" le seul combat que l'on perd vraiment est celui que l'on refuse de livrer "

Le collectif national RESISTANCE 2004 invite toutes les personnes, associations, collectifs, syndicats, voulant se battre contre les licenciements à signer cet appel et rejoindre ce collectif.

Débat militant
Lettre publiée par des militants de la LCR
n°50
20 juillet 2004

Sommaire :
Non à la constitution européenne. Oui à une Europe des travailleurs et des peuples, aux Etats-Unis socialistes d'Europe !
Tirer les leçons du mouvement pour regrouper les forces de la lutte

Une reprise destructrice...

Notre tâche
Face aux attaques du gouvernement et du Medef, quel front unique ?
Deuxième rencontre de Rennes contre les licenciements : Interdire les licenciements ou modifier la loi ?

Non à la Constitution européenne,
Oui, à une Europe des travailleurs et des peuples,
aux Etats-Unis socialistes d'Europe !

Bien entendu, les Français sont directement concernés, et ils seront donc directement consultés… " A entendre Chirac annoncer, le 14 juillet, la tenue d'un referendum sur la Constitution européenne, la question n'aurait jamais souffert la moindre hésitation…
Propos de bateleur, Chirac tente à nouveau de se donner une dimension gaullienne, au-dessus des calculs politiciens. Il espère que " les hommes politiques ne polluent pas […] le vrai débat " auquel il invite les Français à s'associer.
Trois jours plus tard dans Le Monde, Douste-Blazy, en précisant les propos de Chirac, ne faisait que mieux en souligner le calcul politique : " Oui. En choisissant la voie du référendum, le président de la République permet à chaque Français de se déterminer sur un choix historique qui engage notre avenir et celui de nos enfants. C'est la raison pour laquelle il faudra éviter que ce référendum soit pollué par des enjeux de politique intérieure. Je m'y emploierai, en faisant activement campagne pour le "oui". "
Jusqu'alors, Chirac avait tendance à écarter le referendum, il craignait qu'il ne se transforme en vote sanctionnant son gouvernement. Il a choisi maintenant d'en faire un atout politique, dans l'objectif de prolonger le consensus du 5 mai 2002. Ce que les socialistes ont bien compris comme l'a exprimé Fabius en déclarant : " je ne pense pas qu'il faille toujours voter avec Chirac " (Le Monde du 23 juin).
Chirac aimerait-il que le Parti socialiste " l'aide dans cette affaire ? ", interrogeaient les journalistes le 14 juillet. Il répond avec la même fausse naïveté : " Le Parti socialiste fera ce qu'il estimera devoir faire. Ses représentants ont été, à la Convention, tout à fait sur la même ligne que les propositions de M. Giscard d'Estaing ".
C'est précisément ce qui embarrasse une partie des dirigeants du PS, conscients que leur posture d'opposition au gouvernement repose sur une marge bien étroite. Hollande, qui avait tardé à déclarer son adhésion au projet de constitution, est plus réservé sur le referendum : " Notre réponse, a-t-il déclaré après l'interview de Chirac, ne peut être acquise à ce jour pour une consultation qui aura lieu à la fin de 2005 ".
Mais c'est Jack Lang qui est le plus explicite, dans une interview réalisée par Le Monde le 20 juillet dernier. " Les socialistes sont les premiers à avoir demandé un référendum. C'est donc pour nous une victoire importante ", commence-t-il par se réjouir, pour ajouter aussitôt : " Je retourne l'argument utilisé par J Chirac : cette consultation ne doit pas être "polluée" par la "petite politique". N'oublions pas que nous avons été trompés à deux reprises au moins. La première fois, le 5 mai 2002, quand nous avons apporté notre soutien au candidat Chirac. Ce contrat moral a été déchiré comme un chiffon de papier au bénéfice d'une politique de régression sociale et de sectarisme politique. La deuxième fois sur l'Irak alors que nous avons été les meilleurs soutiens du président. Croyez-vous que nous avons été ensuite consultés, associés ? Pas une seule fois. "
Cette indignation vertueuse et hypocrite révèle à quel point répondre, dans un sens ou dans l'autre, à ce referendum, serait pour les militants du mouvement ouvrier, se prêter à une imposture démocratique. Le choix qu'offrent les partis de droite ou de gauche qui ont tous, à un titre ou à un autre, soutenu ou mis en œuvre au gouvernement, une politique anti-ouvrière qui s'inscrivait dans le cadre de l'Europe de la BCE et de la finance est bel et bien truqué : c'est un choix entre le " oui " de l'adhésion à cette Europe et au gouvernement, actuel ou futur, qui y inscrit sa politique, et le " non " de ceux qui s'affirment opposés aujourd'hui à ce qu'ils ont fait hier, sans parler du " non " des souverainistes d'extrême droite, de droite ou de gauche.
Pour que les populations puissent réellement choisir sous quelle forme politique elles veulent coopérer au sein de l'Europe, c'est une assemblée constituante qu'elles devraient pouvoir élire. Mais une telle volonté démocratique est incompatible avec la nature et les objectifs de l'Europe des bourgeoisies.
Elle ne peut devenir une réalité que dans la rupture révolutionnaire avec cette Europe, elle est indissociable de la perspective des Etats-Unis socialistes d'Europe.
C'est cette perspective, celle d'une Europe des travailleurs et des peuples, que nous devons défendre, comme nous l'avons fait aux élections européennes avec Lutte Ouvrière. Etre offensif sans nous laisser enfermer dans les fausses logiques institutionnelles ou les fausses évidences des raisonnements binaires, c'est affirmer clairement une alternative révolutionnaire et internationaliste.
Il n'y a pas, du point de vue des intérêts du mouvement social, de frontière entre ce qui serait un enjeu européen et un enjeu de politique intérieure. Il y a une même politique, les mêmes intérêts de classe, que les partis au pouvoir, ou ceux qui aspirent à y revenir en 2007, tentent de masquer.

