Débat militant
Lettre publiée par des militants de la LCR
n°48
10 juin 2004

Sommaire :

Unité

A la veille de la journée du 15 juin, préparer la " coagulation " des luttes

Du débarquement du 6 juin 44 au bourbier irakien, ou du leadership américain à l'expansion du libéralisme économique en crise
Une reprise qui accentue les tensions, l'impasse capitaliste

Unité

Nous sommes en pleine campagne mais, sans attendre dimanche soir et les résultats des listes LO-LCR aux élections européennes, nous pouvons mesurer l'acquis militant et programmatique que représentent les deux campagnes unitaires qui s'achèvent.
Malgré le silence quasi général des médias qui a entouré le meeting central du Zénith le 6 juin, près de 4 000 militants et sympathisants de la Ligue et de LO s'étaient donné rendez-vous, attestant de l'écho rencontré par les listes communes. Le fait mérite d'être noté : cette réunion figure parmi les plus massives de la campagne, loin devant celles organisées par la gauche gouvernementale - moins de 2 000 personnes assistaient quelques jours auparavant au meeting du PCF au Zénith. Cette réussite en rappelle une autre : la Mutualité archi comble qui avait lancé la campagne des Régionales.
La place de l'extrême gauche dans la manifestation contre la guerre le 5 juin, comme l'accueil reçu par les militants révolutionnaires dans les cortèges syndicaux quelques heures auparavant, témoigne également du rôle inédit que nous jouons aujourd'hui. La présence parmi les animateurs des luttes contre les projets de casse de la Sécu ou d'EDF de nombreux militants de la LCR et de LO au coude à coude actuellement révèle la place centrale qu'occupent désormais les révolutionnaires et leurs idées. Et on pourrait multiplier les exemples le confirmant !
Ce sont autant d'occasion de vérifier les attentes existant chez un grand nombre de travailleurs de voir l'extrême gauche enfin tracer une perspective d'ensemble, s'assumer comme une direction pour les luttes.
LO et la LCR sont ensemble devant cette responsabilité. C'est ce que révèle crûment la désertion des bureaucraties syndicales. Et nous ne partons pas de rien, loin sans faut. L'extrême gauche a vu son influence grandir, se consolider sans interruption depuis 1995.
Oui, les gains cumulés des Régionales et des Européennes apparaissent d'ores et déjà, et ce indépendamment des voix que rassembleront nos listes dimanche soir. Non que les scores que réaliseront LO et la LCR dans les huit circonscriptions électorales soient indifférents ; ils participent du bilan général de la campagne. La perte des cinq élus envoyés à Strasbourg en 1999 lors de la première campagne commune LO-LCR aurait des conséquences, et pas uniquement financières.
Bons, moyens ou décevants, nos pourcentages et nos voix encourageront, freineront ou entraveront, selon les cas, la politique unitaire engagée entre les deux principales forces de l'extrême gauche en France ; au-delà, ils ralentiront ou accélèreront le cours des évolutions qui travaillent en profondeur le mouvement ouvrier depuis l'effondrement du stalinisme et qu'exprime l'émergence de l'extrême gauche en France depuis 1995. C'est certain.
Mais il est tout aussi vrai que le score atteint par nos listes n'est pas le seul critère qui détermine notre politique. Nos perspectives sont, certes, tributaires des urnes mais pas uniquement ni principalement. Mieux, se dégager par avance des résultats électoraux permet d'éviter de se définir selon ses succès et ses revers au soir des divers scrutins, quitte à édulcorer son discours pour attirer les suffrages. L'électoralisme a un coût que nous ne désirons pas connaître ! Il est préférable de se déterminer en fonction des tâches qu'assigne la situation. Et le point de départ d'une politique se plaçant résolument du côté des intérêts généraux de la classe ouvrière, c'est précisément de partir de cette responsabilité nouvelle qui incombe aux révolutionnaires, en premier lieu à la Ligue et à LO.
Les résultats électoraux et militants de l'extrême gauche ces dix dernières années soulignent la possibilité de (re)construire un mouvement ouvrier sur des bases révolutionnaires pour la première fois depuis l'après-guerre. 1995 marque un tournant de ce point de vue. C'est l'année du mouvement de novembre-décembre. C'est celle aussi de la percée électorale d'Arlette Laguiller, précédant de quelques mois une vague de grèves inédites depuis 1968. Renouveau de l'extrême gauche et des luttes : la concomitance n'est pas fortuite. Elle exprime le rôle qu'assigne désormais aux révolutionnaires une fraction significative de la classe ouvrière combative. La difficulté de l'extrême gauche à apporter une réponse crédible aux besoins d'un nouveau parti témoigne également des obstacles qui restent à surmonter, à commencer par la division de ces rangs.
Indépendamment de nos scores, la question essentielle d'une nouvelle expression de la classe ouvrière, celle d'une force nouvelle représentant les intérêts du monde du travail comme l'écrit la profession de foi LO-LCR, reste entièrement posée à l'issue des deux campagnes. Répondre à l'émiettement militant, travailler au rassemblement : c'est la tâche prioritaire. Et l'unité LO-LCR est l'axe naturel de cette recomposition nécessaire ; un point d'appui inestimable pour qu'émerge enfin un parti des travailleurs défendant jusqu'au bout les intérêts ouvriers, offrant une perspective militante et globale face aux renoncements des appareils réformistes, politiques et syndicaux.
Les deux campagnes unitaires dessinent une réponse. Mieux, le programme d'urgence démocratique et social défendu par Arlette Laguiller et Olivier Besancenot est un socle pour rassembler l'avant-garde combative contre la droite et le patronat. Voilà un plan pour les luttes que les militants de la Ligue et de LO peuvent ensemble porter dans les assemblées générales, placer au cœur de leur activité quotidienne pour mettre en échec les projets gouvernementaux. Qu'est-ce qui empêcherait une fois les élections passées de défendre en commun ces mesures pour l'action ? Accréditer l'idée qu'il en irait pour nous différemment dans les luttes que lors des Régionales et des Européennes n'a pas de sens. C'est précisément parce que militants de LO et de la LCR se sont toujours retrouvés dans le combat de classe autour d'un programme voisin - une politique plus proche qu'avec aucune autre formation - que faire liste commune et aux Régionales et aux Européennes était possible ; et c'est pour ces raisons fondamentales qu'il en est allé de même en 1999 et avant.
D'aucuns ressassent à l'envi l'histoire des divisions entre trotskystes pour mieux repousser la perspective d'une politique commune ; les mêmes invoquent les deux cultures inconciliables que les trajectoires parallèles de LO et de la LCR auraient nourri pour réduire à rien l'unité des révolutionnaires qu'exprimaient les deux campagnes. À son échelle pourtant l'histoire récente de la LCR infirme ces idées fondées sur des préjugés. D'autres courants sont en effet venu renforcer la Ligue ces dernières années ; elles ont trouvé pleinement leur place en son sein, à commencer par un courant issu de LO : Voix des travailleurs. Faire avec LO ce qui a été possible avec VDT ? La fusion-intégration des camarades de VDT confirme que ce n'est nullement une perspective farfelue. Il faut simplement cette volonté politique de part et d'autre de dépasser nos divisions.
En prendre conscience, c'est la meilleure façon d'intégrer nos propres limites et d'accepter celles des autres. L'union est un combat.
Non, il n'y a pas d'autre partenaire que LO pour la Ligue et réciproquement, sinon à privilégier des alliances sur des bases qui ne sont pas les nôtres, sauf à préférer construire autre chose qu'un parti défendant jusqu'au bout les intérêts des travailleurs, un parti révolutionnaire des travailleurs.
Affirmer notre souci constant d'une recherche de l'unité d'action des organisations d'extrême gauche, d'un front permanent des révolutionnaires contre le patronat et le gouvernement, serait un signe fort adressé aux autres composantes de la gauche révolutionnaire ; cela constituerait surtout un démenti cinglant à ces nombreux militants - communistes, socialistes ou syndicaux - aux yeux desquels l'extrême gauche apparaît trop souvent repliée sur son histoire et ses chicanes, dans l'incapacité de tracer une perspective pour la classe ouvrière.
La campagne que nous menons vise à gagner le plus de voix aux axes politiques que nous avons défendus ensemble. Elle prépare aussi le regroupement de ceux qui se sont reconnus en eux, cette force nouvelle dont parle la profession de foi commune. Cette campagne militante commence à créer les conditions pour que le front électoral évolue en un front des luttes.
En faisant tout, dans les jours qui nous restent, pour que nos listes recueillent le plus de suffrages possible…

