Débatmilitant
Lettre publiée par des militants de la LCR
n°104
4 mai 2006

Sommaire :
48ème congrès de la CGT : derrière la " normalisation ", la lutte des classes s'invite...
En marge du congrès de la CGT, l'affirmation d'un courant lutte de classe
Déterminisme économique, lutte sociale et politique




48ème congrès de la CGT :
derrière la " normalisation ", la lutte des classes s'invite...

Les médias ont retenu et présenté une apparente unanimité du 48ème congrès de la CGT derrière B. Thibault et sa posture offensive " on a eu la peau du CPE, on aura celle du CNE ". Les analyses vont bon train sur le rétablissement inespéré d'une direction qui risquait un congrès de contestation à l'automne et se retrouverait en position de force, ayant quasiment muselé ses opposants, quelques agités nostalgiques de vieux principes. La réalité est bien plus complexe : implantée dans le monde du travail la CGT est donc confrontée à l'offensive tout azimut d'un patronat renforcé de chacun des reculs imposés ces 25 dernières années. Les directions syndicales, dont celle de la CGT, se sont adaptées à ce rapport de forces défavorable, ce qui les amène à toujours considérer que le moment de la confrontation avec le patronat et le gouvernement n'est pas à l'ordre du jour. Il est donc inévitable que la CGT se retrouve traversée par tous les débats de militants qui cherchent à résister et qui n'ont pas abdiqué, eux, de repasser à l'offensive.
Dans ce contexte le recul imposé au gouvernement sur le CPE a bouleversé la donne et particulièrement la stratégie de verrouillage mise en place par la direction. Bien sûr, cela ne signifie pas du tout que ce congrès ait été celui d'un bilan vivant de la lutte contre le CPE, un moment d'analyse du nouveau rapport de force pour en dégager des perspectives offensives sur toutes les questions vitales pour le monde du travail (lutte contre le chômage, pour des augmentations de salaires, contre les discriminations de tous ordres) qui nécessitent une lutte d'ensemble pour imposer des mesures d'urgence. Mais si l'appareil de la CGT est assez fort pour empêcher qu'un véritable débat démocratique puisse se dérouler dans le cadre d'un congrès confédéral, il n'est pas en son pouvoir de faire disparaître ces questions qui, de fait, ont traversé les 4 jours de débats à Lille.

L'appareil de la CGT à la manoeuvre
A l'automne 2005, au moment où les modalités d'organisation du congrès devaient être mises en place, la direction de la CGT avait bien des soucis à se faire : du passage sans riposte des ordonnances de l'été dont celle instituant le CNE, de Thibault allant discuter à Matignon le jour de l'intervention du GIPN contre les marins de la SNCM, des traminots de la RTM abandonnés pendant les 3 semaine de leur grève contre la privatisation des services publics, à la mobilisation du 4 octobre sans lendemain ou à la promesse d'une réaction, qui n'est jamais venue, à l'état d'urgence contre la révolte des banlieues… la liste est longue et celle-ci n'est pas exhaustive. Autant dire qu'il était compliqué d'argumenter d'un bilan positif. D'autant qu'il faut y joindre la défaite sur les retraites de 2003, la politique du " diagnostic partagé ", fondement de l'impuissance à seulement tenter de résister sur la Sécu en 2004, et les tergiversations pour ne pas défendre le NON au référendum imposé par le CCN dans une véritable campagne. L'objectif de la direction était donc de trouver le moyen d'éviter d'avoir à discuter de ce bilan calamiteux pour les travailleurs et de sa responsabilité dans ces reculs.
Dans cet objectif, un des ingénieux moyens mis en place a été celui de la sélection des délégués. A priori dans un congrès de syndicats confédérés, on s'attendrait à ce que les syndicats organisent des débats à l'issue desquels soient élus des délégués porteurs du contenu de ces débats. Simpliste ! " favorisant l'écrasement des petites bases syndicales par les gros syndicats organisés depuis longtemps ", souvent animés, qui plus est, par des militants critiques à l'égard de la direction, sans que ces militants expérimentés ne se considèrent, pour la plupart, comme des opposants à la direction de la confédération. Les fédérations ont donc été sollicitées pour désigner comme délégués, de préférence, des adhérents récents, militant dans des petites structures et présentés comme l'expression du " nouveau salariat, émietté et précarisé ". L'idée était d'organiser un débat sociologique autour des évolutions du monde du travail, des difficultés d'organisation, non sans une certaine démagogie quand 'était expliqué que les " bastions du syndicalisme " (salariés des fonctions publiques et des grosses entreprises) défendraient finalement des intérêts corporatifs sans se soucier de la majorité des travailleurs (au premier rang desquels les jeunes et les femmes) confrontés à une précarité grandissante et ayant déjà perdu tout acquis social. La lutte contre la précarité se dissout dans des débats lénifiants : comment développer la qualité de vie syndicale lorsque l'on est confronté à la répression patronale ou comment gagner l'objectif d'un million d'adhérents pour faire de la CGT le 1er syndicat et donc un interlocuteur incontournable du patronat et du gouvernement. Qui pourrait être contre de telles banalités, était-il ajouté, à part des opposants professionnels qui poursuivent d'obscurs objectifs politiques et pas du tout syndicaux !
Le résultat de cette organisation a été d'écarter un maximum de militants voulant débattre, sauf dans des fédérations relativement petites et donc moins verrouillées où il a été possible de mettre en place un véritable débat préalable à l'élection des délégués porteurs d'amendements résultant de ces discussions. Dans toutes les autres fédérations, des délégués de préférence en accord avec le bilan et l'orientation de la direction, parce que sans alternative, se sont trouvés désignés et on leur a recommandé d'aller à la rencontre des syndiqués pour savoir ce que ceux-ci pensaient des textes soumis au congrès. Outre le fait que ce mode de désignation a abouti à ce que le nombre de jeunes et de femmes soit inférieur à ceux du 47ème congrès, il a largement contribué à stériliser les débats qui n'ont le plus souvent, tout simplement pas eu lieu. Et le résultat en a été des délégués qui, ne représentant pas leurs camarades du syndicat, sont montés à la tribune, lire une intervention au nom de la fédération qui les avait désignés, voire ont fait part au congrès de leurs ambitions de trouver une place plus importante dans l'appareil du syndicat !