Galia Trépère

Tirer les leçons du mouvement
pour regrouper les forces de la lutte

A peine le changement de statut d'EDF-GDF voté et la réforme de Sécu sur les rails au Parlement, le patronat et le gouvernement sont passés à l'étape suivante, la remise en cause des 35 heures et l'augmentation du temps de travail.
Comme Seillière et Sarkozy se sont employés à le préciser, ce n'est pas la loi en elle-même que le patronat conteste, il est même très fortement attaché à plusieurs de ses dispositions, particulièrement les " allégements de charges " et la flexibilité. Mais ce qu'il revendique sur la base de ces " acquis " c'est le " contrat libre " que tout patron doit pouvoir conclure individuellement avec ses salariés sans être gêné par quelque réglementation que ce soit. Il s'agit d'essayer d'atomiser les résistances, de supprimer les garanties collectives imposées par le rapport de forces dans un autre contexte économique. Cela, en s'appuyant sur les vingt dernières années d'attaques issues de tous les gouvernements, avec la complicité des directions syndicales.
Sarkozy, qui veut mener le " débat " " sans tabou et sans a priori idéologique ", explique cyniquement dans son interview au journal Le Monde : " Vivre sa vie au rythme où on l'entend, gagner sa vie en fonction de ses efforts, c'est une société plus souple, mieux adaptée aux aspirations de notre temps ". " L'égalité républicaine, ça ne peut pas être le même salaire, le même diplôme, le même appartement pour chacun - ça, c'est le nivellement, l'égalitarisme. Ce doit être : à chacun selon son mérite ".
Le patronat passe aujourd'hui à un niveau supérieur dans les attaques. " Nous n'avons pas, par la négociation, à donner des compensations, des contreparties en échange de la modification de règles du travail qui nous paraissent limiter l'embauche, freiner le développement des entreprises et être à l'origine des difficultés économiques de notre pays ", il est " absolument essentiel d'alléger le Code du travail " a déclaré Seillière, appelant le gouvernement à " prendre ses responsabilités ".
La bourgeoisie et ses gouvernements mènent une offensive directe, coordonnée à l'échelle européenne pour baisser le coût du travail. Faisant mine de s'offusquer de la méthode utilisée par Siemens en Allemagne pour obtenir la signature des syndicats, Sarkozy a estimé que c'était " un chantage qui ne serait pas acceptable chez nous "… tout en reprenant la méthode à son compte dans la foulée : " On se morfond en parlant des emplois délocalisés à l'étranger, là où la main-d'œuvre est moins chère. Alors pourquoi ne délocaliserait-on pas en France ? Je propose qu'on exonère d'impôts et de charges les entreprises qui relocaliseront des emplois en France dans des zones économiquement dévastées ".
Pour le patronat, il s'agit de délocaliser sur place, sans déménager, sans former de nouveaux salariés, sans les " frais " des plans sociaux… en ayant la possibilité de revoir tous les contrats de travail, de baisser le prix de la main d'œuvre en mettant l'ensemble des salariés en concurrence à l'échelle mondiale. C'est ce que vient de faire Bosch à Vénissieux où, sous la menace de délocalisations en Tchéquie, les syndicats majoritaires ont accepté la suppression de 6 jours de RTT sur 20 et une baisse des salaires : la prime de nuit et les indemnités de congés payés diminuent, un pont n'est plus payé et la prime d'intéressement et le salaire sont bloqués pour trois ans, ce qui équivaut à une baisse de 12 % du coût du travail. " C'est la première fois que l'on arrive à s'opposer efficacement à un processus de délocalisation " a expliqué l'élu CFDT…

Les 35 heures d'Aubry : une étape essentielle dans l'offensive patronale
Les lois Jospin-Aubry avaient offert au patronat la flexibilité et l'annualisation qui, ajoutées à l'intensification du travail et le gel, voire la diminution des salaires, faisaient de la loi des 35 heures un cadeau sur mesure. Cette loi s'est accompagnée d'une première déréglementation du travail et a permis aux patrons de dénoncer et de revoir à la baisse les conventions collectives. Les " négociations " pour sa mise en application se sont faites entreprise par entreprise, l'issue dépendant du rapport de forces local…
Défendant sa loi, Aubry expliquait en 1997 " nous ne faisons que généraliser la loi De Robien. Il y aura même dans notre texte moins d'obligations pour pouvoir toucher plus d'entreprises ". A tel point que la plupart des salariés des entreprises où existait un accord De Robien se sont mis en grève quand cet accord est arrivé à son terme : la loi Aubry était en deçà et la plupart des salariés ont alors perdu des jours de repos.
En 1998, Strauss-Khan était même allé vanter sa méthode devant les patrons américains : " la réduction du temps de travail introduira plus de souplesse… et n'entamera pas la compétitivité des entreprises françaises […] Il y a bien sûr en France des rigidités dans certains domaines, mais il y a aussi une considérable flexibilité dans d'autres ".
La flexibilité instaurée et la déréglementation du travail largement en route, le gouvernement et la bourgeoisie passent aujourd'hui à l'étape supérieure, dans un contexte difficile pour le monde du travail. Et ils somment les syndicats, comme Siemens et Schröder l'ont fait en Allemagne, de se montrer conciliants. Schröder l'a expliqué la semaine dernière aux syndicats allemands : " il n'y a pas d'alternative, pour la gauche, à la politique de réformes en cours ". Sarkozy, lui, a lancé l'invitation pour les 35 heures : " avec les partenaires sociaux, nous avons là un grand champ de discussions ".

En opposition au diagnostic partagé, rassembler les militants de la lutte
Et les dirigeants des confédérations syndicales ont largement montré qu'ils sont prêts à " discuter " et à partager les " diagnostics " avec la droite de Sarkozy et Raffarin comme ils l'avaient fait avec Aubry, Strauss-Khan et Fabius.
Le mouvement de ce printemps a montré à quel point Thibault, Chérèque et Mailly ne voulaient non seulement pas appeler à une véritable mobilisation mais l'ont étouffée. Ils ont enfermé les militants et les salariés dans le piège de la " bonne " réforme. Eux, les " forces de proposition ", sont allés discuter pendant des semaines dans les bureaux ministériels. Et si la pression de la base a obligé les directions syndicales de l'Energie à claquer temporairement la porte des négociations avec Sarkozy, le revirement de la direction de la CGT qui, dans son dernier appel, n'intégrait plus l'exigence du retrait du projet de loi, est parlant.
L'impasse de cette politique, sa raison d'être, apparaissent aujourd'hui à toute une fraction des militants de la lutte. Sous les coups renforcés du patronat et du gouvernement et face au ralliement des bureaucraties syndicales, une lucidité nouvelle est en train de se forger. Une lucidité qui est en même temps accompagnée de nombreux doutes, de craintes, d'hésitations face à l'ampleur de l'offensive. Faire les bilans, non seulement du mouvement de cette année et du printemps 2003 mais aussi celui des vingt dernières années, au moment où toute la gauche social-libérale a les yeux fixés sur 2007, est une nécessité urgente. Nous avons besoin de repenser ensemble avec les militants de la lutte l'évolution des rapports de forces, de reconstruire notre cohérence, de tirer tous les bilans.
C'est vrai avec tous les militants avec qui nous nous sommes retrouvés au coude à coude dans le mouvement et les manifestations, avec les militants des collectifs de défense de la sécu ou des collectifs interpro issus de l'an dernier, dans les syndicats comme avec les militants du parti communiste qui ne peuvent se résoudre à une nouvelle fois abdiquer dans la perspective de 2007.
Chez de nombreux militants fidèles à leur classe, des ruptures sont en train de s'opérer. La situation issue de l'offensive brutale de la bourgeoisie ne va plus pouvoir s'accommoder des ambiguïtés et va donner un contenu clair et immédiat aux choix de chacun, les logiques politiques sont en train de s'accélérer. Ces choix rendent la situation douloureuse à certains militants qui appréhendent le débat et se raidissent, conscients de l'ampleur des remises en question qui en découleront.
Difficile de savoir aujourd'hui où et jusqu'où les ruptures vont s'opérer mais ce que chacun ressent, c'est qu'il y a au sein du mouvement ouvrier un espace de liberté nouveau qui peut permettre, sur la base des liens militants tissés dans la lutte, de penser l'avenir ensemble en tirant les bilans du passé.