Serge Godard


A la veille de la journée du 15 juin, préparer la " coagulation " des luttes

Mardi dernier, au lendemain de l'action des salariés d'EDF à la gare Saint-Lazare, le journal les Echos concluait son éditorial ainsi : " Plus grave serait pour le gouvernement une "coagulation" des mécontentements qui verrait se former un vaste front social autour d'EDF, de la réforme de l'assurance maladie et des intermittents. Un cocktail qui pourrait s'avérer explosif en cas d'échec aux élections européennes ".
Chacun sent bien que c'est cette " coagulation " qu'il faudrait préparer face au gouvernement et au patronat, la coagulation des mécontentements et des luttes pour faire respecter l'intérêt de la collectivité face au parasitisme et au mépris de classe. Une convergence des luttes qui ne peut se construire qu'à la base, malgré l'apathie des directions des confédérations qui se gardent bien de donner quelque perspective que ce soit aux luttes (on l'a vu dans les manifestations du 5 juin) et attendent leur heure pour " négocier ".
La direction de FO, elle qui faisait de la surenchère il y a quelques semaines pour une journée interpro, vient de refuser d'appeler à la journée interprofessionnelle du 15 juin parce que cette journée… " doit rester sans amalgame, une journée de mobilisation contre le projet gouvernemental de privatisation d'EDF-GDF " ! Et Douste-Blazy peut se réjouir du vote au Conseil d'administration de la CNAM où seule la CGT a voté contre l'" avis motivé " présenté par le président de la CNAM sur la réforme de l'assurance maladie…