Le mouvement des jeunes réécrit par Thibault...
Entre l'automne et le congrès il y a eu la lutte de la jeunesse. On a donc eu droit pendant deux jours à un véritable hold-up sur la mobilisation des étudiants et des lycéens. B. Thibault a réécrit l'histoire d'une mobilisation construite grâce " au syndicalisme rassemblé " de toutes les organisations étudiantes et de salariés, à l'initiative de la CGT. Il a fait ovationner par le congrès debout les dirigeants de la FIDL, l'UNL et l'UNEF qui se prêtaient d'autant plus au jeu qu'il leur permettait de devenir les porte-paroles exclusifs de la jeunesse au mépris de tout ce qui a été dans la vraie vie. L'aspiration au " Tous ensemble " et à l'unité vitale contre la mise en concurrence des travailleurs et la précarité trouvait une formule mathématique, celle de l'addition de toutes les directions syndicales se congratulant et effaçant de concert toutes les défaites précédentes. Ceux qui voudraient rompre cette belle unanimité ne pourraient être que des esprits tordus, cherchant à se faire du mal quand tout le monde se fait du bien en répétant " on a gagné ", qui cherchent à diviser et donc à affaiblir, et finalement font ainsi le jeu des patrons et du gouvernement. Les embrassades et autres démonstrations de confiance entre les différentes organisations étaient censées amener la réponse aux questions comment on continue ? sur quels objectifs ? " Tous ensemble ". De même le slogan censé résumé " l'esprit du congrès " et décliné par les bons élèves de l'appareil : la CGT, on la veut comment ? " Proche, efficace et solidaire ". C'est sur que personne ne peut s'opposer à de telles évidences, mais c'est tout aussi évident que cela ne fait pas une politique pour une organisation syndicale. C'est bien pour cela que le coup de chance du succès sur le CPE s'invitant dans le congrès n'a pas suffi à régler les problèmes posés par la lutte des classes.