Carole Lucas


Une reprise destructrice…

A la mi-juin, l'Insee publiait une note de conjoncture sur la situation et les perspectives de l'économie française, intitulée " Croissance confirmée ". D'après cette note, les prévisions de croissance pour 2004 en France s'établiraient à 2,3 % en moyenne. Cette croissance est marquée par le fait que la " confiance des ménages reste affectée par le niveau du chômage ", dont le taux resterait aux alentours de 9,8 % pour l'année.
Cette reprise dont, depuis quelques mois, les hommes politiques et les commentateurs économiques nous parlent, reprise " tirée " en particulier par la Chine et les Etats-Unis ressemble plus à une reprise des profits qu'à un réel redémarrage économique.
Elle met un terme aux années de dépression qui ont suivi le krach de la " nouvelle économie " du début 2001. Mais elle ne suscite pas, comme la précédente, l'enthousiasme des habituels zélateurs de la Bourse. Au contraire, non seulement elle s'accompagne de prudence et de crainte chez ces commentateurs, mais elle est aussi, principalement en Allemagne et en France, l'occasion d'une violente offensive du patronat et du gouvernement contre les salariés, sur le terrain du temps de travail et des salaires.
Quelle est la réalité de cette reprise ? Pourquoi est-elle l'occasion, pour les patrons européens, de porter un nouveau coup aux salariés ?
A l'échelle internationale, la Banque des règlements internationaux (BRI) écrivait, fin juin, dans son rapport annuel : " La reprise mondiale est bien engagée, mais il faut faire attention aux chocs éventuels, en raison de graves déséquilibres aux Etats-Unis et en Chine ". Aux Etats-Unis, les risques pourraient venir d'une " chute de la demande intérieure suite à la hausse des taux d'intérêts ". Pendant des années, pour soutenir les investissements industriels, les autorités économiques US ont imposé une politique de taux d'intérêts très bas, favorisant les crédits. Avec la hausse de ces taux d'intérêts que vient de décider la Banque fédérale US alors que la reprise aux USA, même si elle est relativement importante, ne se traduit ni par une création significative d'emplois, ni par des augmentations de salaires, c'est le pouvoir d'achat global de la population qui va baisser, entraînant une " chute de la demande intérieure ".
Et depuis, les cours du pétrole connaissent une nouvelle flambée…
En Chine, le souci principal est " le niveau extraordinairement élevé de l'investissement ", qui pourrait dans l'immédiat alimenter l'inflation, et à terme, se traduire par des " surcapacités compromettant la rentabilité ". Les entreprises chinoises, avec leur main d'œuvre extrêmement bon marché, offrent aux investisseurs du monde entier de telles perspectives de profits que les capitaux se précipitent en Chine, comme ils se précipitaient, dans les années 1999-2000 sur les valeurs des nouvelles technologies. Et de la même façon, ce qui est en préparation, c'est une crise de surproduction, le développement de capacités de production bien au-delà des besoins des marchés solvables, et en conséquence des retraits massifs de capitaux, un krach bancaire et financier.
Par ailleurs, la BRI conseille au Japon et aux pays d'Europe continentale, de poursuivre " leurs réformes pour améliorer le fonctionnement des marchés du travail ". Formule polie qui, si elle en traduit mal la brutalité, définit clairement le sens de l'offensive lancée récemment par les patrons et les gouvernements allemand et français contre les salariés de leur pays, portant sur le temps de travail, la flexibilité, les salaires : " améliorer le fonctionnement des marchés du travail ", pour les patrons, cela veut dire continuer à éliminer tout ce qui peut mettre un frein à la " libre " exploitation des salariés.

Une offensive qui est contenue dans le contexte même de la reprise
Cette offensive brutale n'est pas le produit d'une soudaine aggravation de la cupidité de la bourgeoisie européenne, elle est inscrite dans la logique même de la reprise et du contexte socio-économique et politique dans lequel elle se développe. Elle s'impose en quelque sorte d'elle-même à la bourgeoisie comme aux gouvernements. Raffarin, qui nous serinait il y a un mois : " la reprise est là ", espérant que cela lui permettrait de réduire la pression sur la population et d'améliorer sa côte de popularité, a remballé ses boniments… Sarkozy a pris la relève, dissertant sur la nécessité " d'assouplir les 35 heures ".
La situation n'a rien de paradoxal. Malgré tous les reculs qu'elle subit depuis les crises des années 1970, la classe ouvrière des pays riches a pu garder une partie de ce qu'elle avait réussi à imposer à travers un siècle de luttes : niveau de salaire, Code du travail assurant une durée hebdomadaire du temps de travail relativement stable, indépendante des aléas de la production, ainsi que tout un système de protection sociale, retraites, assurance maladie, constituant une forme de salaire socialisé. Cela se traduit, pour les entreprises exploitant cette main d'œuvre, par un " coût du travail " bien plus élevé que celui d'entreprises chinoises, par exemple, où les salaires mensuels peuvent être de 100 euros, où aucun " carcan législatif " ne vient limiter la flexibilité ou la durée de travail hebdomadaire, où les salariés ne bénéficient d'aucune protection sociale, et où le niveau de vie est très bas. Le chef du gouvernement chinois, lors de sa récente visite en France, expliquait qu'un ouvrier chinois touchant 100 euros par mois trouvait à se loger pour un tiers de cette somme, consacrait un autre tiers à sa nourriture, et avec le reste, envoyait de l'argent à sa famille restée au village, s'habillait, s'offrait quelques loisirs.
Dans ces conditions, les taux de profit que peuvent générer les entreprises des pays riches sont bien moins élevés que ceux produits par les entreprises de pays " à bas coût de main d'œuvre ". En même temps, les surprofits importants réalisés dans les filiales des pays pauvres permettent de vendre les marchandises en dessous du prix moyen du marché, et c'est ce qui explique que la Chine soit devenue, en quelques années, " l'usine du monde ", exportant ses produits dans le monde entier.
Double conséquence donc, pour les entreprises implantées dans les anciens pays industrialisés : les taux de profits y sont bas et les marchandises qu'elles produisent ne sont pas compétitives. Les USA ne dérogent pas à la règle. Si la croissance y est plus forte qu'en Europe, c'est parce qu'elle est portée -ou du moins l'était jusqu'à l'augmentation récente des taux directeurs de la banque fédérale-, par une politique de crédit très bon marché, et par le fait que la parité dollar-euro est favorable aux exportations américaines.
Cette disparité entre les taux de profits et la compétitivité des entreprises à l'échelle du monde n'est pas nouvelle. Elle est née avec la mondialisation libérale, avec le développement, par les multinationales, de filiales implantées dans les pays pauvres, où elles bénéficient d'une main d'œuvre récemment sortie de la misère des campagnes. Elle s'est traduite, depuis le début des années 80, par de nombreuses " délocalisations ", en particulier dans le textile, jetant des dizaines de milliers de travailleurs au chômage, ruinant des régions entières.
Au fur et à mesure que la mondialisation étend son emprise, ce phénomène s'accentue et ses conséquences s'aggravent, au point que l'on voit, en Europe comme aux Etats-Unis, les hommes politiques se dire préoccupés par la " désindustrialisation ". L'entrée en scène de la Chine et de sa réserve de main d'œuvre à très bas coût en accélère encore l'évolution.

