Débatmilitant
Lettre publiée par des militants de la LCR
n°170
4 octobre 2007

Sommaire :
Délit d'initiés...


Délit d'initiés…

 

Qu'attend-on de moi ? Que je sois quelqu'un de sectaire qui prône la fermeture ? Le sectarisme, l'esprit de clan ne font pas partie des convictions qui sont les miennes. Qu'on ne compte pas sur moi pour faire l'État UMP " déclarait Sarkozy devant sa majorité. De toute évidence il prend un malin plaisir au jeu de l'ouverture qui suscite bien des doutes voire de la grogne parmi les députés UMP. Ceux-ci non seulement se demandent, tout comme Fillon, à quoi ils servent mais certains sont pour le moins frustrés des promotions de leurs rivaux voire adversaires du PS. La rumeur autour des noms de Valls, Julien Dray ou Jack Lang en irrite plus d'un tout autant que l'éloge appuyé au nouveau dirigeant du FMI, DSK… Les promotions à gauche, c'est autant de moins pour le " clan " et les manœuvres et tractations qui s'engagent autour de la préparation des élections municipales inquiètent ce petit monde…
Devedjian, apparemment satisfait de sa promotion en tant que secrétaire général de l'UMP, a affirmé à Strasbourg à l'occasion des journées parlementaires de l'UMP, que la stratégie d'ouverture " se prolongerait à l'occasion des municipales ". Et, zélé, d'ajouter : " L'ouverture n'est ni un "coup" politique, ni un gadget médiatique. L'ouverture est une démarche de réconciliation des Français et cette démarche de réconciliation n'a pas de limites ". Il répondait au président du groupe UMP au Sénat, Josselin de Rohan, qui s'était fait l'écho des états d'âme majoritaires : " Comme le disait de Gaulle, "Et d'abord l'adversaire est l'adversaire" et l'adversaire est connu. Il s'appelle le Parti socialiste et ses alliés […] Il est même dangereux d'introduire dans une équipe des ferments de division en ouvrant les portes à des personnages qui font passer leurs ambitions personnelles avant la recherche de l'intérêt général ".
Les députés UMP craignent, non sans raison, que la politique que leur impose Sarkozy ne se retourne contre eux au moment des élections municipales. La droite pourrait alors se trouvait en position d'être dévalorisée par son propre chef et sa politique d'ouverture, voire désavouée, au moment même où elle devrait affronter le mécontentement croissant que suscite la politique du gouvernement et son bluff de moins en moins crédible. Plus généralement, ils craignent que Sarkozy n'introduise dans son propre camp des adversaires qui se retourneront contre lui et l'UMP à la première difficulté. Et cela d'autant qu'ils sentent bien que les difficultés se rapprochent.
La grogne et le doute gagnent en effet les plus larges couches de la population. Le voile de la démagogie populiste de Sarkozy se déchire. Les phrases creuses, c'est pour les travailleurs et la population, avec en prime les mauvais coups pour financer les cadeaux et les subventions au patronat et aux classes privilégiés. Les manœuvres d'ouverture ou le jeu de dupes du dialogue social ont de plus en plus de mal à convaincre de la légitimité de la politique de Sarkozy. Pas plus que les jeux sémantiques. " Il n'y a pas de plan d'austérité caché, il n'y pas de tournant de la rigueur en préparation ", dit Sarkozy mais qu'est-ce donc que le budget 2008 qui planifie plus de 20 000 licenciements dans la fonction publique, la remise en cause des régimes spéciaux, les attaques contre les retraites…
Les réformes ne sont pas l'oeuvre d'un clan ou d'un parti, elles sont le résultat d'un diagnostic peu discutable sur la situation de notre pays " prétend Fillon en appuyant sa démonstration sur les ralliements comme sur la politique défendue par Hollande lui-même. Mais il ne fait que démontrer les convergences entre la droite et la gauche toutes deux au service des classes dominantes confrontées à la concurrence mondialisée.
Il ne fait que démonter que les difficultés de l'Etat, " la faillite " sont bien la conséquence d'une politique qui sert les grandes fortunes et les gros actionnaires au détriment de toute la population.
Tout comme se révèle l'escroquerie de la loi sur les heures sup, c'est toute la politique du travaillez plus pour gagner plus qui apparaît comme un leurre, un mensonge, une imbécillité.
Alors, Sarkozy en fait plus, relance l'ouverture pour les municipales, promet, promet toujours et encore, s'agite et s'engage à aller expliquer les réformes " dans les usines, à la rencontre des ouvriers, des cheminots, des électriciens des gaziers, des fonctionnaires "...
Cette agitation médiatique ne peut masquer la réalité des faits, la faillite d'une politique au service d'une classe qui étale avec arrogance, insouciance et mépris, sa richesse.
C'est bien toute la politique du gouvernement qui constitue un délit d'initiés au regard des intérêts collectifs comme dans cette minable affaire d'EADS. C'est toute sa politique qui utilise les informations, les moyens de propagande, les moyens étatiques pour permettre aux fortunes d'accumuler toujours plus en imposant à l'ensemble des salariés un plan Power 8.
Dans son zèle à servir sa classe, Sarkozy travaille, bien malgré lui, à la prise de conscience par les travailleurs et les classes populaires qu'il faut se donner les moyens de mettre fin à ce scandale généralisé, permanent et que, pour cela, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes, leur organisation, leur mobilisation, leur action démocratique. Il peut bien acheter pour quelques honneurs étatiques les plus arrivistes des dirigeants du PS, cela ne fera qu'éclairer l'opinion sur la valeur de cette gauche caviar, cette gauche bourgeoise pleinement intégrée aux classes dominantes.
A l'opposé, au cœur des entreprises, des cités et des quartiers, au cœur des mobilisations qui se préparent pour le 13 et le 18 octobre, s'engage un véritable mouvement pour un parti du monde du travail, un parti en rupture avec cette gauche institutionnelle et ses alliés impuissants, une gauche de lutte, une gauche ouvrière et populaire, une gauche révolutionnaire. Sur son chemin, ce mouvement devra surmonter les doutes, le manque de confiance qu'ont nourri la longue série des reniements, des capitulations, des mensonges de cette gauche institutionnelle.
Construire un nouveau parti du monde du travail, c'est reconstruire la confiance, redonner confiance dans les forces mêmes de la classe ouvrière, de la jeunesse, dans leur possibilité de changer le rapport de force et… le monde.

Yvan Lemaitre