Les besoins d'un syndicalisme pour construire les luttes
Malgré le verrouillage de rigueur pour tenter de bâillonner l'expression de contestation, celle-ci s'est frayée, certes difficilement, la voie, sachant que les interventions de 4 minutes étaient triées sur le volet, et qu'il était rarrissime de pouvoir s'y infiltrer. Ainsi sur le rapport d'activité une seule intervention a rappelé que les bilans ne peuvent être sélectifs et que, si l'on veut remporter d'autres succès, il faut discuter pourquoi on a perdu en 2003, 2004 et 2005, et quelle responsabilité la direction a eu dans ces échéances. C'est d'ailleurs l'intervention qui a été la plus chaleureusement applaudie dans cette partie du débat. Il ne restait donc plus qu'à tenter de s'emparer (pour 1 minute 30) des micros se promenant dans la salle au moment de la discussion des amendements refusés par la commission, discussion bâclée s'il en est sur des amendements -qui ne seront même pas soumis au vote !- et enfin à voter la défiance.
Le premier vote portait sur le rapport d'activité : pas de perte de temps avec les amendements, puisque le bilan est tout simplement inamendable. C'est un peu binaire comme niveau de raisonnement, chaque délégué doit se prononcer pour, contre, ou abstention sur le bilan présenté par la direction. Mais surprise, les abstentions sont annoncées, puis décomptées des pour et des contre ce qui permet à la direction d'annoncer un chiraquien 82 % de pour et 18 % de contre. Mais, si on reprend en compte l'abstention, ce ne sont plus que 76 % des délégués qui ont voté le rapport d'activité et donc un quart des délégués qui ont refusé de l'approuver. Ce qui, compte tenu de la sélection préalable, est notable.
Le rapport d'orientation qui soumettait au débat la " feuille de route " applicable pour les 3 ans à venir, selon l'expression de Maryse Dumas, était amendable. Mais la même Maryse Dumas a pris la précaution de préciser que les 2814 amendements aux textes n'étaient proposés que par 300 syndicats soit 1 % uniquement des syndicats ! Vraiment des empêcheurs de tourner en rond. D'autant que la majorité de ces propositions étaient contradictoires avec l'orientation proposée. Il faut dire que cette orientation se limitait à une peau de chagrin : la valeur fondamentale du syndicalisme, c'est la solidarité qui conduit à se battre dès qu'un droit est lésé, qui prend en compte chaque individu sans vouloir imposer à tous la même revendication au même moment, et qui, intégrant les évolutions du monde moderne, défend des droits attachés à la personne, c'est à dire le nouveau statut du salarié et la sécurité sociale professionnelle. Le tout dans une démarche qui fait toute sa place à la négociation. Dixit M. Dumas.
Les réponses de la salle ont montré l'insatisfaction provoquée par ce rapport : un délégué de l'UD 13 disait avoir du mal à comprendre qu'il n'y ait rien dans le débat sur la SNCM et la RTM, et que le syndicalisme que nous voulons construire doit s'inspirer du mouvement des jeunes pour un syndicalisme de lutte reposant sur les AG qui débattent et décident. Le mouvement contre le CPE a été une action de masse et de classe faisant la démonstration que seuls les salariés et les jeunes peuvent faire reculer le gouvernement, par la lutte. Plusieurs interventions ont mis l'accent sur la défense des services publics et la revendication de revenir sur les privatisations. D'autres sur le fait que la recherche de l'unité des salariés est autre chose que l'unité à tout prix des organisations, et que la CGT doit être une force de propositions pour les mobilisations. Des interventions réclamaient un programme revendicatif sur les salaires, la lutte contre la précarité et la défense des services publics. Enfin plusieurs interventions revenaient sur le refus de situer l'orientation syndicale dans le cadre de la lutte des classes et de discuter en même temps de la volonté de " réorienter la mondialisation " plutôt que de tout simplement la combattre.
A travers les commissions qui recalaient les amendements, la direction a mis les points sur les " i " : la lutte des classes, ça passe encore dans les statuts, mais ce n'est pas ce qui va permettre de rassembler et de construire des revendications ! Ou encore Le Duigou fustigeait ces amendements qui " privilégient la défense de l'existant par rapport à la conquête de nouveaux droits " ! Et le même expliquait qu'il ne faut pas parler des salaires, réduction du temps de travail, etc… qui sont dans les repères revendicatifs pour en faire un catalogue mais faire ressortir l'essentiel : l'ambition de conquérir de nouveaux droits généraux, la sécurité sociale professionnelle… Le vote sur ce document a finalement donné à peu près les mêmes rapports 3/4 d'approbation et un quart d'abstention et vote contre.
C'est finalement le vote sur la proposition du nouveau mode de répartition des cotisations qui a cristallisé l'expression la plus forte de la défiance. Il n'est en effet pas évident de contrer le rapport d'activité ou l'orientation, cela signifie avoir au moins des éléments de réponses alternatives. Par contre, le nouveau mode de centralisation des cotisations est apparu à de nombreux délégués comme le concentré et en même temps l'anticipation des méthodes de direction totalement anti-démocratiques d'une équipe qui en avait abusé pendant tout le congrès. L'argent, c'est le nerf de la guerre, il n'y a pas besoin d'être expert en lutte des classes pour le comprendre, et de nombreux délégués ont donc rejeté cette réforme : moins de 60 % de pour et plus de 40 % de contre et abstentions (4,3 %).
Ainsi, si, formellement, l'équipe sortante, réélue et renforcée dans la Commission Exécutive, peut clamer que c'est un excellent congrès qui a validé son bilan et ses perspectives, il est évident que ce n'est pas si simple.

Finalement, ce 48ème congrès, un point d'appui pour préparer un avenir de luttes …
Ces dernières années ont été riches en confrontations entre les classes sociales. Le plus souvent aux détriments des travailleurs, le CPE est un premier succès. Il y a donc un bilan important à tirer : comment l'unité des jeunes et des salariés a-t-elle pu faire reculer le gouvernement ? Quelle forme d'organisation et de fonctionnement démocratique ont-ils été mis en place ? Quelles forces et quelles limites ? Quel rôle une organisation syndicale peut-elle jouer pour préparer les luttes à venir. Et dans un tel contexte tirer le bilan des défaites peut aussi renforcer la détermination et la révolte. C'est ce processus qui est en cours, qui s'est frayé un chemin, tortueux, dans ce congrès malgré les volontés de masquer tout ce qui dérange et conteste, la réalité finit par ressurgir. Le meeting organisé par les syndicats de l'USTM du Nord Pas de Calais a réuni 250 métallos, jeunes et enseignants qui avaient construit la lutte contre le CPE ensemble. C'est un embryon de ce que nous pouvons réaliser.
Ce qu'il y a de vivant et dynamique dans le syndicalisme, ce ne sont pas ceux qui se demandent comment ils vont adapter la boutique syndicale aux évolutions de la mondialisation libérale, mais bien ceux qui ne craignent pas l'engagement dans le combat social sans limite et ont besoin, pour s'y préparer, de la démocratie, c'est-à-dire de la confrontation franche, fraternelle entre militants même si celle-ci peut parfois être rugueuse.

