avez aimé le 21 avril, vous adorerez le 21 mars ! ", persiflait Jean-Marie Le Pen depuis des mois. Le leader d'extrême droite voyait déjà le Front national à la tête de " deux, trois ou peut-être quatre " régions. Le doute n'était pas de mise : son parti serait " le principal bénéficiaire d'une grande vague de protestation nationale ". Malgré l'assurance des caciques du front, les régionales n'ont pas enregistré le " bond en avant " annoncé.
L'extrême droite n'en progresse pas moins.
Le FN avait rassemblé 9,5 % des suffrages exprimés en 1986, 13,6 % en 1992 et 15,3 % en 1998. Le 21 mars, le front totalisait 15 % et engrangeait 3 567 218 voix, soit 285 000 voix de plus qu'en 1998. Les 15 % de 2004 n'ont pas le même poids que les 15,3 % de 1998. L'augmentation de la participation entre les deux scrutins masque ainsi la progression en voix du FN, contribuant même à instiller l'idée d'un reflux. Le succès du front apparaît mieux si on rapporte ses scores au nombre d'électeurs inscrits : le FN passe de 8,4 % en 1998 à 8,9 % en 2004. Le recul de 0,3 % du parti de Jean-Marie Le Pen est donc à relativiser. Et d'autant plus que la scission mégrétiste est intervenue après les régionales de 1998, saignant le parti lepéniste de la moitié de ses élus… régionaux.
Partant, on ne peut raisonnablement apprécier les résultats du FN sans les confronter à ceux du MNR.
Au soir du premier tour, FN et MNR comptabilisaient ensemble 16,38 % des suffrages exprimés, soit un point de mieux qu'il y a six ans. Aussi modestes qu'ils soient, les suffrages captés par la formation de Bruno Mégret privent de second tour la formation de Jean-Marie Le Pen dans trois régions : en Auvergne où le FN comptabilisait 9,59 % des voix et le MNR 1,03 % ; dans les Pays de la Loire où le front totalisait 9,71 % des voix et le MNR 2,55 % ; en Bretagne où les lepénistes rassemblaient 8,47 % des voix et le MNR 1,91 %. En 1998, le FN n'avait pu se maintenir dans six régions (Auvergne, Bretagne, Corse, Limousin, Pays de Loire et Poitou-Charentes). Cette fois, il y a été écarté à cinq reprises (les mêmes hormis le Poitou-Charentes). Sans la concurrence du MNR, le parti de Le Pen aurait été en lice au second tour dans vingt des vingt-deux régions métropolitaines, au lieu de dix-sept.
Les résultats du parti de Jean-Marie Le Pen apparaissent fortement contrastés d'une région à l'autre. Le 21 mars, le FN a amélioré ses scores en pourcentage et en voix dans quatorze des vingt-deux régions. Il fait moins bien qu'en 1998 dans deux régions seulement : en Provence-Alpes-Côte d'Azur où il perd 17 333 voix (- 3,57 points) et en Île-de-France où le reflux est plus marqué encore : 71 558 voix de moins (- 4,55 points). Partout ailleurs, il renforce le nombre de ses électeurs, élargissant visiblement son audience à des secteurs qui ne lui étaient guère acquis jusque-là comme les paysans, c'est du moins ce que semblent indiquer les premières études qualitatives disponibles.
Le second tour a souligné la forte résistance du FN. Celui-ci a comptabilisé 3 200 615 voix. Certes, d'un tour à l'autre, le FN passe de 15 % à 12,8 % des suffrages exprimés, recul accentué par la hausse spectaculaire de la participation de 62,1 % à 65,8 % dont le FN n'a pas profité. La déperdition d'un tour à l'autre s'élève à 366 603 voix nationalement. En revanche, si l'on ne tient compte que des résultats des dix-sept régions où le FN était en lice au second tour, la perte nette d'une semaine à l'autre se réduit à 18 379 voix seulement. De la même façon, si on ne prend en compte que les dix-sept régions où il se présentait, le FN retrouve un pourcentage voisin de celui de 1998, avec 15,8 %. Le tassement est très limité.
Pire, en Alsace, en Aquitaine, en Midi-Pyrénées et dans le Nord-Pas-de-Calais, les listes du front améliorent, et leur voix, et leur pourcentage. En Alsace, le FN passe ainsi de 18,58 % à 22 %, gagnant près de 30 000 voix. Dans le Nord-Pas-de-Calais où le secrétaire général du FN Carl Lang était arrivé en deuxième position au premier tour, derrière le PS mais devant l'UMP, le gain dépasse les 45 000 voix. En Provence-Alpes-Côte d'Azur comme en Rhône-Alpes où le FN prétendait avoir ses meilleures chances, les listes de Guy Macary et de Bruno Gollnisch reculent en revanche. Gollnisch perd près de 35 000 voix. En Île-de-France, Marine Le Pen voit fondre ses voix de 50 000 en huit jours. Les deux dirigeants du FN ont été victimes d'un " vote utile " en faveur des listes UMP ou UMP-UDF pour barrer la route à la gauche gouvernementale, leur chance respective d'arriver en tête et de l'emporter étant nulle.