La bourgeoisie à l'offensive pour restaurer les taux de profits dans les entreprises européennes
La reprise, qui génère des capitaux frais cherchant de nouveaux placements productifs et avive la concurrence, met encore plus en évidence le manque de rentabilité relative des entreprises européennes. Toute une frange de la bourgeoisie, patrons de PMI et PME, n'ayant aucun accès à la manne de la mondialisation, se trouve exclue des retombées de la croissance. D'après les statistiques de l'Insee, en plus du secteur de l'énergie, seul le secteur industriel connaît une légère croissance - et encore, essentiellement portée par les trusts-, tandis que tous les autres stagnent.
Mais ce sont les multinationales, qui auraient pourtant, par les surprofits qu'elles réalisent grâce à leurs filiales implantées dans les pays à bas coût de main d'oeuvre, les moyens de soutenir les unités de production les moins rentables de leur groupe, qui ont lancé l'offensive.
Tout simplement parce qu'elles en ont les moyens politiques. En Allemagne, l'offensive a commencé avec le retour imposé de 35 heures à 40 heures, sans compensation salariale, dans les usines du groupe Siemens. La direction d'IG Metall a accepté de signer cet accord en échange de la promesse de la direction de Siemens de maintenir 2000 emplois qui devaient être délocalisés en Hongrie, où les salaires sont 30 % plus bas qu'en Allemagne. Depuis, une " quarantaine de plans d'assouplissement des horaires de travail sont en étude " dans diverses grandes entreprises, comme Daimler-Chrysler, Bosch, MAN, etc..
Pour la principale fédération patronale allemande, le coup de Siemens constitue une " avancée encourageante ", mais qu'il faudrait généraliser par des lois car " toutes les entreprises n'ont pas ce potentiel de menace qui a permis à Siemens de s'imposer "…
Le discours est clair : ce qui a permis à Siemens de s'imposer, c'est la possibilité qui lui est donnée, par son statut de multinationale, d'exercer sur ses salariés un chantage à la délocalisation. Et ce que demande le patronat allemand, c'est que le recul imposé à ses salariés par Siemens soit étendu, par la loi, à l'ensemble de la classe ouvrière allemande. Pour faire bonne mesure, il souhaite y ajouter la suppression d'une semaine de congés payés.
En France, gouvernement et Medef sont partis à l'assaut des 35 heures. Les lois Aubry avaient pour fonction de faire accepter aux salariés l'introduction de la flexibilité en échange d'une diminution du temps de travail. Elles s'accompagnaient d'un " petit cadeau " aux patrons, sous forme d'exonérations de charges sur le travail faiblement qualifié. La flexibilité acquise, les patrons jugent qu'il est temps de franchir une nouvelle étape : mettre fin au " carcan des 35 heures ", c'est-à-dire revenir aux 40 heures hebdomadaires, en gardant la flexibilité… et le petit cadeau.
Le parallèle est évident entre la situation en Allemagne et la situation en France. D'autant que Bosch ne limite pas son offensive au territoire allemand, et vient d'imposer, par un chantage identique à celui de Siemens, une augmentation du temps de travail assortie d'une baisse de salaire aux salariés de l'usine de Vénissieux, en France.
Quelques semaines après les élections européennes, cela donne un contenu concret à ce qu'est l'Europe des patrons comme à la nécessité d'une politique internationaliste des travailleurs.

Un remède qui ne peut qu'accentuer les contradictions
Ces nouvelles attaques, si elles peuvent permettre au patronat de relever très provisoirement ses taux de profits, conduisent également tout droit à la récession. En imposant davantage d'heures de travail pour un salaire moindre tandis que, d'après l'Insee, les perspectives d'évolution de l'emploi sont pratiquement nulles, ces mesures vont contribuer à diminuer encore plus le pouvoir d'achat global de la population. Cela ne peut qu'accentuer la concurrence, créer des " surcapacités compromettant la rentabilité ", réduire à nouveau les taux de profit.
Le " remède " qui consiste à baisser le " coût du travail " pour compenser la baisse des taux de profit conduit de lui-même à l'aggravation de la maladie. Aggravation qui exigera de nouveaux soins, de même nature que les précédents, et avec les mêmes conséquences, dans un cercle vicieux qui constitue le mécanisme même du système capitaliste. Depuis une vingtaine d'années, si l'on observe l'alternance des récessions et des reprises qui se succèdent, force est de constater que les reprises ne compensent pas, du point de vue des salariés, les destructions créées par les récessions. Bien au contraire, on assiste à une dégradation continue des conditions de vie et de travail, plus ou moins ralentie au moment des reprises. Le capitalisme, en s'enfonçant dans ses contradictions, détruit plus qu'il ne crée. Et il démontre chaque fois un peu plus que ses lois aveugles sont incompatibles avec les droits de travailleurs.
Il n'y a là aucune manifestation de quelque loi économique que ce soit si ce n'est celle qui résulte de la logique du rapport de force dans une société fondée sur l'exploitation. Les salariés n'ont aucune raison de s'y soumettre et de renoncer à leurs droits. Au contraire, la seule issue par laquelle la société pourrait sortir de l'impasse dans laquelle le capitalisme l'entraîne réside dans la capacité de la classe ouvrière à refuser la logique des patrons en se battant pour ses propres revendications.
Face à la politique patronale, il faut une politique ouvrière.
L'évolution de la situation économique ne laisse pas d'autre choix. En même temps, elle donne l'occasion de mieux en comprendre les mécanismes, de mieux en saisir les enjeux et les conséquences. C'est une des conditions nécessaires pour cesser de subir la politique que nous impose la bourgeoisie, pour anticiper sur les évolutions probables, définir notre propre politique tout en regroupant nos forces.