Cathy Billard


En marge du congrès de la CGT,
l'affirmation d'un courant lutte de classe

Le 26 avril, à quelques centaines de mètres du Zénith où se déroulait un congrès largement prévisible et verrouillé par la direction, quelque 250 militants CGT s'étaient donné rendez-vous à la Bourse du travail de Lille pour affirmer publiquement leur rejet de la ligne confédérale et l'existence d'un courant " lutte de classe " en rupture avec la politique des directions des confédérations syndicales qui organisent les reculs et multiplient les capitulations face à l'offensive conjuguée du patronat et du gouvernement.
A l'origine de cette initiative se trouve le Collectif Métallurgie de lutte de classe qui avait déjà organisé une réunion le 8 février à Denain, réunion qui avait regroupé 350 militants venus de 270 syndicats de la région Nord-Pas-De-Calais.
Si les militants de la métallurgie du Nord, et notamment ceux du Valenciennois, formaient la plus grande partie de l'assistance ce 26 avril, étaient aussi présents des militants de la chimie, de l'éducation nationale, de l'agro-alimentaire, du verre, des PTT, des Services sociaux ainsi que des retraités, venus du Nord comme des quatre coins du pays.
Une délégation de lycéens et d'étudiants avait également été invitée et a pris la parole dans la foulée du mouvement anti-CPE qui a vu se tisser des liens étroits entre nombre des militants CGT présents et de jeunes qui s'étaient rendus à la porte des entreprises pour généraliser le mouvement.
Tribune démocratique de circonstance, le meeting fut aussi l'occasion pour les délégués qui s'étaient vu refuser la parole dans le congrès de pouvoir s'exprimer.
Au cœur de toutes les interventions, il y avait, comme l'a dit Robert Pelletier, militant CGT de la métallurgie, la volonté de " s'opposer à la dérive de la CGT " et, face au sentiment de nombreux militants qui " voient "leur" CGT leur échapper ", de se réapproprier leur syndicat en affirmant l'existence d'un courant lutte de classe pour préparer les luttes à venir.

Contre le " syndicalisme rassemblé " qui organise les reculs, l'unité à la base pour faire converger les luttes et gagner.
Jean-Pierre Delannoy, secrétaire régional de l'USTM, est revenu sur la victoire contre le CPE, une victoire qui " est avant tout celle de la jeunesse " mais que les directions syndicales tentent d'utiliser pour sauver leur stratégie du syndicalisme d'accompagnement et faire oublier les défaites dont elles portent une lourde part de responsabilité en 2003, 2004 et 2005 sur les retraites, la Sécu et les salaires et, plus récemment l'abandon des travailleurs en lutte de la SNCM et de la RTM. Les défaites accumulées dans la dernière période sont à mettre au passif de la politique des directions, pas des salariés. Comme l'a indiqué Robert Pelletier, " ce n'est pas la "faute" des travailleurs qui auraient refusé de se mobiliser. Ce sont la tactique et la stratégie confédérale qui sont en échec ". La victoire contre le CPE ne doit pas être " l'arbre qui cache la forêt " et évite de faire le bilan critique d'une politique qui a sapé la capacité de riposte des travailleurs.
Pour tous les intervenants, la jeunesse a montré la voie à suivre : " Ce n'est pas avec une mobilisation d'une journée d'action tous les six mois que nous pouvons imposer nos revendications, mais par la constitution d'un rapport de force avec reconductibilité de la grève, pour aller au blocage de l'outil de production. Profitons de la voie montrée par les étudiants et les lycéens pour ressouder toute la CGT, mais cela nécessite d'autres objectifs revendicatifs et une autre stratégie ".
" A quoi sert l'unité au sommet si c'est pour ne rien faire ou simplement accompagner mollement un mouvement qui existe déjà ? " est intervenu un étudiant.
Ce sont bien les revendications et les exigences sociales des salariés qui doivent conditionner les alliances au sommet et non l'inverse. L'aspiration à l'unité des salariés, aujourd'hui dévoyée par les directions syndicales dans l'impasse du " syndicalisme rassemblé ", doit trouver une expression militante sur le terrain des luttes autour d'un programme revendicatif clair et offensif. " Construire une unité de combat et pas de l'acceptation partielle des attaques " comme l'affirmait un intervenant.