Face à leur légalité, défendre nos intérêts de classe
En bloquant la totalité du trafic de la gare Saint-Lazare, en utilisant leurs armes de travailleurs sans lesquels rien ne fonctionne dans la société, et en ne comptant que sur leur propre détermination et leur indépendance vis-à-vis de tous ceux qui n'allaient pas manquer de discuter doctement des " méthodes ", les salariés d'EDF ont obligé l'ensemble du monde syndical et politique à prendre position : pour ou contre la lutte.
Le président UMP à l'Assemblée a eu beau prévenir qu' " il y a, parmi les responsables syndicaux, une grande majorité qui ne se retrouvent pas dans ces méthodes ", la direction de la CGT Energie comme celle de la fédération FO Energie, mises devant le fait accompli, n'ont pu qu'affirmer leur solidarité. Et même si des voix se sont fait entendre à la direction de la CGT Energie, souhaitant " reprendre la main et davantage maîtriser " les actions, Le Digou, numéro deux de la CGT, a répété qu'il " assumait ". Il faut dire qu'un appel à la " grève nationale reconductible jusqu'au retrait du projet de loi " circule à l'initiative de syndicalistes CGT, SUD, FO, CFDT, CFTC et UNSA, signé par plus de 1 500 agents de toutes catégories.
Les politiciens n'ont eux pas manqué, à droite comme à gauche, de condamner cet " acte illégal ", " antidémocratique " (Devedjian, UMP), la " prise en otage par des actions commandos " (Sauvadet, UDF) ou des " méthodes à la fois dangereuses et inefficaces " (Lang, PS - et le PS en connaît un rayon sur l'" efficacité " pour privatiser).
Mais face à ces appels à l'ordre, à la " légalité " et au respect de la " démocratie " (!), les salariés d'EDF ont affirmé leur indépendance de classe, renforçant le camp de la lutte. De la même manière qu'ils avaient voté majoritairement " non " lors du référendum sur leurs retraites l'an dernier, prenant les directions syndicales à contre-pied, ils continuent à exercer leur pression, ne comptant que sur leur propre détermination.

Mener la lutte sur tous les terrains accessibles aux travailleurs
Pour peser sur la situation, les travailleurs ont besoin d'utiliser tous les terrains, celui des luttes syndicales, sociales, comme le terrain institutionnel et électoral.
Dans les syndicats, ce sont les militants à la base qui ont obligé les directions confédérales à aller plus loin qu'elles ne le souhaitaient. Qu'il s'agisse de claquer la porte des négociations avec Sarkozy sur EDF il y a quelques semaines, ou de faire en sorte que l'ensemble des syndicats appelle à la manifestation du 5 juin, ou encore que la CGT appelle finalement au 15 de façon interpro avec la FSU et SUD, rien de cela n'était écrit à l'avance. Même si les mêmes directions n'ont de cesse de se dégager pour mieux retourner dans les bureaux ministériels, revendiquant une " bonne réforme " et de " véritables négociations " sur la base d'un " diagnostic partagé " qu'aucune confédération n'a dénoncé.
Depuis la lutte du printemps de l'an dernier, les travailleurs ont exploré de nouvelles formes de lutte, à la fois avec et à côté des syndicats. La lutte des intermittents, avec ses formes originales, sa pugnacité, comme la lutte des recalculés, ont pesé et encouragé à la résistance. Les collectifs unitaires de défense de la Sécu ou les collectifs interprofessionnels nés au cours des luttes l'an dernier et qui se sont réactivés ces derniers mois témoignent de la volonté de dépasser les clivages d'appareil et de rassembler pour participer à l'action, au débat et à l'organisation de la lutte. Ces collectifs recouvrent des réalités disparates mais ils ont tous en commun de regrouper des militants d'origines diverses comme des non organisés qui veulent peser sur le cours des choses et de la lutte, être eux-mêmes acteurs. Quel que soit le poids militant de ces collectifs, ils se sont imposés sur le terrain de la lutte sociale et ils font partie de la situation nouvelle. Le fait qu'à Bordeaux par exemple, le collectif " la santé un droit pour tous ", dont le cortège bien visible a rassemblé plus d'une centaine de personnes, puisse prendre la parole au camion sono à la fin de la manif du 5 juin, avec l'accord des syndicats, est symptomatique de la situation créée.
Sur un autre terrain, des salariés d'EDF ont, dans certaines régions, profité du contexte électoral pour faire prendre position à des conseils municipaux par l'intermédiaire d'élus révolutionnaires ou parfois du PC. Ce " soutien à la lutte des salariés d'EDF-GDF " voté par certains conseils, même bien symbolique et platonique, est l'expression dans les institutions de l'intervention des salariés par le biais d'élus de leur camp, et il est en retour un encouragement.
De même, le terrain électoral est utilisé par le monde du travail. La gifle prise par le gouvernement aux Régionales a, malgré toutes ses limites, incontestablement pesé dans le rapport de forces. Et les Européennes vont être une nouvelle occasion de sanctionner le gouvernement : plus cette sanction se fera à travers les listes d'extrême-gauche, qui sont dans ces élections les porte-parole des revendications du mouvement, mieux s'exprimera le désaveu.
A travers les luttes en cours, et quel que soit le terrain de ces luttes, des minorités conséquentes du monde du travail font l'expérience concrète de leur capacité à peser sur la situation, à infléchir la politique des directions syndicales, voire à contraindre des politiciens à les soutenir. Et malgré le rapport de forces bien peu favorable, cela crée une situation nouvelle, dans laquelle les travailleurs les plus conscients peuvent faire basculer des situations et préparer la " coagulation " des luttes, des initiatives et des révoltes…
Aujourd'hui une large fraction du monde du travail mène de différentes façons le combat social et cherche des réponses à la situation. Partie intégrante de ce combat, les militants révolutionnaires ont à formuler, avec eux, une politique pour la lutte à mener sur tous les terrains, pour exprimer partout les besoins du monde du travail et préparer, avec tous ceux qui savent qu'ils ne pourront éviter l'affrontement, le " cocktail explosif "...