Eric Lemel


Notre tâche

Au lendemain de son échec électoral, l'extrême-gauche semble groggy, sans politique. Certes, l'heure est au bilan, au débat, mais tourner le dos à ce que l'on vient de faire, c'est conclure le débat avant de l'avoir mené. Prisonnière de ses relations passées, elle recommence son éternel jeu de rôles. La direction de LO comme celle de la Ligue semblent vouloir refermer ce qui n'aurait été qu'une parenthèse comme si chacune des organisations avaient le sentiment d'avoir été infidèle à elle-même, prise en flagrant délit d'adultère vis à vis de ses propres principes et prétentions. Et pourtant ces six mois de vie commune, certes pour l'essentiel platonique à part quelque rare et brefs moments d'union, laisse chacune des organisations comme seule sans vouloir s'avouer que l'autre lui manque. Vieux couple habitué aux séparation-retrouvaille, elles se tournent d'autant plus brutalement le dos…
LO reprend ses allures de vieux garçon à principes pendant que la Ligue rêve de quelques nouvelles aventures sans lendemain mais chacun se raccroche sans se le dire à l'idée rassurante que l'autre sera toujours là, que comme l'écrit Kaldy, " les occasions de se retrouver ne manqueront pas "… et que peut-être cette union pourrait, un jour peut-être… ne pas être condamné à la stérilité et à l'échec. Pourquoi pas un nouveau printemps fécond… Mais la fierté caparaçonnée du vieux couple rodé aux scènes de ménages et aux séparations étouffe tout autre sentiment, Non décidément LO, trop guindée, n'est pas le parti qu'il nous faut, non décidément la Ligue est fantasque et volage, ce n'est pas le parti sérieux qu'il nous faut… Et il se pourrait bien que cette rupture aille au-delà de ce que chacun peut souhaiter, que les bouleversements en cours entraînent nos deux protagonistes dans des situations qu'ils n'ont ni imaginées ni souhaitées. Le risque est de voir LO s'enfermer dans un moralisme stérile et la Ligue aller plus loin qu'elle ne le souhaite elle-même dans des aventures dont elle n'aurait aucune maîtrise…
Enfermé dans ce jeu de rôle, chacune des deux organisations ne voit pas le temps passer et le monde éternellement jeune se détourner de ce couple ennuyeux et vieilli qui devient l'objet des railleries… Leurs amis commencent à se lasser de ce vaudeville un peu ridicule, assaillis par des difficultés sérieuses ils se lassent de leur attitude désinvolte et superficielle… Ils se choquent du mépris qu'ils ont pour eux qui leur ont fait confiance, ont continué à leur donner leur voix, voire leur dévouement alors qu'eux ne songeaient qu'à leur propre susceptibilité.
Les travailleurs confrontés aux difficultés de condition de vie et de travail qui se dégradent, cherchent de vrais amis, solides, fidèles. Ils se regroupent, certes encore peu nombreux, mais ils résistent, serrent les poings, se battent. Les jeunes songent à l'avenir, inquiets, révoltés devant l'arrogance d'un monde qui les rejette et la dureté des rapports humains. Eux aussi, cherchent des camarades à qui donner leur confiance, des idées qui donneraient son humanité à leur vie et le vieux couple les laisse souvent indifférents, ils le conjuguent au passé même si c'est avec un regard sympathique…
Les travailleurs comme les jeunes cherchent un mouvement qui leur parle d'eux, de leur avenir au lieu de ces organisations gauchistes divisées qui ne pensent qu'à elle-même, un mouvement en prise sur le monde moderne qui ne se contente ni de dénoncer ni de condamner mais qui ouvre la perspective de transformer ce monde d'inégalités, d'injustice et de violence…
Ils aimeraient que nous allions de l'avant, que nous prenions des initiatives au lieu d'avancer à reculons, de nous unir pour répéter que nous ne le faisons que pour les élections alors qu'ils seraient en droit d'attendre de nous que nous mettions au premier rang de nos préoccupations l'unité pour la lutte, les résistances.
Ils aimeraient nous sentir avec eux, côtes à côtes, serrant les coudes autour des axes politiques que nous avons défendus durant la campagne électorale, aujourd'hui pour les défendre ensemble au moment où, derrière le succès électoral du social-libéralisme, une vaste offensive sur les conditions de travail s'engage à partir du débat sur les 35 heures.
Les travailleurs et les jeunes ne comprendraient pas que LO quelles que soient ses critiques de la Ligue n'ait pas une politique à son égard, ils ne comprendraient pas non plus que la Ligue se détourne de LO pour aller flirter avec des courants ou des militants qui nous ont toujours combattu et qui, au gouvernement, ont défendu une politique anti-ouvrière ou l'ont soutenue.
Certes, chacun pourra prendre argument de ce que ces critiques ne s'expriment pas ouvertement. Si elles avaient la force de s'exprimer autrement qu'en négatif, elles obligeraient les directions à prendre leurs responsabilités. Malheureusement, les maturations politiques n'en son pas là.
Et, plus ou moins confusément, tous ceux qui ont participé à un titre ou à un autre à la campagne électorale partagent ce point de vue même si la routine, le conformisme d'organisation exercent une pression forte dans le sens du sectarisme inhérent à toute l'histoire du gauchisme. C'est une culture aujourd'hui par trop commune aux deux organisations. L'émergence d'un courant révolutionnaire exige de s'en dégager pour faire vivre une réelle démocratie, directe, dynamique, vivante, efficace, cimentée par la solidarité dans la lutte, la conscience de participer au même combat.
Oui, il nous faut construire une extrême-gauche politique, moins sectaire ou moins suiviste, capable de formuler et d'exprimer réellement une politique pour les travailleurs et la jeunesse, de l'exprimer et de la mettre en œuvre.
Nous regrouper pour construire une force nouvelle indépendante du social-libéralisme, en rupture avec lui comme avec ses satellites. Nous ne voulons pas rééquilibrer le rapport de force à la gauche du PS, notre politique est en rupture avec la sienne comme avec ses satellites réformistes.
Nous sommes prêts à faire un front unique pour les luttes avec les différents courants réformistes indépendant du social-libéralisme, nous militons pour ce front unique, mais nous ne confondons pas ce front unique avec une politique d'unité des révolutionnaires.
Il serait dommage que dupes de leurs propres illusions électorales et en corollaire de leurs déceptions les révolutionnaires ne voient pas ce qui est en train de se passer dans un large milieu militant, dans ou autour de l'extrême-gauche, parmi tous ceux qui ont regardé notre campagne avec sympathie et ont compris que là était l'issue, la réponse : l'unité, le regroupement.
Ce processus au cœur du mouvement social est irréversible.
Nous entrons dans un moment de choix, de clarification politique, de bifurcation. L'extrême-gauche est devant une crise de renouvellement des idées, des comportements, des réflexes politiques.
Ce renouvellement est en cours, la campagne LCR-LO y a participé, elle a contribué à mettre en route un processus irréversible qui va s'amplifier, que nous voulons amplifier, que la pression politique et économique des mois à venir va accélérer.
Pour résister, il faut nous unir, regrouper les forces.
Oui, la remontée des luttes engagée depuis novembre-décembre 95 et qui s'est exprimé dans les progrès de l'extrême-gauche est aujourd'hui confrontée par ses échecs à un choix politique : ou abdiquer devant le social-libéralisme et ses alliés réformistes ou construire une nouvelle force politique de lutte de classe à partir de la politique d'unité des révolutionnaires.
Une révolte, une colère, une volonté d'agir s'accumulent en profondeur, elles cherchent une expression politique.
L'unité à la base comme au sommet se fera autour des tâches pratiques d'intervention dans les luttes ou de solidarité, cela se fera autour d'une démarche commune de rupture face à la gauche gouvernementale. Elle se fera aussi à travers un débat pour définir les bases programmatiques du parti que nous voulons.
Créer les conditions pratiques, militantes, organisationnelle et programmatiques de l'unité est notre tâche.
Il est possible d'influencer le débat qui s'ouvre, à condition que chacun s'en empare, en fasse son affaire pour peser sur les évolutions au sein même de l'extrême-gauche.
Il n'y aura pas de parti nouveau sans un profond mouvement de regroupement, de renouvellement par en bas, sans une volonté militante nouvelle pour bousculer les routines et les renoncements. La jeunesse dans cette tâche a un rôle de premier plan à jouer.

Yvan Lemaitre

Face aux attaques du gouvernement et du Medef,
quel front unique ?

L'offensive patronale se durcit, les cibles annoncées sont le " coût du travail ", les 35 heures, le Code du travail, la fonction publique… Chirac, tout en jouant au président au-dessus des classes voire des partis, appuie pleinement cette offensive, accordant ses félicitations à Douste-Blazy, celui qui a réussi à faire passer la casse de l'assurance-maladie en associant les syndicats ou en gardant le contrôle sur eux.
Face à ce redoublement des attaques, le regroupement des forces du monde du travail se fait plus urgent. Les collectifs inter-pro du mouvement des retraites, ou ceux de défense de la sécu, ont été des premières étapes. Mais à l'heure où l'offensive va être menée tous azimuts, se pose le problème de regroupement plus large pour organiser la défense des travailleurs. Et c'est tout naturellement que revient la question du " front unique ". Tout le problème est de définir son contenu, c'est-à-dire quelles revendications et quelles alliances ?