Contre l'adaptation à la mondialisation capitaliste, la défense des intérêts des salariés jusqu'au bout.
Relever les défis de la mondialisation afin qu'elle soit porteuse de progrès social, de paix, de démocratie ", tel était un des enjeux affichés du congrès. Autant demander à un bouc de donner du lait ! Contre cette chimère, les militants réunis à la Bourse du Travail ont répondu que " la mondialisation […] n'est autre que le capitalisme qui exploite les salariés de la planète ". " On nous demande au fond de nous adapter à la mondialisation. Mais si on s'adapte au capital, on s'éloigne de la condition ouvrière " disait un autre militant interviewé par un journaliste. Et de continuer : " La différence entre nous, en résistance contre le sommet du syndicat, et eux, c'est que nous revendiquons les besoins tandis qu'eux souhaitent seulement le possible. C'est donc qu'ils s'adaptent au capital ".
S'adapter à ce que la bourgeoisie juge acceptable et compatible avec le capitalisme, chercher un impossible terrain d'entente avec le patronat où tout le monde serait gagnant, nier le caractère irréconciliable des intérêts de classe ou " revendiquer les besoins " des salariés et lutter pour les imposer quelles qu'en soient les conséquences politiques et sociales, il faut choisir.
Loin de la politique de " diagnostics partagés " avec le patronat et le gouvernement, le fil à plomb de la démarche de ces camarades est de partir du vécu des salariés pour déterminer un programme clair, chiffré, compris de l'ensemble des travailleurs. Un programme revendicatif qui engage les représentants syndicaux et ne prête à aucune ambiguïté, à aucune dérobade. C'est la base d'une orientation lutte de classe.
Dans son intervention, Jean-Pierre Delannoy a raillé " les objectifs soi-disant clairs entre les différentes confédérations [qui] ne sont en fait que des compromis entre différentes organisations syndicales où les salariés ne comprennent plus rien ". Ainsi l'idée fourre-tout d'une Sécurité Sociale Professionnelle pour faire face au chômage et à la précarité, présentée au congrès par la direction de la CGT mais jamais débattue avec les salariés, a été dénoncée par plusieurs intervenants comme une manœuvre pour rayer d'un trait toute une série de revendications de classe que portait la CGT jusque-là. Non seulement ce projet prépare le terrain de futures négociations à froid avec le Medef et le gouvernement, mais il tourne le dos aux mobilisations : " Demandez à un travailleur quelle perception il a entre la Sécurité Sociale Professionnelle et la retraite à 55 ans, et bien, croyez-moi, il n'y a pas photo ! " a lancé Jean-Pierre Delannoy.
Contre le chômage et la précarité, il faut partir d'une plateforme revendicative claire pour organiser la lutte : loin du flou artistique contenu dans des formulations du type " une garantie collective de haut niveau ", les militants réunis à la Bourse du Travail revendiquent " l'abrogation du CNE et de la loi sur l'égalité des chances, des embauches directes en CDI et la suppression des contrats précaires, l'arrêt des délocalisations et des plans de licenciements, l'interdiction des licenciements sous peine de nationalisation sans indemnisation pour les patrons des entreprises qui licencient ou délocalisent ".
De la même façon, il faut chiffrer les revendications salariales : " des salaires indexés sur un SMIC à 1580 euros net et augmentation des retraites de 300 euros ".
La plateforme revendicative issue de ce rassemblement et qui circule aujourd'hui sous forme de motion-pétition dans les sections syndicales entend contribuer à " la convergence des luttes, l'unité de combat sur la base de nos revendications trop longuement ignorées " et œuvrer " à créer toutes les conditions pour construire les bases d'une grève générale, seule solution pour contraindre gouvernement et patronat à répondre à nos exigences revendicatives ".

Structurer, enraciner un nouveau courant
Robert Pelletier a conclu son intervention de la manière suivante : " Nous devons nous engager tous ici en rentrant dans nos syndicats à organiser la riposte à la dérive de la CGT. Notre meilleure arme sera la poursuite de la mobilisation avec les jeunes contre la loi sur l'égalité des chances, contre la loi CESEDA (…) C'est au travers de ces mobilisations que doivent se retrouver tous les militants qui défendent la nécessité d'une CGT de lutte de classe dans les semaines qui viennent ".
Enraciner, organiser ce courant naissant, le structurer sur le plan national en donnant une voix aux militants lutte de classe dans la CGT pour leur permettre de reprendre en main et de construire leur syndicat, leur outil de résistance quotidien à l'offensive patronale, telles sont les tâches que se sont fixées les initiateurs du meeting. Un premier rendez-vous national à la fin du mois de mai sera l'occasion pour les militants de se retrouver, de discuter et de débattre des initiatives à prendre pour donner un contenu concret à une orientation lutte de classe dans la période qui s'ouvre après la mobilisation contre le CPE, orientation qui peut s'appuyer sur la brèche ouverte par la jeunesse, sa détermination, son auto-organisation et les liens tissés à la base entre salariés et jeunes.
C'est un acquis précieux pour la suite. Malgré les difficultés, engager un tel travail est possible. Au-delà de la CGT, c'est un débat qui traverse l'ensemble des organisations syndicales et qui concerne l'ensemble des militants syndicaux, politiques, et associatifs du monde du travail.
Avant de chanter l'Internationale, le meeting s'est conclu sur un appel à signer une motion pour la convergence des luttes, motion qui souligne la nécessité d'une conscience politique anti-capitaliste, condition nécessaire au développement d'une politique syndicale de classe et d'un renouveau du mouvement syndical : " le fossé entre riches et pauvres n'a jamais été aussi large. Les intérêts des exploiteurs et ceux des exploités sont de plus en plus opposés. L'économie doit être au service de l'homme et non l'inverse ! Il est donc tout à fait possible de répondre à nos exigences, il s'agit simplement d'être au service du peuple, et non pas d'accompagner les besoins du Capital, c'est un choix qu'il faut défendre, une société qu'il faut gagner ".