Carole Lucas



Du débarquement du 6 juin 44 au bourbier irakien, ou du leadership américain à l'expansion du libéralisme économique en crise

Les cérémonies du 6 juin 2004, prélude à l'unanimisme des invités de Bush au sommet du G8 trois jours plus tard, ont été plus que jamais l'occasion d'un déploiement de patriotisme sous couvert de rendre hommage aux soldats qui ont sacrifié leur vie lors du débarquement du 6 juin 1944. " La France n'oubliera jamais ce qu'elle doit à l'Amérique, son amie de toujours, à tous ses Alliés grâce auxquels l'Europe enfin réunifiée vit dans la paix, la liberté et la démocratie " a déclaré Chirac tandis que Blair surenchérissait, " l'alliance transatlantique entre l'Europe et l'Amérique est d'une importance centrale pour l'avenir du monde. Cette alliance a délivré l'Europe et inauguré une ère de paix et de stabilité en Europe ".
Les dirigeants des grandes puissances ont fait un tour de piste, de plages en cimetières, sous les feux des médias qui ont rappelé les 60 000 soldats alliés tués en Normandie, les 20 000 civils tués et les 75 000 soldats allemands enterrés sur place.
La barbarie de la Deuxième guerre mondiale trouve, aujourd'hui comme hier, sa justification dans le mythe de la " guerre de la démocratie contre le fascisme ".
Devenus la première puissance capitaliste aux lendemains de la Première guerre mondiale au détriment de l'Angleterre, les Etats-Unis, privés de colonies, devaient rompre les vieilles barrières que leurs rivaux avaient dressé pour protéger leurs marchés et qui faisaient obstacle à la libre entreprise américaine en expansion. Dès 1934, Trotsky écrivait : " Les Etats-Unis doivent " organiser " le monde. L'histoire est en train de confronter l'humanité à l'éruption volcanique de l'impérialisme américain " Le prix à payer pour les travailleurs du monde entier en fut le chômage, la misère, la famine y compris dans les pays industrialisés, avant même le sacrifice de millions de vies dans la Deuxième guerre mondiale.
La concurrence économique exacerbée poussa les vaincus de la Première guerre mondiale, l'Allemagne, l'Italie, le Japon, sous la dictature des fascistes, à défendre leur droit au pillage par la guerre. Le camp des vainqueurs, auquel s'était ralliée la bureaucratie soviétique, se rangea derrière les Etats-Unis au nom de " la démocratie contre le fascisme ". En vérité, au prix de millions de morts, dont 20 millions pour la seule URSS, allait se décider, sur les champs de batailles, un nouveau partage du monde et la domination américaine.
Une fois le monde ouvert aux dollars, la période qui a suivi la Deuxième guerre mondiale jusqu'à la fin des années 60 a été celle de l'expansion générale de l'économie, dans le cadre de l'euphorie de la reconstruction des appareils économiques ravagés par les destructions de la guerre. Euphorie qui s'est alimentée de la surexploitation des classes ouvrières et des peuples. L'intervention croissante des Etats, sous la houlette du premier d'entre eux, les USA qui, à coups de dollars, ont fait émerger l'Union européenne, a masqué pour un temps la crise du système capitaliste.
A nouveau, dans les années 80-90, les contradictions inhérentes à ce dernier ont transformé les rapports économiques en les pliant à l'exigence de la mondialisation libérale, sous la domination des Etats-Unis, devenus leader incontesté depuis la chute de l'ex-URSS. Dans la phase de capitalisme de libre concurrence à l'échelle de la planète, les multinationales intégrées au marché mondial se soumettent les Etats et façonnent le monde en fonction de leurs seuls intérêts. La déréglementation des marchés financiers, le développement de la dette qui saigne les peuples des pays pauvres, le contrôle direct sur les matières premières, contribuent à de nouvelles tensions internationales dont la guerre et l'occupation militaire de l'Irak, après celles de l'Afghanistan, sont une nouvelle démonstration.

