Débatmilitant
Lettre publiée par des militants de la LCR
n°201
21 août 2008



Guerres, tensions internationales,
début de récession, vers un tournant
dans la mondialisation libérale et impérialiste…

La mort stupide des dix soldats français en Afghanistan a fait dire à Sarkozy pour justifier cette sale guerre devant la force d'intervention qu'" ici se joue une partie de la liberté du monde. Ici se mène le combat contre le terrorisme ". Comme pour Bush et les autres dirigeants de l'OTAN, il lui faut " continuer le travail " pour leur domination, la sale besogne impérialiste, au sacrifice non seulement de la vie de jeunes soldats mais aussi de tout un peuple. Les armées impérialistes ne défendent pas la démocratie et la liberté mais bien les seuls intérêts stratégiques des grandes puissances.

Le PS n'est pas en reste, Hollande déclare que " le temps aujourd'hui est au recueillement ", mais ne formule aucune critique contre l'OTAN, pas plus qu'il n'exige le retrait des troupes, parlant juste de redéfinir leur mission, bien d'accord avec Sarkozy sur la présence de l'armée française aux côtés des USA, décidée en novembre 2001 par Chirac et Jospin.

Au même moment dans le Caucase, suite à l'attaque, le 8 août, de l'Ossétie du Sud par l'armée géorgienne, se sachant couverte pas les USA, la Russie défie les autres puissances en infligeant une forte riposte face à un si petit adversaire.

Et cela alors que la Chine s'affirme à la face du monde, à travers les JO, comme une grande puissance défiant les vieux impérialismes qui l'ont si longtemps pillée et humiliée.

La mondialisation a bouleversé les rapports de force à l'échelle internationale, menaçant l'hégémonie américaine dont la volonté de perpétuer sa domination accroît les tensions, multiplie les points de conflits locaux, les guerres dont aucun des protagonistes ne maîtrise les enchaînements possibles. Et cela alors que les débuts de la mondialisation de la récession exacerbent la concurrence…

 

Il est difficile de dire quelles seront les conséquences de la situation dans le Caucase mais, déjà, les quelques jours de conflits qui viennent d'avoir lieu ont tué sans doute des dizaines, voire des centaines de civils géorgiens et ossètes, déplacé des milliers de réfugiés. Ils remettent probablement en cause la politique américaine des faux-semblants, qui prétendait en apparence associer la Russie alors que, dans le même temps, elle l'encerclait dans le dispositif de l'OTAN. Depuis 1990, onze pays de l'ancien Bloc de l'est ont adhéré à l'alliance pro-américaine, attendant d'être rejoints par l'Ukraine et la Géorgie. Dans le même sens, mercredi 20 août, un accord USA-Pologne a été signé préparant l'installation d'un bouclier anti-missile tourné contre la Russie, renforçant le dispositif déjà mis en place par un accord équivalent signé en juillet avec la Tchécoslovaquie.

Si cette offensive américaine explique en retour la rapide et brutale réaction de la Russie, elle ne donne aucun bien-fondé à l'agression contre la Géorgie, dont le but n'a rien à voir avec la défense du droit des Ossètes à l'autodétermination. La Russie agit en tant que puissance impérialiste, avançant ou retirant ses troupes, et ses capitaux, jouant des rapports de forces comme ses rivales.
La récente déclaration du représentant de la Russie à la Conférence du désarmement de Genève, Valery Loschinine, est révélatrice du basculement qui est en train de s'opérer dans les relations entre les grandes puissances : " Le rythme de nos actes futurs [le retrait des troupes russes de Géorgie] dépendra de la façon dont Tbilissi s'acquittera de ce que l'on attend d'elle ". La Russie n'entend pas obéir à Bush, ni se soumettre à l'OTAN, ou se laisser passivement mettre en position de faiblesse. Elle défend ses intérêts impérialistes, à commencer par ceux de son principal trust de l'énergie, Gasprom.

Au moment où les cours du pétrole sont agités par la spéculation frénétique de ces derniers mois, et où sa consommation est en chute importante depuis le début de l'été, le contrôle de sa distribution devient plus vital que jamais pour les multinationales et les Etats impérialistes. C'est bien ce qui est en jeu en Géorgie, où passent d'importants oléoducs qui alimentent l'Europe sans passer par la Russie. Comme l'explique un cabinet américain d'analyse de risques pour les investisseurs : " Si vous supprimez l'option géorgienne de la table… ça fait le jeu de la Russie, car la plupart des autres options viables passent par le territoire russe. " En ripostant à l'attaque de l'Ossétie du Sud par la Géorgie, Medvedev et Poutine défendent militairement les intérêts de Gasprom, tandis que les USA qui appuient, et sans doute poussent, l'armée géorgienne, et l'UE, défendent leurs propres multinationales. Autour de la question du pétrole, se négocie plus globalement un rapport de force politique.