Les contre-performances du front dans ses bastions traditionnels, ou en Île-de-France où Marine Le Pen concourrait, n'annulent pas les progrès enregistrés ailleurs. Les élections cantonales confirment d'ailleurs l'influence renforcée du FN. Dans les 2 034 cantons renouvelables les 21 et 28 mars, le FN obtient moins de 4,95 % nationalement. Mais là où il était présent, le FN rassemblait 12,22 % le 21 mars. L'extrême droite n'était plus représentée que dans 278 cantons le 28 mars. En moyenne, le front a rassemblé 20,98 % des voix dans les cantons où il était encore en lice. Dans vingt-huit cantons, il dépasse même la barre des 30 %, celle des 25 % dans cinquante-sept autres.
Le front maintient ses scores même si ceux-ci ne se traduisent pas en termes d'élus : il compte dorénavant 156 conseillers régionaux loin des 275 de 1998 et deux conseillers généraux comme précédemment (Marie-Claude Bompard et Jacques Bompard, le maire d'Orange, élus du Vaucluse). Evoquer une stagnation de l'extrême droite - même réduite au FN - aux régionales, comme aux cantonales, est cependant abusif. L'extrême droite consolide globalement ses positions même si sa progression marque incontestablement un infléchissement. Pour certain, la surprise - si surprise il y a - tient dans cette absence d'envolée des scores du FN que le vote sanction contre la droite pouvait laisser augurer et que les instituts de sondages laissaient entrevoir jusqu'au premier tour. Voir un recul dans cet infléchissement ne résiste pas à l'épreuve des faits. Inversement, on pourrait tout aussi légitimement noter que malgré la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy l'extrême droite reste en France à un niveau inconnu ailleurs en Europe.
Plus significatif est l'impasse stratégique dans laquelle s'est enfermée le FN et que révèle la désignation des présidences de Région. En 1998, les élus lepénistes avaient contribué à l'élection de Jacques Blanc (DL) en Languedoc-Roussillon, Jean-Pierre Soisson (UDF) en Bourgogne, Charles Millon (UDF) en Rhône-Alpes et Charles Baur (UDF) en Picardie. Cette fois, le FN ne jouera pas les troubles fêtes. Dans dix des vingt-deux régions métropolitaines, les scores du FN ont exclu toute victoire de la droite gouvernementale ; mais aujourd'hui comme hier le FN reste au porte du pouvoir. Et la capacité de nuisance du FN est quasiment nulle dans les parlements régionaux où la réforme du scrutin donne une prime à la liste arrivée en tête.
Jean-Marie Le Pen visait la conquête de régions pour transformer sa formation en " parti de gouvernement ". Sur ce plan, l'échec est patent. Et ce n'est pas la gestion municipale du FN qui a crédibilisé sa gestion ! Les déconvenues de Marine Le Pen et de Bruno Gollnisch offrent évidemment à Jean-Marie Le Pen toute l'attitude jusqu'en 2007. Ce n'est au mieux qu'un sursis.
Le conflit entre lepénistes et mégrétistes dépassait la simple querelle de chefaillons en manque de reconnaissance. Elle traduisait l'affrontement continuel depuis plusieurs années entre deux stratégies pour arriver au pouvoir, l'une incarnée par Le Pen misant sur ses seules forces, l'autre défendue par Mégret privilégiant les alliances. Plus fondamentalement, la bataille de chiens de Le Pen et Mégret renvoyait à la contradiction existant d'une part entre le projet constitutif du FN qui était de construire une organisation de masse autour d'un noyau de militants capable le jour venu de se transformer en véritable parti fasciste et d'autre part le fait que la bourgeoisie n'a aucune utilité aujourd'hui de faire appel à l'extrême droite pour défendre ses intérêts face aux exigences ouvrières.
La crise du FN qui a abouti à la scission s'expliquait essentiellement par le succès de l'entreprise Le Pen dans une situation politique n'impliquant pas le recours au fascisme. Par conséquent, le parti lepéniste est constamment écartelé entre la volonté de maintenir son objectif initial et le désir de plus en plus fort de transformer le front afin d'en faire une force gouvernementale. Le Pen et le FN se trouvent aujourd'hui dans la situation de Fini et du MSI en Italie dans les années 90, non dans celle de Hitler et du NSDAP dans les années 30. La scission n'a de ce point de vue rien réglé. Elle a simplement repoussé la crise. Marine Le Pen, Bruno Gollnisch et Carl Lang seront très certainement au cœur des affrontements à venir.
Pour l'heure, Le Pen semble tenir les rènes du pouvoir. Tous les facteurs de la crise sont pourtant présents. L'échec de Mégret et du MNR réduit la menace d'une scission à échéance prévisible. La bataille amorcée entre " modernistes " emmenés par Marine Le Pen et " conservateurs " regroupés derrière Gollnisch dont les échos assourdis s'étalent dans la presse devrait redoubler : préparer l'après-2007 et l'après Jean-Marie Le Pen encouragent les appétits.
Puissent-ils s'entredévorer !