Quelles revendications ?
La politique de front unique vise à défendre les intérêts du monde du travail, en regroupant largement ceux qui veulent mener ces batailles, dans le souci de changer le rapport de force par delà les divergences politiques. Les révolutionnaires sont au premier rang de cette bataille et mettent en avant des revendications de classe claires, des objectifs qui correspondent aux intérêts généraux des travailleurs, susceptibles d'unir le plus largement possible les salariés.
Les luttes de ces dernières années ont montré à quel point la question de la formulation des revendications était importante. Dans le mouvement sur les retraites, ce n'est que dans quelques syndicats que la revendication des 37,5 annuités pour tous a été adoptée, alors que les directions syndicales s'alignaient sur les 40 annuités du gouvernement en tentant de négocier à la marge. Dans le mouvement sur la sécu, jamais les directions syndicales n'ont accepté la revendication du retrait du plan Douste-Blazy, elles étaient sur la ligne du " diagnostic partagé " avec le Medef et demandaient une bonne réforme. Pour la fraction du monde du travail qui a participé à ces mouvements, il apparaît de plus en plus clairement que la lutte sur le contenu des revendications est déterminante. C'est en fait la discussion sur la politique nécessaire au mouvement, entre ceux qui sont prêts à accompagner les attaques de la bourgeoisie, et ceux qui veulent s'y opposer jusqu'au bout.
Cette discussion se mène publiquement, démocratiquement, devant l'ensemble des salariés, en rompant avec les pratiques qui confondent unité et consensus pour faire taire les critiques. Ce n'est pas à telle ou telle composante de décréter par avance qui peut s'associer ou pas au front unique. Nous savons bien sûr que le contenu même des revendications déterminera qui y participera... mais nous sommes prêts à toutes les surprises ! Elles seraient de toutes façons l'expression de la pression des travailleurs sur les organisations politiques et syndicales. En revanche, le refus d'organisations de gauche ou syndicales de s'associer aux revendications de classe doit être dénoncé très largement afin d'aider les travailleurs à en tirer les leçons : " regardez le PS, il est hostile aux coupures de courant des salariés d'EDF, c'est logique, Jospin préparait la privatisation avec Chirac à Barcelone ! ".
Le front unique est aussi un cadre à travers lequel les salariés font leur propre apprentissage politique et démocratique.

Quelles alliances ?
La direction du PC a bien compris l'importance de mettre en avant des revendications radicales. Elle a d'ailleurs voulu récupérer une partie de l'électorat de LO et de la LCR en recopiant en partie le plan d'urgence sociale et démocratique… mais en oubliant au passage la lutte des classes et la perspective révolutionnaire. Ces ambiguïtés révèlent les tiraillements de la direction du PC, prise entre la nécessité de masquer la faillite de son réformisme et inspirer de nouveaux espoirs dans la gauche, et la pression d'une partie de ses militants, de ses liens avec les travailleurs, qui veulent que leur parti soit utile dans la lutte des classes. Du coup, les liens entre les militants révolutionnaires et ceux du PC qui défendent les intérêts des travailleurs continuent de se renforcer. Dans les résistances quotidiennes ou les luttes, la discussion vient vite sur l'avenir du PC : " avec le PS ou avec les travailleurs ? si vous prenez au sérieux les revendications que nous défendons ensemble, rompez alors avec le PS qui nous combat ! " Et on retrouve ce débat sous d'autres formes dans les syndicats et dans les collectifs.
A défaut de mener ce débat, la volonté d'accélérer les processus de regroupement peut entraîner une fraction de l'extrême gauche vers une politique de front unique peu claire ou sans contenu de classe : pour un " non de gauche " au Référendum sur la Constitution européenne, pour des appels antilibéraux sur la sécu ou EDF, voire pour la dissolution de l'Assemblée, pour battre la droite… A défaut d'emporter la lutte pour gagner le front unique à des revendications de classe, il peut se construire, sous l'influence de militants réformistes, sur des bases confusément antilibérales et devenir alors une véritable planche savonneuse, où les révolutionnaires tenant la main du PC qui tient encore celle du PS, pourraient être entraînés, ramenés au rôle d'aiguillon de gauche du social-libéralisme, syndical ou politique. Dans la même situation où nous ne parviendrions pas à gagner le front unique à une politique de classe, nous pouvons à l'inverse être confrontés à l'agressivité de militants hostiles aux révolutionnaires qui chercheront à nous exclure de ces regroupements, pour essayer de nous renvoyer dans la marginalité.
L'évolution actuelle d'une partie des militants du PC nous permet de prendre au mot leur direction, lui dire d'aller jusqu'au bout : rompez avec le social-libéralisme, rompez vos accords de gestion avec le PS, rejoignez pleinement le camp de la lutte des travailleurs. Il s'agit d'avoir une politique en direction du PC afin de militer le plus loin possible avec ses militants, de les entraîner, et par leur intermédiaire d'entraîner des couches plus larges de travailleurs pour accélérer les possibilités de luttes d'ensemble.

L'expérience du passé, un mythe ou une méthode ?
En formulant ce " rompez avec le social libéralisme ", d'une certaine façon, nous reprenons la politique de Trotsky dans les années 30 quand il s'adressait aux partis ouvriers de l'époque, PS et PC, pour leur dire " rompez avec le parti radical-socialiste ".
En nous tournant vers l'expérience du passé, il ne s'agit pas de répéter des formules toutes faites comme argument d'autorité ou de routine mais d'essayer de nous approprier le contenu même d'une politique.
Dans cette période de crise où les attaques de la bourgeoisie étaient appuyées par le fascisme, Trotsky discutait du front unique en France pour défendre les intérêts sociaux (contre le chômage par exemple) et démocratiques (contre les attaques des milices fascistes) du monde du travail. Cela visait à entraîner en premier lieu les partis qui organisaient de nombreux travailleurs : le PS, déjà passé politiquement dans le camp de la bourgeoisie, mais qui conservait une base ouvrière importante, et le PC dominé par le stalinisme. Cette défense des revendications ouvrières ne pouvait que repousser le Parti radical-socialiste, parti très influent sur les classes moyennes, situé à gauche notamment par son anticléricalisme, mais profondément bourgeois, défendant le colonialisme et l'impérialisme.
Trotsky défendait qu'on pouvait faire un front unique " avec le diable et sa grand-mère ". C'était aux radicaux de dire s'ils étaient prêts à s'associer pour la défense des revendications ouvrières. La démonstration faite que leur choix était celui de la bourgeoisie, Trotsky formulait alors la nécessité de la rupture du PS et du PC avec ce parti bourgeois. Le PS et le PC choisirent la politique strictement inverse, celle du Front populaire, une alliance de gouvernement avec le Parti radical, une politique qui finalement désarma les travailleurs, empêchant le puissant mouvement de grève et d'occupation des usines de juin 36 de franchir les étapes vers la révolution.
La situation actuelle est par bien des aspects différente, mais parmi les points communs, il y a les rôles respectifs du Parti radical-socialiste et… du Parti socialiste. La réalité qu'il y a derrière l'étiquette du PS a changé.
Parlant du pouvoir de la bourgeoisie, Trotsky écrivait dans Où va la France : " Son principal appui matériel, il le trouve dans la police et dans l'armée. Mais il a aussi un appui à gauche : le parti radical-socialiste. La base de masse de ce parti est constituée par la petite bourgeoisie des villes et des campagnes. Les sommets en sont formés par les agents " démocratiques " de la grande bourgeoisie qui, de loin en loin, ont donné au peuple de petites réformes et le plus souvent des phrases démocratiques, l'ont sauvé chaque jour -en paroles- de la réaction et du cléricalisme, mais, dans toutes les questions importantes, ont fait la politique du grand capital. " On pourrait transposer facilement ce passage pour caractériser le rôle du PS aujourd'hui. Son sommet est lui aussi depuis bien longtemps formé par des cadres de la bourgeoisie : Mitterrand, et Badinter, il y a vingt ans ; Aubry (n°2 de Péchiney) ou Strauss-Kahn (avocat d'affaires) aujourd'hui. Qui peut dire comment la politique libérale, imposée par les bourgeoisies dans tous les pays au tournant des années 70-80, aurait été appliquée en France sans cet appui à gauche qui a su entraîner le PC et les syndicats ? Aujourd'hui encore, comment le gouvernement Chirac pourrait-il défier ainsi l'ensemble du monde du travail, s'il n'était pas assuré de l'accord politique de son opposition social-libérale ?
Autre point commun, la nature de ces deux partis. Pour Trotsky, " Le parti radical est le parti à l'aide duquel la grande bourgeoisie entretenait les espoirs de la petite bourgeoisie en une amélioration progressive et pacifique de sa situation. Les radicaux n'ont pu jouer ce rôle qu'aussi longtemps que la situation économique de la petite bourgeoisie restait supportable, qu'elle n'était pas véritablement ruinée, qu'elle gardait espoir en l'avenir. […] Le parti radical représente l'instrument politique de la grande bourgeoisie, qui est le mieux adapté aux traditions et aux préjugés de la petite bourgeoisie ". On peut là aussi paraphraser Trotsky. Le Parti socialiste est un outil de la grande bourgeoisie financière et industrielle pour maintenir l'illusion d'une mondialisation humaine, d'un libéralisme social et flatter les préjugés de la petite bourgeoisie ou des catégories supérieures des salariés. Son histoire lui conserve quelques liens dans la classe ouvrière et une certaine influence dans les couches moyennes du salariat, mais c'est un parti de la bourgeoisie libérale et impérialiste, qui se sert de son influence pour duper la population dans l'intérêt du régime capitaliste.