En Irak, la paix des vainqueurs ou la victoire du militarisme et du néo-colonialisme
Aux effusions des commémorations du débarquement en Normandie, ont succédé celles de l'unanimité des sept pays les plus riches qui se sont rangés sous la bannière de la " pax americana ", lors du Sommet du G8 sur l'île de Sea Island, dans l'Etat américain de Géorgie.
Les litanies sur la victoire du camp de la démocratie contre celui du fascisme servent aujourd'hui à valoriser les mensonges sur la paix en Irak, le " retour au droit international " et " l'affirmation de la restauration de tous les attributs de souveraineté aux Irakiens ", selon les dires de Michel Barnier, le ministre français des Affaires étrangères.
Après les mensonges sur la volonté de délivrer les Irakiens d'une dictature féroce et de mettre la main sur les armes de destruction massive qui n'existaient pas, le vote unanime des quinze pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU de la résolution 1546 entérine la victoire du militarisme et du colonialisme déployés pour satisfaire les appétits des multinationales sur les ressources pétrolières de la région.
Nous avons avec les Etats-Unis des visions différentes, mais si nous n'arrivons pas à nous entendre sur la marche des choses, nous décrédibilisons l'ONU " a déclaré un membre de la délégation française au G8 pour justifier le vote de la France. Chirac, quant à lui, a affirmé qu'il faudra " beaucoup de volonté, de la compétence et du cœur ".
L'hypocrisie du prétendu " camp de la paix " des Chirac, Schröder et Poutine s'affiche à travers leur ralliement au vainqueur pour avoir leur part du festin et du pillage, avec la bénédiction de l'ONU, servante des intérêts impérialistes et feuille de vigne pour tenter de camoufler la barbarie de l'ordre mondial aux yeux des peuples.
Après que les armées anglo-américaines aient abattu les barrières qui s'opposaient à la libre circulation du capitalisme financier, l'impérialisme s'installe durablement dans la région par la reconstruction d'un appareil d'Etat avec des hommes de main recyclés de la dictature de Saddam Hussein et des intégristes religieux, et à travers la mise en place d'une police toute dévouée aux intérêts américains.

Prisons, tortures, mépris des peuples, le vrai visage de la passation des pouvoirs en Irak
La presse et la télé se sont félicitées de l'accord sur la passation des pouvoirs en Irak en affirmant : " le 30 juin, l'occupation prend fin ". L'éditorial du Monde du 10 juin, intitulé " victoire pour Bush ", parlait " des gains du retour du multilatérisme sur la scène diplomatique du Proche-Orient ". Un jargon révélateur des ambitions du libéralisme économique qui, après s'être soumis l'Irak, se prépare à franchir une nouvelle étape dans son déploiement, avec le plan baptisé " initiative pour le Grand Moyen-Orient ".
Les déclarations sur la mise en place du nouveau gouvernement intérimaire irakien le 30 juin prochain qui devrait aboutir à un gouvernement élu " au plus tard le 31 décembre 2005 " sont là pour camoufler le contenu réel de l'accord. La présence de Ghazi Al-Yaouar, président du dit gouvernement, invité le 9 juin à partager la table des hôtes du G8 symbolise les liens de vassalité instaurés.
Après la révélation des tortures pratiquées par les soldats américains sur des prisonniers irakiens à la prison d'Abou Ghraib, alors que les prisons se remplissent chaque jour de prétendus terroristes, l'accord sous l'égide de l'ONU sert à légitimer de telles pratiques. D'autant que la presse américaine a fait état de documents envisageant le recours à la torture et ses différentes techniques, par le gouvernement américain lui-même dès 2002.
La résolution 1546 est claire : " le gouvernement intérimaire souverain de l'Irak " est sommé de " s'abstenir de prendre des décisions qui influeraient sur le destin de l'Irak au-delà de la période intérimaire ". Pas encore en place, on fait dire au futur gouvernement-fantoche que " c'est à sa demande […] que la force multinationale est présente dans le pays " !
La démocratie, la paix, dont les tenants de l'ordre mondial se vantent foulent au pied les droits des peuples à décider de leur sort et tournent le dos à toute possibilité de paix démocratique qui exigerait le retrait des armées d'occupation - 140 000 soldats pour les Etats-Unis- et la fin du pillage impérialiste.
La lettre de Colin Powell annexée à la résolution de l'ONU à propos de la force multinationale d'occupation est significative du cynisme avec lequel l'hégémonie américaine règle le sort des peuples. Il y est dit que celle-ci pourra mener " des opérations de combat contre les forces qui cherchent à infléchir par la violence l'avenir politique de l'Irak, leur internement si nécessaire pour des raisons impératives de sécurité et la poursuite de la recherche et du contrôle d'armes qui menaceraient la sécurité de l'Irak ".
Et l'offensive militaire du capitalisme mondialisé sera encore amplifiée avec la proposition de créer " une force internationale de maintien de la paix " des pays membres du G8, de plus de 50 000 hommes d'ici cinq à six ans.
A l'opposé des mensonges sur la paix, les bruits de botte dominent le nouvel ordre mondial : la Corée du Nord avait déjà été baptisée partie intégrante de " l'axe du mal " par Bush aux lendemains des attentats du 11 septembre 2001 qui ont servi de prétexte, sous couvert de lutte contre le terrorisme, à la " guerre sans limites " de l'impérialisme américain et de ses alliés. Lors du sommet du G8, elle a été sommée, de procéder à un désarmement " complet, vérifiable et irréversible " par Bush, faute de quoi, les Etats-Unis feront appel au Conseil de sécurité de l'ONU. Un scénario qui rappelle dangereusement celui qui a débouché sur l'offensive contre le peuple irakien.
L'ouverture du monde aux dollars exige le contrôle sur tous les peuples de la planète, et loin d'aller vers le règlement des contradictions, celles-ci, au contraire, sont exacerbées par le règne sans partage du libre marché qui se construit par la violence militaire pour perpétuer la violence des rapports de domination contre les peuples.
L'Irak en est la démonstration cynique, mais au-delà, c'est tout le Moyen-Orient qui est victime de la tension des relations internationales, avec en Palestine, les destructions massives des habitations des Palestiniens qui visent à rendre irréversible le fossé entre les populations juives et arabes. Il y a un changement d'échelle dans l'expansion du libéralisme économique qui ouvre l'ensemble de la planète à la libre concurrence dévastatrice entre les multinationales financières et industrielles sous la férule des USA.
En retour, elle crée les conditions d'un rassemblement des travailleurs et des peuples pour changer ce monde inhumain.