Serge Godard


Aux lendemains des Régionales, quelles perspectives pour le PC et pour ses militants ?


Le Parti communiste avait fait le choix au premier tour de se présenter seul ou avec les radicaux de gauche et chevènementistes dans huit régions, dans les quatorze autres, il figurait sur les listes de ses alliés de gauche. Pour Marie-George Buffet, tête de liste en Ile-de-France d'une liste de " gauche populaire et citoyenne ", il s'agissait de faire la preuve de la possibilité de l'existence autonome du PC, tant vis-à-vis du Parti socialiste, que des différents courants de son parti, et des électeurs et proches PC. Avec 7,2 %, elle conforte plutôt sa position au sein d'un PCF dont elle avait pris la direction à l'issue du premier tour des Présidentielles du 21 avril 2002 où le candidat Hue avait obtenu 3,37 %. Si les listes PC dépassent les 10 % dans deux régions, le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie, elles font 9,2 % en Auvergne, 6,62 % en Corse et n'atteignent pas les 5 % en Aquitaine, Alsace et Franche-Comté où dans cette région, elle se situe derrière la liste LO-LCR.
Est-ce que ces résultats électoraux signifient que la crise du PC est enrayée ? A-t-il retrouvé une direction et une orientation politique, y a-t-il un espace à gauche du Parti socialiste ? Et pour quelle politique ?
Marie-George Buffet, elle-même, dans une interview à l'Humanité du 31 mars intitulée " Qu'allons-nous faire de cette victoire ? ", déclarait : " sur les résultats du PCF, je veux employer deux termes : lucidité et modestie ".

Des résultats qui sont loin de mettre un frein à la crise du PCF…
Le PCF a bénéficié, comme le Parti socialiste, de la volonté de l'électorat populaire de sanctionner la politique de Chirac-Raffarin-Sarkozy ; les électeurs du PC ont voulu, tout en donnant une gifle à la droite, exprimer qu'ils entendaient peser sur le PS, l'éternel allié, dans le sens du refus d'une politique social-libérale qui avait ouvert la voie à la droite. Nombre de ses militants, actifs dans les mobilisations du printemps dernier, ont repris le langage " dans les luttes et dans les urnes " qui était celui de leur direction, contrainte sous l'influence de l'extrême gauche, de se radicaliser… en paroles.
Car, dans les quatorze régions où le PC était allié dès le premier tour au PS, le seul choix clair était de voter pour les listes LCR-LO ou… de se servir des listes de la " gauche plurielle " pour " battre la droite ". C'est dire que la politique du PC a manqué pour le moins de clarté et en conséquence, n'est pas une démonstration d'une sortie de crise, bien au contraire.
D'autant que l'appel au 2ème tour pour le PS était affirmé haut et fort dès le 1er tour. Pour les électeurs et militants appartenant au monde du travail, c'était apporter la preuve qu'il n'y avait pas rupture avec la politique passée du PC mais plutôt qu'il s'agissait d'une tentative de sauver ses élus.
Les 182 élus dans les Conseils régionaux, au lieu de 153 en 1998, " une excellente nouvelle " pour la direction, l'ont été du fait de l'alliance avec le PS. Braouezec, refondateur, a eu beau dire qu'" il ne faut pas transformer cette défaite de la droite en blanc-seing pour une sorte de gauche plurielle reconstituée ", ce sont les militants du PC qui ont la réponse, et non la direction.
En ce qui concerne la reconstitution d'une direction, là aussi, rien n'est acquis. Les divergences au sein de l'appareil lui-même sont loin d'être apaisées. La perte de 34 sièges aux cantonales par rapport à 98, ne va pas sans poser des problèmes internes. En Seine-Saint-Denis, la perte de six cantons au profit du PS, soulève contestation sur le nom du candidat proposé par la direction à la présidence du conseil général. Est-ce au nom de la " prudence et [de] la modestie ", que Marie-George Buffet a préféré jusqu'ici ne pas intervenir ?
Les Refondateurs ont, d'ores et déjà, annoncé que pour les élections européennes, contact était pris avec le Collectif pour une alternative citoyenne, des signataires de l'appel Ramulaud et Yves Salesse, président de la Fondation Copernic. A peine la page des élections refermée, les différents courants du PC reprennent leur vie qui n'est pas, c'est le moins que l'on puisse dire, ancrée dans la perspective de la défense des intérêts du monde du travail.