Raymond Adams

Déterminisme économique,
lutte sociale et politique


Depuis le début des années 1990, nous sommes entrés dans une nouvelle période qui crée les conditions d'une renaissance du mouvement ouvrier, posant comme une question centrale et concrète l'émergence d'un nouveau parti pour le monde du travail. C'est là que la discussion autour du Manifeste prend toute son importance car elle doit permettre de définir une compréhension commune de la période, des possibilités nouvelles qu'elle ouvre et, en conséquence, définir nos tâches militantes pour œuvrer à la construction de ce nouveau parti.
Dans ce cadre de raisonnement, il nous faut définir l'articulation entre les déterminismes économiques qui ont conduit à cette nouvelle période et les luttes sociales et politiques dans lesquelles nous intervenons, et à travers lesquelles un tel parti pourra voir le jour.
Bien sûr, il n'y a pas de déterminisme économique mécanique qui ferait qu'un nouveau parti naîtrait directement des transformations économiques. Ce déterminisme-là est une caricature du marxisme. Mais un nouveau parti ne naîtra pas non plus du seul volontarisme militant pour faire face à l'offensive de la bourgeoisie. Il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir, illusion qui, sur le fond, revient à être dupe de soi… et le jouet des circonstances.
En tant que militants révolutionnaires, il s'agit de participer consciemment à la lutte des classes qui se déroule indépendamment de notre volonté, mais dans laquelle notre tâche est d'aider, par une compréhension claire du capitalisme, de ses lois, de son histoire, de la politique des classes dominantes, à la formulation d'une politique indépendante pour le mouvement ouvrier.
L'enjeu du Manifeste n'est pas de nous délimiter des autres courants par des formules identitaires. Son but est de formuler les perspectives générales pour l'ensemble du monde du travail en dépassant l'éclatement actuel du mouvement social et de ses organisations, autour de la perspective d'une transformation révolutionnaire de la société pour en finir avec la propriété capitaliste. En reprenant la formule de Marx, il s'agit de comprendre le monde pour le transformer.