Valérie Héas


Une reprise qui accentue les tensions, l'impasse capitaliste


Début mai, l'OCDE, l'Organisation pour la coopération et le développement économique, confirmait le retour de la croissance dans sa zone (1), avec une prévision de 3,3 % pour 2004, au lieu des 3 % envisagés précédemment. L'auteur du rapport de l'OCDE, Jean-Philippe Cotis, parle d'une " reprise à deux vitesses ", reprise qui est en effet plus sensible aux Etats-Unis (4,3 % envisagés pour 2004), au Japon (7 %) , alors que la zone euro resterait à la traîne, comme semblent le confirmer les prévisions de l'Insee, à 2 % d'augmentation du PIB en France pour 2004. Et Cotis prévient : " certains pays de l'OCDE pourraient connaître une expansion trop rapide faute d'un resserrement suffisant de la politique économique, alors que d'autres seraient pris dans un cercle vicieux où activité déprimée et perte de confiance se renforceraient mutuellement "…
Expansion trop rapide " d'une part, qui pourrait alimenter une bulle spéculative dangereuse, " cercle vicieux " facteur de dépression d'autre part, le retournement de conjoncture, commencé aux USA, et qui marque la sortie de la crise qui avait brutalement mis fin au boom des nouvelles technologies fin 2000, se heurte à de multiples difficultés. Il se traduit par une reprise rampante qui n'arrive pas à décoller, ou qui, quand elle semble y parvenir, provoque aussitôt des turbulences qui sont autant de menaces, ruinant les espoirs de tous ceux qui comptaient que le capitalisme retrouverait un nouveau souffle.