… et augurent d'un nouvel approfondissement de la crise du PCF
Le 30 mars, Ayrault, président du groupe PS de l'Assemblée nationale, demandait au gouvernement d'" abandonner l'idée de légiférer par ordonnances sur l'assurance-maladie, le report du vote [de la loi sur les responsabilités locales] ". Le 31 mars, Bocquet, président du groupe communiste à l'Assemblée, écrivait à Chirac pour lui demander de remettre en débat " tous les textes de lois essentielles adoptés par votre majorité ". L'un comme l'autre se situent dans le cadre d'une gestion institutionnelle de la crise politique pourtant aggravée à l'issue des résultats des Régionales. Si le PC comme le PS parlent de l'illégitimité de ce gouvernement, ils sont respectueux du calendrier parlementaire et électoral comme ils l'ont été pendant le mouvement de mai-juin. Au Parlement, ils ont fait mine de s'opposer alors à la loi Fillon à coups d'amendements, en gérant le rapport des forces parlementaires qui permettait à la majorité UMP de faire passer la loi. Aujourd'hui, ils se gardent bien de demander la démission de ce gouvernement et d'appeler à un mouvement pour imposer les revendications essentielles du monde du travail.
Pour le PS, il est clair qu'il n'a pas de politique différente de celle de la droite à proposer, il n'a pas de programme, mais de nombreux candidats potentiels à la Présidentielle. Pour le PC, il n'a pas d'autre choix que d'en passer par le PS. Toute la question est pour lui de tenter à nouveau de faire accepter à ses militants une politique de duplicité. Ainsi, à la proposition de Hollande d'un " comité de liaison de toute la gauche afin d'organiser la riposte parlementaire et politique de l'opposition face à la droite ", à laquelle les Verts ont immédiatement souscrit, Marie-George Buffet a répondu en déclarant : " dans les luttes et dans les urnes, dans l'action et les propositions concrètes, le PCF continuera à construire à gauche une dynamique sociale et politique capable d'ouvrir un nouvel espoir pour notre peuple ". Ce qui n'est pas une fin de non recevoir mais la volonté de concilier le langage " à gauche " tenu pendant la campagne électorale et la politique d'un parti qui doit donner un coup d'arrêt aux illusions qu'il a lui-même semées sur un possible changement d'orientation. Et pour cela, il lui faut un peu de temps.