Définir une compréhension matérialiste et militante de l'histoire
Nous ne pouvons nous contenter d'une condamnation morale du capitalisme, ni de proclamer un idéal de société. L'indignation, la révolte ne suffisent pas à l'action. Il nous faut penser le monde pour pouvoir le transformer, nous inscrire pleinement dans le mouvement réel pour comprendre la réalité du combat social dont nous sommes partie prenante pour qu'il puisse aller jusqu'au bout de ses possibilités, le renversement de la bourgeoisie et de son Etat.
C'est pour cela que l'un des enjeux de la période est de redonner aux idées du socialisme et du communisme leur contenu réel, subversif. Actualiser le marxisme pour aller jusqu'au bout de la rupture avec toutes les caricatures, qu'elles soient social-démocrates ou staliniennes, qui l'ont vidé de son contenu révolutionnaire. " Le socialisme réel " qui a disparu avec la fin de l'URSS et des pays de l'Est, avait fait du marxisme un dogme servant à justifier ce qui n'était que des régimes de dictature anti-ouvrière. Il faut aujourd'hui renouer le fil, se réapproprier le marxisme révolutionnaire en tant que conception matérialiste et militante indispensable pour comprendre et agir dans les luttes sociales.
Le marxisme est une conception matérialiste au sens où, fondamentalement, c'est l'évolution des capacités productives c'est-à-dire des sciences et des techniques qui conditionne l'évolution de la société humaine. La base de la société humaine est la façon dont les hommes s'organisent pour produire et répartir les richesses leur permettant de subvenir à leur besoin. Cette évolution économique conditionne l'évolution sociale, les rapports de forces entre les classes et donc le cadre même de la lutte des classes.
Mais le marxisme est surtout une conception militante car ce déterminisme économique n'est ni mécanique, ni aveugle, prédéterminé sans que les hommes ne puissent agir dessus. Tout au contraire, rien n'est écrit à l'avance, les hommes écrivent leur propre histoire, par leur intervention politique, au sens large et riche du terme, c'est-à-dire en agissant pour participer à la gestion des affaires publiques, à la démocratie.
A travers notre intervention politique, il s'agit donc d'abord d'aider la classe des salariés à faire consciemment son histoire, ce qui implique d'avoir une claire conscience de la nature des évolutions économiques et de leurs implications sur les rapports entre les classes. Notre analyse repose sur la compréhension du déterminisme conçu non comme une fatalité mais comme ce qui détermine le cadre, le champ d'action des hommes pour faire leur propre histoire. Ne pas avoir conscience de ce déterminisme économique, revient à se bercer de l'illusion d'un libre-arbitre dans l'action politique, conception idéaliste qui prive de la possibilité d'intervenir consciemment dans le combat de classe.
Au-delà de la dénonciation des ravages de la mondialisation, en faire la critique du point de vue des possibilités révolutionnaires qu'elle ouvre
C'est l'évolution même des contradictions qui se sont développées avec la mondialisation et, en conséquence, celle des rapports entre les classes, sur le plan tant politique qu'économique, qui met la perspective d'une renaissance du mouvement ouvrier à l'ordre du jour.
Dans toute la période précédente, depuis les années 1920 et la vague révolutionnaire qui a donné naissance à l'URSS, ou durant les luttes des années 1930, puis de l'après guerre et de la vague des révolutions anticoloniales, la bourgeoisie a mené une lutte féroce mais elle a dû faire des concessions au monde du travail et aux peuples, sous forme de législations sociales ou en mettant fin à la domination coloniale directe. Face à la chute de ses taux de profit qui s'est accentuée dans les années 1970, ces concessions sont devenues, pour la bourgeoisie, autant d'entraves dans la course effrénée à la rentabilité du capital.
Aussi, depuis le début des années 80, la bourgeoisie s'est lancée dans une vaste offensive contre le monde du travail et les peuples pour revenir sur toutes ces concessions et brutalement diminuer leur part dans la répartition des richesses. A travers cette offensive, toutes les barrières douanières, tous les règlements financiers ont été levés pour permettre la libre circulation des capitaux. Et en même temps, tout ce qui pouvait limiter le droit des capitalistes à faire du profit, secteurs publics, législation du travail, couvertures sociales, a été remis en cause…
La mondialisation correspond donc à une fuite en avant, c'est la réponse de la bourgeoisie sur le terrain de la lutte des classes aux contradictions de son propre système économique. Elle s'inscrit dans la continuité de toute l'évolution du capitalisme et donc de la lutte des classes entre la bourgeoisie et la classe ouvrière.
L'idéologie libérale vient justifier cette offensive, plus qu'elle n'en est pas la cause. Derrière cette idéologie réactionnaire à laquelle se sont convertis tous les partis gouvernementaux de droite comme de gauche, il y a les intérêts économiques d'une classe, il y a la théorisation de la politique économique de la bourgeoisie pour faire payer la crise de son système aux salariés et aux peuples, un système dont la nature même est la concurrence.
L'effondrement de l'URSS et des régimes d'Europe de l'Est à partir de 1989, a été une étape décisive de cette offensive, et en même temps sa consécration puisque cela semblait annoncer définitivement " le triomphe de l'économie de marché ". Avec la mondialisation s'est généralisé au monde entier un capitalisme de libre concurrence caractérisé par la domination du capital financier et l'exacerbation de la concurrence entre les firmes multinationales et entre les nations.
Mais les discours sur les vertus du marché ont fait long feu, la mondialisation a rapidement montré son vrai visage. Car la conséquence de cette offensive est une généralisation et une accentuation à l'échelle du monde des contradictions fondamentales du capitalisme, entre une production socialisée et même mondialisée et une appropriation privée, caractérisée par le parasitisme des actionnaires rentiers.
Ainsi l'essor des nouvelles technologies, soi-disant base d'une nouvelle économie devant assurer une croissance sans fin, n'a abouti qu'à une fièvre spéculative qui a fini en krach. Le libre marché mondial devant apporter paix et prospérité est devenu le cadre d'une concurrence effrénée entre les firmes multinationales et entre les nations entraînant une montée des tensions internationales qui a abouti à un état de guerre permanent.
La lutte pour la domination du monde sous l'égide des Etats-Unis a provoqué un essor sans précédent du militarisme et une nouvelle offensive impérialiste, entraînant une réorganisation du monde autour de nouvelles zones d'influences, en fonction de rapports de forces économiques en transformation. La mondialisation combine donc la libre concurrence des capitaux et des nations et la violence impérialiste pour la domination du monde et le pillage des peuples.
En même temps que la mondialisation a redessiné les rapports de forces internationaux, elle a contribué à étendre et développer comme jamais à l'échelle mondiale le rapport d'exploitation salariée, entraînant un vaste processus de prolétarisation dans les pays pauvres. Ce qui là aussi est, de fait, en train de modifier le rapport de forces objectif entre les classes.
Dans la discussion sur la nouvelle période ouverte par la mondialisation, il est primordial de comprendre les déterminismes économiques, les contradictions internes du capitalisme, qui ont conduit la bourgeoisie à mener cette offensive généralisée contre la classe ouvrière et les peuples. Comprendre aussi que cette réponse de la bourgeoisie sur le terrain de la lutte des classes, loin de résoudre ces contradictions, les a généralisées, contribuant à transformer les rapports de forces entre les classes à l'échelle du monde. La bourgeoisie mène son offensive mais à travers cela, jamais la classe des salariées ne s'est autant développée à l'échelle de la planète. Et ce développement même crée les bases matérielles pour un renouveau du mouvement social, car il est déjà le cadre de luttes à travers lesquelles se forge une nouvelle conscience de classe.
La seule dénonciation, l'indignation, aussi légitime soit-elle, face aux méfaits de la mondialisation ne peuvent suffire pour définir un programme d'action. C'est pour cela que nous faisons la critique de la mondialisation libérale et impérialiste du point de vue de ses conséquences sur l'évolution des rapports entre les classes, c'est-à-dire du point de vue des possibilités révolutionnaires qu'elle ouvre.