Le front unique pour reprendre l'offensive
Aujourd'hui, travailleurs allemands et anglais subissent de plein fouet les politiques de gauche de Schröder et Blair, comme nous subissions celle de Jospin. Ces expériences sont de dures leçons pour le monde du travail. Elles rappellent que c'est notamment la brèche ouverte par les 35 heures, généralisant flexibilité, annualisation et individualisation, qui a affaibli les salariés, contraints à des négociations entreprises par entreprises, dans un rapport de forces très défavorable, ce qui permet au patronat aujourd'hui de faire les chantages à l'emploi les plus cyniques. La révolte des travailleurs contre la droite et le Medef, si elle ne s'appuie pas sur le bilan de la gauche plurielle, ne peut que préparer de nouvelles désillusions et au final renforcer l'indifférence et l'abstentionnisme, précurseurs de dangers plus graves que la présence de Le Pen au 2ème tour en 2002, qui n'était qu'un avertissement.
Notre rôle est d'aider les travailleurs à se défendre face à n'importe quel gouvernement, à se battre pour leurs revendications contre la droite aujourd'hui, contre la gauche peut-être demain. Tous les regroupements de défense des travailleurs, syndicats, associations, collectifs ou autres, sont autant d'occasion pour saper les illusions et les espoirs sur un retour de la gauche, pour les remplacer par le seul espoir raisonnable de victoire, celui de militer pour entraîner des fractions plus larges de travailleurs dans la lutte.
Une fraction des salariés évolue vers la lutte de classe face aux attaques de la bourgeoisie. Les dirigeants des organisations de gauche ou syndicales font le chemin inverse, collaborant toujours plus avec la bourgeoisie et son Etat. Ces trajectoires croisées sont un point d'appui pour gagner à notre politique des couches plus larges de travailleurs.
Les travailleurs veulent savoir comment vaincre le chômage, empêcher les licenciements, les délocalisations, comment éviter les guerres que l'impérialisme déclenche, comment arrêter la catastrophe provoquée par la course au profit du grand capital. Les revendications du plan d'urgence défendu par les révolutionnaires rencontrent l'adhésion ou la sympathie de nombreux travailleurs qui les voient comme des buts sans concession correspondant à l'intérêt général des classes populaires. En même temps, dans la crise sociale actuelle, avec plus de 3 millions de chômeurs dans le pays, tout le monde comprend que pour atteindre ces buts, il faudra briser la résistance des capitalistes. Comment pourraient-ils être imposés en-dehors de luttes qui auraient un caractère révolutionnaire, qui poseraient la question d'un pouvoir issu de la lutte ? Dans le cadre d'un front unique de défense des travailleurs, c'est le débat que nous souhaitons avoir avec tous ceux qui y participent, sans forcément être d'accord sur cette dernière question et de notre côté sans le moindre ultimatisme.
Depuis cent cinquante ans, les marxistes affirment que les développements de la technique moderne et des moyens de production ont été tels que les conditions économiques d'une société socialiste existent, mais que la propriété privée qui se survit impose aux peuples une pauvreté toujours plus grande et empêche cette transformation. C'est cette analyse qui fonde notre perspective révolutionnaire. Le front unique est une politique pour regrouper les travailleurs dans l'action contre la propriété privée, pour leur propre émancipation.
L'urgence sociale et démocratique pose le problème de l'unité du monde du travail pour défendre ses intérêts. Mener pleinement cette politique de front unique de lutte pour la satisfaction des revendications du monde du travail, suppose une totale liberté tant vis-à-vis de la gauche gouvernementale que vis-à-vis des appareils, une volonté démocratique sans limite, c'est pourquoi les révolutionnaires en sont la force motrice.

Franck Coleman

Deuxième rencontre de Rennes contre les licenciements :
Interdire les licenciements ou modifier la loi ?

