Débatmilitant
Lettre publiée par des militants de la LCR
n°149
19 avril 2007

Sommaire :
Votez pour le camp des travailleurs, votez Olivier Besancenot


Votez pour le camp des travailleurs,
votez Olivier Besancenot

 

Ils pensent trop vite " aurait déclaré sans rire Dominique Strauss Kahn en réaction aux propos de Rocard et Kouchner souhaitant une alliance avec Bayrou. Pour préciser sa propre pensée : " Avant le premier tour, il faut garantir la qualification de notre candidate, donc il n'y a pas d'union recevable avec un autre candidat. Quand Ségolène Royal sera la compétitrice de Nicolas Sarkozy au second tour, alors tous ceux qui voudront qu'un front anti-Sarkozy se constitue seront les bienvenus. Mais ce débat viendra après le premier tour ". Donc, tout le monde est d'accord, mais chaque chose en son temps… Bayrou essaye de remettre la balle au centre en se proposant de réunir dans un même gouvernement DSK et Borloo… Et Ségolène Royal de prendre la pose de la candidate au-dessus de la mêlée en communication directe avec le peuple alors que Sarkozy ironise : " Ils sont les dignes héritiers de la IVème République ". Ce qui ne l'empêche pas de recevoir, en passant par la Lorraine, le soutien de Jean-Marie Rausch, sénateur-maire UDF de Metz, qui fut l'un des ministres d'ouverture de Michel Rocard à la fin des années 1980, sous Mitterrand. Ni de tenter de racoler l'électeur centriste en déclarant, lui aussi sans rire, " François Bayrou est devenu un candidat de gauche. Je dis donc aux électeurs centristes : Choisissez le candidat qui défendra vos idées ! ". Au même moment où il prétend être celui qui permettra aux électeurs du Front national d'exprimer " leur exaspération ". Sarkozy ne se veut-il pas la synthèse, le centre de l'histoire de France vantant la solidarité des mineurs et des ouvriers, Jaurès et Barrés, la révolution et la contre-révolution, tout et son contraire, n'importe quoi ! Avec une constante cependant, la chrétienté et Jean Paul II !
Cette fin de campagne où chacun tente de jouer le rôle de l'autre pour glaner des voix alors que Le Pen joue de la confusion pour imposer ses idées est une farce qui n'a d'autre but que de donner le change. Les trois acteurs principaux s'agitent dans le désordre sous l'œil goguenard du quatrième larron pour gruger le public, le bon peuple appelé aux urnes dont ils méprisent les préoccupations, les inquiétudes, les souffrances. En arrière plan, le patronat tire les ficelles. Sarkozy a cru bon de se défendre d'être " le salarié de Mme Parisot ", c'est déjà l'aveu qu'il en est au moins son serviteur.
Tous se retrouvent pour défendre, chacun à sa façon, l'entreprise, le marché, vanter la compétitivité tout en déplorant bien sûr les excès de la mondialisation, les parachutes dorés, ou les patrons voyous… Mais on apprend au passage que c'est Thierry Breton, ministre et soutien de Sarkozy qui a demandé à ce que Forgeard bénéficie d'un parachute de plus de 8 millions d'euros !
Ils sont de fervents défenseurs de la valeur travail vantée tant par Royal que Sarkozy. Mais la valeur travail, ce n'est pas les droits des salariés, mais bien l'inverse, les fruits de l'exploitation, les richesses produites dont les détenteurs de capitaux s'approprient l'essentiel. Il n'y a aucun doute à avoir, sur ce plan là, nos comédiens sont sincères, ils aspirent tous à défendre l'ordre établi, les intérêts des classes possédantes et du grand patronat. Royal, Bayrou, Sarkozy étaient en 2005 des partisans du Oui, nous leur avons dit Non. En 2007, il faut à nouveau leur dire non en votant pour nos propres intérêts, notre propre camp, celui des travailleurs.
C'est bien le seul vote qui comptera pour l'avenir.
C'est aussi le seul vote utile car le seul qui peut exercer une contre-pression face à l'offensive réactionnaire de la droite et de l'extrême droite et de la dérive de la gauche libérale.