Une phase de reprise qui aggrave les tensions et prépare une nouvelle crise
Si la Chine occupe, dans l'actualité économique, une place centrale, c'est d'abord parce qu'elle offre aux investisseurs étrangers la possibilité d'exploiter une main d'œuvre extrêmement nombreuse, avec des salaires très bas. En même temps, malgré la misère et la pauvreté de la population, composée en très grande majorité de paysans très pauvres, son immensité, 1,3 milliards d'habitants, fait espérer aux capitalistes un marché extrêmement important. Enfin, à la possibilité de produire sur place en bénéficiant d'une main d'œuvre dont les salaires sont très bas, à l'existence d'un marché qui semble inépuisable, s'ajoute, pour les trusts internationaux qui investissent en Chine, une parité monétaire entre le yuan (monnaie chinoise) et le dollar qui favorise les exportations des marchandises produites en Chine vers l'ensemble des pays du monde entier.
Cela explique l'attrait que constitue la Chine pour les investisseurs étrangers, suscitant de nombreuses délocalisations. A l'heure actuelle, le nombre des entreprises privées est estimé à plus de 1,5 million dont plus de 400 000 sociétés à capitaux étrangers (à peine 140 000 en 1992) et on estime à 1,5 million le nombre d'emplois qui ont été délocalisés des USA en Chine.
La Chine est devenue le second fournisseur des Etats-Unis, derrière le Canada. Selon la Banque mondiale, les importations chinoises sont passées de 11 milliards de dollars par mois en 1997 à près de 35 milliards en 2003. La Chine réalise, par exemple, près de 20 % de la production mondiale de textile, 30 % des téléviseurs, 55 % des appareils photo et 75 % des horloges et montres et ses parts de marché à l'exportation ne cessent de croître.
La Chine n'est pas seulement " l'usine du monde ". Elle représente également, pour les trusts internationaux, qui s'y installent par le biais de filiales ou de " partenariat " avec des sociétés chinoises, l'accès à un marché intérieur dont on peut mesurer l'importance à travers l'accroissement du marché automobile. Les ventes de voitures en Chine ont augmenté de 45 % au premier trimestre 2004, de 75 % sur l'année 2003, dans un contexte général de recul des ventes mondiales des automobiles. Général Motors, deuxième constructeur en Chine derrière Volkswagen (qui détient un tiers du marché chinois), vient de décider de doubler sa production en Chine, en la portant à 1,3 millions de voitures par an.
Mais cet " eldorado " capitaliste est aussi une source de menaces. Les capitaux se précipitent en Chine comme ils se précipitaient sur les nouvelles technologies dans les années 2000. Le résultat en est la constitution, à vitesse accélérée, d'une bulle spéculative dont l'explosion aura des répercussions sûrement démultipliées par l'existence de liens innombrables qui se tissent avec les trusts et les organismes financiers du monde entier.
Une des conséquences du boom en Chine, l'augmentation du prix du pétrole, est un important sujet de préoccupation pour les dirigeants de la bourgeoisie. Cette augmentation du prix du pétrole, qui a atteint à New-York, le 14 mai, le prix record de 41,56 dollars, et qui, malgré une légère baisse, reste très élevé, amène certains commentateurs à parler d'une nouvelle crise pétrolière. Cette hausse n'est pas seulement due à une augmentation de la demande, qui est cependant bien réelle, mais essentiellement à la spéculation sur fond de situation politique internationale, en particulier au Moyen Orient. Comme le dit un analyste de la Deutsche Bank, " les prochaines évolutions des prix du pétrole dépendent au moins autant de facteurs géopolitiques que de la quantité de pétrole sur le marché ".
Le contrôle des sources d'approvisionnement en pétrole, principale source d'énergie, matière première à la base de multiples produits chimiques, est une source de profits considérables, et une des clés du contrôle de l'économie mondiale. L'intervention militaire en l'Afghanistan, puis en l'Irak, de l'impérialisme US et de ses alliés en est la conséquence directe. Et malgré l'enlisement de leurs troupes d'occupation en Irak, il faut s'attendre à ce que les USA, soutenus par l'ensemble des pays impérialistes, restent en Irak, quelles qu'en soient les conséquences politiques extérieures comme intérieures.
La reprise dans les vieux pays industrialisés, aux USA comme en Europe, est " plombée " par plusieurs facteurs. D'une part, la croissance industrielle chinoise crée une demande importante de matières premières et d'énergie, entraînant la hausse non seulement du pétrole mais aussi de plusieurs produits de base comme l'acier, le ciment, hausses qui s'ajoutent à celles du pétrole, entraînant une augmentation des coûts de production qui ne peut que se répercuter sur les prix de vente et diminuer les perspectives de profits.
Cela ne fait que rendre encore plus attrayants, pour les dirigeants des trusts et des banques, les investissements dans des pays à " bas coût de main d'œuvre ". Ainsi, malgré la reprise annoncée, les " délocalisations " continuent, il n'y pas de création d'emplois. Même aux Etats-Unis, où la croissance est relativement importante, elle se fait sans création notable d'emplois, sur la base d'une augmentation de la productivité du travail, par la modernisation des équipements. En Europe, les patrons, pour profiter un tant soit peu de la reprise face à une concurrence exacerbée, continuent de licencier comme vient de l'annoncer, par exemple, Michelin.
Reprise et récession sont intimement liées " dans un cercle vicieux où activité déprimée et perte de confiance se renforcent mutuellement "…