Lors de la réunion du 26 juin à Rennes, suite à celle du 17 avril, un collectif contre les licenciements, " Résistance 2004 ", a été créé, un appel rédigé et finalisé après la réunion (voir en annexe).
Le contenu de l'appel est significatif des débats qui se sont déroulés lors des deux réunions.
L'ensemble des participants est d'accord pour dire que les licenciements et les délocalisations ne sont pas une fatalité, mais qu'ils relèvent d'une méthode de gestion patronale pour augmenter les profits.
Face au patronat, au gouvernement et aux confédérations qui isolent les luttes boite par boite, ils veulent privilégier les luttes collectives et rechercher les moyens de les coordonner. Ils veulent passer outre, s'organiser sans sectarisme, libérer les paroles et les initiatives, chercher collectivement des solutions et des perspectives.
Ce socle commun, permet la tenue et la poursuite de ces réunions. Il constitue un acquis auquel tiennent les militants qui animent ces rencontres.
Cette deuxième rencontre et l'appel qui en est sorti marquent une progression par rapport à la précédente qui était axée sur les échanges d'expériences.
Deux axes caractérisent cet appel :
- l'un pour mettre en avant l'interdiction des licenciements,
- l'autre pour exiger la modification de la législation sociale.
L'idée d'interdire les licenciements, mise en avant par les révolutionnaires depuis 95 est désormais incontournable. Elle est reprise par de nombreux militants syndicaux ou des syndicats touts entiers. Cette idée a traversé une grande partie des débats de la rencontre et n'a pas donné lieu à des oppositions affirmées. Significative était la réponse à l'intervention d'un militant d'ATTAC en fin de journée, disant qu'il y avait des licenciements justifiés. " On en a parlé toute la journée, c'est trop tard maintenant pour revenir dessus. "
Même le camarade de SUD, qui émettait des réserves, " mot d'ordre politique, pas compris des salariés ", n'a pas véritablement bataillé contre.
Par contre les interventions ont été nombreuses sur la façon d'expliciter ce mot d'ordre pour que ce ne soit pas un mot d'ordre incantatoire, mais un outil pour servir à l'organisation de la lutte contre les licenciements.
Faut-il le restreindre aux entreprises qui font du profit ?
Des camarades ont émis des réserves. Ce point de vue exclut les licenciements individuels qui représentent deux tiers des licenciements actuellement. Il exclut aussi ceux du secteur public ou para-public, comme dans l'éducation nationale, la protection sociale ou la sous-traitance, il ne prend en compte en compte que les plans sociaux du privé.
Les licenciements de toute nature (économiques, délocalisations, pour fautes inventées, pour fin d'aide, etc.) constituant le mode de gestion du capital, on ne peut se contenter de réclamer l'interdiction de certains (les plans sociaux) en laissant de côté les autres (l'immense majorité), même si certains sont plus " médiatiques " que les autres. Il nous faut, au contraire, donner le maximum de contenu au mot d'ordre d'interdiction des licenciements pour qu'il devienne un facteur d'union, contribuant à tisser des liens entre les salariés. C'est l'ensemble de la classe ouvrière qui est attaqué par les licenciements, pas seulement les très grosses entreprises.
L'appel ne résout pas le problème.
L'autre axe de l'appel, la modification de la législation sociale, posant la question du pouvoir décisionnel des salariés dans l'entreprise, posait, de fait, celui du contrôle ouvrier.
L'appel met en avant, essentiellement, l'augmentation des pouvoirs des représentants du personnel, notamment par les CE et l'exercice d'un droit de veto. Il demande une modification de la loi. La loi actuelle et ses modifications prévues par le gouvernement vont vers un " allègement " des procédures totalement favorable aux patrons et aux actionnaires. Quelques cas de jurisprudence, limités, (l'arrêt LU sur les intérimaires) peuvent faire croire qu'un droit pourrait être meilleur pour les salariés, encore faudrait-il que le rapport de force soit différent de ce qu'il est actuellement. La récente décision déboutant les salariés de STM est là pour nous le confirmer.
Ce contrôle doit-il être seulement celui des représentants du personnel auxquels la loi donnerait plus de pouvoir ?
Des camarades ont fait remarquer que ce ne serait pas suffisant. En effet, les patrons ne sont pas avares de documents demandés par les élus : bilan social, information trimestrielle sur l'emploi, bilan financier. Mais, ces documents établis exclusivement par les employeurs sont loin, très loin de refléter la réalité de l'entreprise. Chacun sait que l'employeur les établit de façon fort légale en fonction de ses intérêts exclusivement. Les patrons pourront, si la loi les y oblige, en fournir d'autres tout aussi légaux et tout aussi mensongers.
Réduire le pouvoir décisionnel des salariés à celui des seuls moyens légaux des élus est insuffisant. Pour que ces moyens soient efficaces, il faudrait que les élus aient accès aux comptes réels des entreprises, à leurs comptes bancaires, à l'origine des fortunes de leurs dirigeants. Et cela seuls les travailleurs qui y ont réellement accès peuvent les rendre publics.
L'un ne va pas sans l'autre, c'est le contrôle ouvrier.
Le contrôle des fonds publics relève du même ordre. Exiger la transparence dans l'attribution et le suivi des fonds publics, exiger le remboursement des aides ont été mis en avant. C'est certes un minimum. La population doit savoir comment est utilisé son impôt.
Mais, pour cela, elle ne peut s'en remettre aux seuls élus, locaux ou nationaux. Elle devra exercer son propre contrôle. Ce qui implique une coordination étroite avec les salariés des entreprises, leurs syndicats, seuls à même de voir et vérifier comment sont réellement utilisés les fonds publics.
L'appel ne tranche pas sur ces questions, il met en avant tout ce qui est commun aux participants à ces deux réunions. C'est un premier résultat dans l'élaboration des perspectives communes nécessaires au monde du travail.
La volonté affirmée de donner corps à ces pistes de réflexion, de faire en sorte que ces idées deviennent concrètes pour être reprise par le plus grand nombre, le désir de poursuivre les discussions à travers d'autres réunions plus larges est sans doute, dans la situation actuelle, le plus important.

Charles Boulay

Annexe :

APPEL DU COLLECTIF RESISTANCE 2004

Lors des rencontres, des 17 avril et 26 juin 2004 à Rennes, à l'initiative des salariés de STMicroelectronics et Thomson, de nombreuses délégations d'entreprises en lutte contre des plans sociaux et des licenciements ainsi que des salariés du service public ont partagé leurs expériences et déclarent :

" Que ces licenciements et ces délocalisations ne relèvent pas d'une quelconque fatalité mais sont le résultat d'une politique patronale visant à toujours plus de profits en exploitant les salariés où sont délocalisées les productions.
" Qu'il est de notre devoir de lutter contre ces licenciements et de nous en donner les moyens.

En conséquence il a été décidé la création d'un collectif national pour fédérer les luttes contre les licenciements et pour garantir le droit au travail.
Ce collectif RESISTANCE 2004 lance un appel exigeant la modification de la législation sociale afin de :

Garantir le pouvoir décisionnel des salariés dans leur entreprise
Actuellement les dispositions du code du travail ne donnent pas aux salariés les moyens de rejeter les raisons invoquées par le patron lors des licenciements.

¢ Les instances représentatives du personnel doivent avoir un vrai pouvoir décisionnel au niveau de l'entreprise et de la branche, en particulier, ils doivent pouvoir contester les raisons de licenciement invoquées par le patron et posséder un droit de veto.
¢ Les mêmes dispositions doivent être valables au niveau européen
¢ La loi doit interdire aux entreprises ou groupes la pratique des licenciements de profitabilité

Assurer le contrôle des fonds publics alloués aux entreprises
Il est intolérable de voir " privatiser les profits et nationaliser les pertes ". Par exemple STM, bien qu'ayant bénéficié de 800 millions € de subventions entre 20003 et 2004, délocalise son site de Rennes et ce sont les collectivités locales qui vont devoir investir pour essayer de ré-industrialiser ce site.
La loi doit donc:

¢ Assurer une totale transparence dans l'attribution et le suivi des fonds publics au travers d'une convention et d'une instance de suivi et de contrôle.
Cette instance sera composée des représentants des salariés et des collectivités en responsabilité des ressources affectées.
¢ Exiger le remboursement des aides de la part des entreprises en cas de non-respect de la convention, au prorata des obligations non respectées.

Assurer un emploi et un salaire
Le risque principal réside aujourd'hui dans le chômage et la précarité. Les reclassements après licenciements signifient déclassement, précarité et pour les non reclassés chômage et exclusion.

¢ Il faut garantir le droit au travail et affirmer le salaire comme un droit imprescriptible
¢ En cas de perte d'emploi, il ne doit pas y avoir de discontinuité concernant l'attribution du salaire, ce financement sera à la seule charge du patronat grâce à un fond patronal obligatoire.