Sous couvert d'éviter Sarkozy on nous dit qu'il faut voter Royal ou pourquoi pas Bayrou. Pour éviter Sarkozy, il faudrait donner son approbation à des politiques qui sont contraires aux intérêts de la population et qui n'ont, jusqu'alors, abouti qu'à renforcer la droite et l'extrême droite. En 2002, il fallait voter Chirac pour contrer Le Pen et aujourd'hui Sarkozy court après Le Pen, Bayrou derrière Sarkozy et Royal derrière Bayrou… Il est tout à fait illusoire de croire que l'on peut faire pression à gauche en votant à droite ou pour des idées de droite. C'est une évidence. Combattre les idées de droite, c'est défendre à haute et intelligible voix les idées progressistes, démocratiques, celles du monde du travail. C'est leur donner le plus de poids possible en votant pour elles, en appelant à voter pour elles.
Le raisonnement dit du vote utile confond la lutte politique avec l'arithmétique électorale. Le combat politique ne relève pas de la simple addition mais de la capacité à créer un rapport de force, en l'occurrence à tirer le balancier à gauche, le plus à gauche possible.
Non seulement, ce n'est pas le vote pour l'extrême gauche, pour Olivier Besancenot qui affaiblit Ségolène Royal mais c'est tout le contraire. Ou du moins, ce serait tout le contraire si Ségolène Royal menait une campagne de gauche, défendait un programme pour un véritable gouvernement socialiste soucieux de défendre les intérêts des classes populaires.
Mais cela Royal ne le veut pas parce qu'elle postule à défendre les intérêts du patronat et des classes dominantes.
Elle n'espère gagner que par le chantage au vote utile et en jouant des rivalités entre les différents partis institutionnels en comptant sur le fait que Sarkozy se prenne à son propre piège, qu'au lieu de rassembler des voix du centre et du FN, il soit affaibli par la pression conjuguée du centre et de l'extrême droite. Certes, ce calcul a une probabilité assez forte de s'avérer juste mais si nous souhaitons la défaite de Sarkozy, si nous ne voulons pas faire obstacle à Ségolène Royal, nous militons pour que le plus grand nombre d'électeurs disent clairement par leur bulletin de vote qu'ils exigeront demain la satisfaction de leurs revendications quel que soit le vainqueur de la présidentielle.
Les travailleurs, les jeunes, n'ont rien à attendre de ces batailles politiciennes qui se mènent sur leur dos. Pour eux, le seul vote utile est de voter pour leurs exigences, pour leurs intérêts et ceux qui les défendent, pour Olivier Besancenot.
L'enjeu essentiel de cette campagne est que s'affirme avec le plus de force possible face au capitalisme libéral et impérialiste, à ses défenseurs, une alternative ouvrière, populaire, anticapitaliste. Ce sera le sens du vote Olivier Besancenot, un vote tourné vers l'avenir.
On ne peut que regretter qu'Arlette Laguiller tout en soulignant que nos campagnes portent les mêmes exigences sociales et démocratiques trouve utile de déclarer avant même toute discussion qu'un accord pour les législatives n'est pas envisageable. Il serait dommageable à l'ensemble du mouvement que LO continue ainsi de tourner le dos à l'unité des anticapitalistes, qu'elle se refuse à inscrire sa campagne dans ce projet de construction d'un parti des travailleurs dont Arlette fut pourtant l'initiatrice en 1995.
L'intérêt des travailleurs, des jeunes, de tous les opprimés est d'agir en fonction de leur conviction, de leurs intérêts sans céder au chantage du vote utile de ceux qui leur demandent leur voix pour demain satisfaire aux exigences de leurs adversaires comme ils l'ont toujours fait par le passé. Ce serait s'affaiblir que de leur donner la moindre caution, que d'approuver d'une quelconque façon leur politique.
Préparer les luttes, encourager les mobilisations, c'est agir en toute indépendance de la gauche gouvernementale en votant pour ses propres exigences : le partage des richesses.

Yvan Lemaitre