La seule perspective pour les militants du PC est de renouer avec une politique luttes de classes et les idées du marxisme révolutionnaire
Mais le temps n'y changera rien. L'extrême gauche, à travers sa campagne, a popularisé un plan d'urgence social et démocratique qui prend aujourd'hui tout son contenu, concret et vivant, en tant que réponses aux besoins du monde du travail. L'idée simple de l'arrêt des subventions au patronat dans les Conseils régionaux est relayée dans la presse même du PC… et par Marie-George Buffet. Elle s'impose comme une évidence, comme toute politique se situant clairement sur le terrain des intérêts de classe et les militants du PC auront la vérification dans les semaines qui viennent du peu de crédibilité de leur parti sur ses engagements.
D'ores et déjà, le débat est engagé entre les militants du PC, les militants d'extrême gauche, les militants syndicalistes et associatifs. Non sur la construction d'une alternative à gauche, mais sur la nécessité de regrouper ses forces, de s'unir à la base, dans les quartiers et sur les lieux de travail pour imposer les intérêts du plus grand nombre. Parmi ces militants, notre campagne nous a attiré une large sympathie, même si elle ne s'est pas toujours concrétisée par des votes. Le mur de méfiance n'a plus lieu d'être et le sectarisme est mis hors d'état de nuire.
La bataille de la Sécu est l'occasion d'approfondir ces liens, de les renforcer car ils sont encore fragiles. C'est ensemble qu'il nous faut exercer une pression sur les directions syndicales; pour redonner vie à un mouvement ouvrier démocratique et combatif. Les conditions existent pour que le dialogue puisse déboucher sur une discussion centrée sur les idées de la lutte de classe et du marxisme révolutionnaire. En expérimentant ensemble une politique pour la défense des intérêts du monde du travail, il nous revient la tâche d'aider les militants et groupes de militants du PC, à rompre avec les idées réformistes, comme quoi il y aurait une solution parlementaire ou gouvernementale. Les directions de la gauche ne veulent pas assumer la moindre responsabilité dans une nouvelle crise politique, ils révèlent que leur langage gauche est creux et sans volonté. Ensemble, avec les militants du PC qui rompent avec la duplicité de leur direction, nous pouvons regrouper les militants des luttes qui ne craignent pas, bien au contraire, d'affaiblir le pouvoir.
Avec eux, ouvrons la discussion pour tirer les enseignements du mouvement du printemps dernier comme des élections régionales. Nous imposerons la satisfaction de nos revendication que si nous ne craignons pas d'ouvrir la crise politique que la gauche social-libérale craint tant.

Valérie Héas


Retour sur la révolution russe et le stalinisme,
actualité du bolchevisme et de la lutte anti-bureaucratique


Avec la fin de l'URSS, une période de l'histoire du mouvement ouvrier s'est achevée. Une page a été tournée et une nouvelle commence à s'écrire dans un contexte profondément nouveau, inédit, est-il besoin de le dire.
Nous sommes donc à un moment charnière. Les militants sont devant une interrogation qui n'a aucune réponse toute faite : comment refonder un programme révolutionnaire pour aujourd'hui en intégrant l'expérience militante de la période passée ?
Quelle continuité nous est-il indispensable de maintenir avec cette période, à travers quelles ruptures ?
La période qui s'achève a connu son apogée avec la révolution russe et l'expérience irremplaçable du parti bolchevik qui a su s'intégrer consciemment à une crise révolutionnaire sans précédente pour permettre aux masses de s'emparer du pouvoir.
Mais le pouvoir issu de la révolution russe a dégénéré, une caste de bureaucrates a usurpé ce pouvoir construit par les masses sur les ruines du tsarisme. Pendant plus de 50 ans, la contre-révolution, la dictature stalinienne ont imposé leur marque à l'ensemble du mouvement ouvrier, falsifiant l'histoire du mouvement révolutionnaire, dévoyant le marxisme et les idées communistes, banalisant le recours à la violence physique au sein même du mouvement ouvrier.
Comment expliquer cette imposture du stalinisme qui a pu justifier sa dictature contre révolutionnaire tout en se revendiquant de la révolution, des idéaux du communisme ?
Comment se réapproprier l'expérience du bolchevisme en la dégageant de cette caricature abjecte ?
Notre courant, le trotskisme s'est construit à travers la lutte antibureaucratique, la lutte contre le stalinisme, ses mensonges et ses crimes, pour maintenir le drapeau révolutionnaire, tenter de faire vivre la démocratie dans le camp des exploités.
Le stalinisme emporté par l'histoire, quels enseignements pouvons-nous tirer de cette lutte antibureaucratique ? En quoi a-t-elle été féconde au point de faire aujourd'hui de notre courant un des éléments essentiels d'une renaissance du mouvement ouvrier ? Comment aujourd'hui donner toute son actualité, faire vivre tous les acquis du courant trotskiste au moment où, le carcan stalinien brisé, s'ouvre une nouvelle période du mouvement ouvrier ?
Une totale solidarité avec les révolutionnaires russes face à tous les mensonges de la propagande anti-communiste et du stalinisme est le point de départ de ce retour sur le bolchevisme, la révolution russe et la lutte antibureaucratique. C'est cette réévaluation de l'expérience passée, dans la perspective de nos tâches actuelles, qui nous permettra de nous assimiler pleinement le contenu politique vivant du bolchevisme en nous dégageant des limites que la pression du stalinisme a imposées à ses adversaires mêmes, à notre propre courant.

Charles Meno

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