Des tentatives de régulation qui révèlent l'impuissance des dirigeants impérialistes
Les dirigeants économiques internationaux tentent de renforcer une reprise qui apparaît comme bien fragile, tout en cherchant à atténuer les menaces dont elle est porteuse.
La surchauffe en Chine est patente, et le gouvernement chinois a tellement intégré l'idée qu'une chute est inévitable, qu'il dit lui-même préparer un " atterrissage en douceur ". Mais cela n'empêche pas la spéculation internationale de continuer, avec un seul mot d'ordre : " c'est le moment d'investir en Chine ! 
".
Il y a quelques jours, Bush a renommé Greenspan à la tête de la banque fédérale américaine. " Magic " Greenspan s'est acquis la réputation d'être capable d'éviter, ou du moins d'atténuer, par son habileté à jouer avec les taux d'intérêts, les catastrophes financières que l'avidité des spéculateurs prépare en permanence. En toute logique, la reprise observée aux Etats-Unis, et qui semble se confirmer, devrait conduire Greenspan à remonter ces taux d'intérêt, de façon à éviter un emballement spéculatif et l'inflation. Mais Greenspan, prudent, attend, craignant d'accélérer le krach chinois et incitant les spéculateurs à la " réserve "…
En France, tandis que Raffarin, pratiquant la méthode Coué, nous annonçait " Nous avons tout fait pour le retour de la croissance et aujourd'hui elle est de retour… la croissance est là, la reprise est là, l'emploi repart ", le ministre des finances, Sarkozy, réunissait les responsables de la grande distribution pour tenter de les convaincre de diminuer leurs marges bénéficiaires, afin de limiter la hausse des prix. Cette politique aux lendemains douteux s'accompagne d'une propagande en faveur des PME et de l'artisanat, " première entreprise de France " tandis que l'on peut voir fleurir sur les murs des affiches incitant chacun d'entre nous, en particulier chômeurs, à créer sa propre entreprise.
Quant a l'OPEP, s'il a accepté de participer à une tentative de limitation du prix du pétrole en augmentant la production, c'est en rappelant que les raisons de la hausse n'étaient que pour une faible part liées à l'augmentation de la demande, et que les véritables raisons en étaient la spéculation, sur base de l'instabilité de la situation au Proche-Orient, et du même coup, incontrôlables.
Ces quelques exemples illustrent le peu de confiance qu'ont les capitalistes sur leur propre capacité à juguler les conséquences de contradictions, qui, loin de s'atténuer, s'exacerbent au contraire, générant des crises de plus en plus profondes, de plus en plus globales. Si le libéralisme impérialiste semble retrouver, dans son ardeur à conquérir les nouveaux marchés, comme celui de la Chine, la vigueur de sa jeunesse, celle du capitalisme de libre concurrence, les difficultés qui s'accumulent réduisent cette énergie à néant, la transforment en forces destructrices, expression de la sénilité d'un système économique failli.

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C'est dans ce contexte que Raffarin nous répète que " nous avons des indicateurs positifs qui nous donnent le moral ". Il voudrait bien se convaincre lui-même que la reprise lui donnera les moyens de relâcher un tout petit peu la pression que son gouvernement exerce sur l'ensemble de la population, de faire sinon quelques concessions dans les réformes en cours, au moins de pouvoir annoncer une baisse du chômage… Enfin regagner un peu de côte de popularité… Mais la reprise actuelle, impotente et chargée de menaces, semble bien incapable de lui en donner l'occasion. La crise politique que connaît la bourgeoisie, et qui se traduit par de forts taux d'abstention aux élections, et des votes-sanction comme ceux qu'ont connu Jospin à la présidentielle et la droite aux régionales, est fondamentalement due au fait qu'elle est devenue incapable, parce qu'elle n'a plus les moyens que lui en donnaient les surprofits tirés du pillage impérialiste, d'entretenir les illusions réformistes, c'est-à-dire l'espoir qu'il est possible, dans le cadre du système capitaliste, d'obtenir des améliorations de son niveau de vie. C'est le contraire que l'on observe tout les jours, avec un taux de chômage à 10 %, des plans de licenciements qui se succèdent, des attaques contre la santé qui suivent celles contre les retraites. Les raisons économiques dans lesquelles les idées réformistes pouvaient trouver une justification n'existent plus, faute de la capacité, pour le capitalisme sénile, d'y consacrer une partie de ses profits.
Raffarin, dans le même discours où il nous annonçait le retour de la croissance, donne ses perspectives : " Maîtrisons les dépenses. Pour cela, il faut faire des économies (...) dans l'appareil d'Etat ". Autrement dit, continuons à supprimer des emplois de fonctionnaires, dans les hôpitaux, à l'Education nationale, continuons à privatiser les services publics, la Poste, EDF… Toute une série de raisons d'augmenter le mécontentement, de susciter les luttes, comme celle qu'ont lancé les salariés d'EDF contre la privatisation.
Dans une situation où les attaques succèdent aux attaques, où les illusions réformistes ont de plus en plus de mal à trouver une justification concrête, les idées de la lutte des classes, au sens concret et pratique, retrouvent, elles, leur pertinence.
Pour autant, l'idéologie réformiste, qui détourne de la lutte, l'espoir qu'on pourra en faire l'économie en trouvant d'autres voies, en faisant appel, par exemple, au " bon sens " de nos adversaires ou à " l'intérêt général du pays ", expression de la domination morale et politique de la bourgeoisie, ne laisse pas automatiquement place à une conception lucide et moderne de la lutte des classes. Mais les conditions d'une réappropriation de ces idées existent. Elles ouvrent aux militants révolutionnaires, dans les assemblées générales de luttes, dans les collectifs, dans les syndicats, une occasion sans précédent de mener les débats démocratiques nécessaires à cette réappropriation.

Eric Lemel

(1) L'OCDE, créé en 1960, regroupe actuellement 30 pays : Allemagne - Australie - Autriche - Belgique - Canada - Corée - Danemark - Espagne - Etats-Unis - Finlande - France - Grèce - Hongrie - Islande - Irlande - Italie - Japon - Luxembourg - Mexique - Norvège - Nouvelle-Zélande - Pays-Bas - Pologne - Portugal - République slovaque - République tchèque - Royaume-Uni - Suède - Suisse - Turquie