Prendre la mesure des possibilités ouvertes par la nouvelle période
Changer le monde, comme la perspective d'une société communiste ne sont pas des utopies à laquelle on se réfère, mais bien des tâches inscrites dans les contradictions même du système. L'analyse de ces contradictions fonde l'actualité du programme révolutionnaire, lui donne sa légitimité notamment face aux nouveaux courants réformistes qui, d'une façon ou d'une autre, essaient d'entretenir l'idée qu'un capitalisme régulé serait possible.
Le problème qui nous est posé est de savoir si la fin de l'URSS et des pays de l'Est, et le triomphe à l'échelle du globe de l'économie de marché, font du capitalisme un horizon indépassable ou si, au contraire, les transformations sociales et politiques de ces deux dernières décennies ont contribué aux mûrissements des conditions objectives pour une transformation révolutionnaire de la société.
De fait, le développement même du capitalisme mondialisé révèle à quel point l'économie de marché est incapable de permettre un développement harmonieux de la société humaine. Avec la mondialisation, la production de richesses matérielles comme les échanges ont augmenté d'une façon considérable mais dans le cadre d'un marché aveugle s'opposant fondamentalement à toute forme de régulation économique. Le résultat est une condamnation sans appel : un tel système ne peut qu'entraîner l'accumulation des richesses créées dans les mains d'une minorité de plus en plus réduite au détriment du reste de la société, comme de la planète tout entière. Car non seulement les inégalités sociales se creusent toujours plus rapidement, mais c'est aujourd'hui l'équilibre écologique même de la planète qui est menacé. La logique à court terme de la course effrénée aux profits est destructrice et s'oppose à toute volonté d'établir consciemment des rapports harmonieux entre l'Homme et son environnement.
L'illusion en la possibilité d'un capitalisme régulé par l'intervention d'un Etat est dissipée chaque jour à l'échelle du monde par la rapacité de la bourgeoisie qui ravage la planète, transformant tout en marchandise, en source de nouveaux profits, de nouvelles spéculations. La démonstration qu'il est impossible d'amender le capitalisme se fait aujourd'hui, dans les faits, à grande échelle, aux yeux de millions d'opprimés qui en subissent les conséquences. Cela contribue à transformer en profondeur les consciences.


Non seulement le capitalisme fait aujourd'hui à l'échelle du monde la démonstration qu'il est un système inamendable sapant par là-même les bases matérielles du réformisme mais, pour reprendre l'expression du Manifeste de Karl Marx, il " engendre ses propres fossoyeurs ".
La mondialisation a renforcé à l'échelle du monde la classe des salariés, lui donnant par là même de nouvelles forces. D'autant que cette nouvelle classe ouvrière est de fait unifiée par le développement capitaliste lui-même. En les faisant travailler dans les mêmes multinationales et leurs réseaux d'entreprises sous-traitantes, en les mettant en concurrence sur un même marché mondial unifié, la mondialisation oblige les salariés à se penser comme une partie d'un prolétariat mondial confronté à une classe bourgeoise elle-même internationale. La moindre lutte locale contre des licenciements, pour les salaires, pour faire reconnaître des droits syndicaux se retrouve automatiquement confrontée à la politique des multinationales, oblige à être pensée à ce niveau. Ainsi, la mondialisation crée les conditions matérielles pour qu'à travers les luttes de résistance qui se développent, émerge une réelle conscience de classe internationaliste. Les forces matérielles, sociales agissent dans le sens d'une transformation de la société, ce qui fait de la classe des salariés, de la classe ouvrière le principal acteur des transformations révolutionnaires à venir.
Notre activité politique participe de cette prise de conscience par les salariés de leur propre condition, de leur propre rôle à partir de leur expérience concrète, à travers leurs luttes quotidiennes pour le progrès social et démocratique.
Le communisme n'est pas, en effet, une doctrine énonçant la perspective d'une société idéale mais bien l'expression du contenu même de l'évolution historique. Il est l'expression consciente de la contradiction fondamentale entre la socialisation de la production et l'appropriation privée capitaliste et il naîtra de la solution de cette contradiction à travers la lutte des classes. La perspective d'une transformation révolutionnaire s'enracine dans les luttes quotidiennes et, au coeur de ces luttes, se forme l'instrument de l'émancipation des travailleurs par eux-mêmes, indépendant des institutions et des partis se situant sur ce terrain. Seule une claire compréhension des déterminismes économiques à travers lesquels la société évolue, à travers lesquels les consciences se transforment, à travers lesquels les luttes sociales et politiques se développent permet de formuler des perspectives générales pour l'ensemble du mouvement ouvrier, une politique indépendante pour la transformation révolutionnaire de la société.

Charles Meno