 

Cette aggravation des tensions internationales participe de la lutte pour le partage des richesses entre puissances concurrentes qui devient plus aigue. L'entrée en récession de l'économie provoque partout le durcissement du pillage des richesses des pays pauvres, de la guerre contre les peuples, et de l'exploitation des travailleurs, une exacerbation des rivalités entre grandes puissances.
Après une phase d'expansion libérale, notamment marquée par le boom de la croissance chinoise, l'économie mondiale entre en récession. La crise des subprimes n'en finit pas de provoquer faillites bancaires, recul des indices boursiers, de révéler la fragilité de l'économie de casino qui avait enflé pendant ces trois dernières décennies de mondialisation. Tous les jours, la presse annonce récession ou stagnation en Allemagne, France, Italie, Grèce, Japon, aux USA, et un ralentissement de la croissance en Inde, en Russie, Grande-Bretagne, Espagne… Les dirigeants chinois ne savent comment gérer les lendemains des jeux pour maintenir un taux d'activité aussi élevé.

La récession aggrave la concurrence, il n'y a pas de possibilité pour les puissances impérialistes de relâcher le contrôle de leurs zones d'influences, des marchés, des sources de matières premières, des industries délocalisées. La prétendue " lutte contre le terrorisme " ne peut cacher la réalité des guerres pour le pétrole, le pouvoir et les intérêts économiques. Bien loin de la " Guerre froide ", nous sommes dans l'ère de la " guerre sans limite ", annoncée par les dirigeants des USA, après le 11 septembre 2001.

La politique du " chaos constructif " prônée par les conservateurs américains produits ses dégâts collatéraux : pour affaiblir la Russie, ils utilisent depuis des années la Géorgie, comme bien d'autres territoires de l'ex-URSS, encouragent les séparatismes, exacerbent les nationalismes. Ils essayent de développer la même carte face à la Chine, avec le peuple tibétain ou les Ouïghours, comme ils l'ont fait aussi dans les Balkans depuis les années 1990, et encore récemment en reconnaissant instantanément l'indépendance du Kosovo, en février. Les peuples sont pris en otage, utilisés pour des intérêts financiers et impérialistes.

L'OTAN sert de cadre à cette politique, cherchant à intégrer tous les pays qui peuvent être utiles à l'impérialisme états-unien, comme l'affirme clairement Condoleezza Rice : " Nous allons envoyer le message que nous ne permettrons pas à la Russie de tracer une nouvelle ligne rouge devant les Etats qui ne sont pas encore intégrés dans les structures transatlantiques, comme la Géorgie et l'Ukraine ". Et ce n'est pas de Barack Obama que viendra une autre politique : il s'inscrit dans la même logique impérialiste, en dénonçant… la Russie.

Côté européen, la Grande Bretagne, ex 1ère puissance colonialiste, veut " montrer à la Russie le coût de l'aventurisme et de l'agression " ! (David Miliband, ministre des affaires étrangères). Angela Merkel définit la politique de l'UE en mettant les points sur les i : la Géorgie " sera membre de l'Otan, si elle le veut, et c'est ce qu'elle veut ". Quant à Sarkozy et Kouchner, plus unis que jamais dans la même agitation zélée pour occuper le devant de la scène, ils n'ont que la " démocratie " et la " liberté " à la bouche, d'autant plus phraseurs qu'à l'image de l'impérialisme français, ils ne décident de rien.

Les postures de pacificateurs des USA et de l'UE ne trompent pas grand monde, tant ils sont eux-mêmes embourbés dans des guerres du même type, directement, ou avec leurs alliés : occupation de l'Afghanistan, bourbier irakien, soutien à Israël contre le peuple palestinien, intervention militaire turque contre les Kurdes, crise au Pakistan où Musharraf, allié des USA est contraint à la démission… Partout les grandes puissances et leurs alliés régionaux sont pris dans la logique guerrière de leur domination, faisant payer le prix fort aux peuples. Avec le même mépris des populations, la Russie, s'est embourbée en Tchétchénie, et poursuit la démonstration de sa nouvelle force en occupant la Géorgie.

 

Face à ces politiques dévastatrices, la seule perspective est dans la lutte internationale des classes opprimées, unies, pour mettre fin à l'exploitation et au pillage des richesses.

Lutter pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, pour le retrait d'Afghanistan des troupes de l'OTAN, de Géorgie des troupes russes, comme de tous les pays dominés par les puissances impérialistes, reste la seule issue pour les peuples et les minorités opprimées, comme pour les travailleurs des pays riches. Leur propre liberté, la démocratie, dépend de leur capacité à combattre la politique de leur propre bourgeoisie pour défendre le droit des peuples. En dépend aussi leur capacité à défendre leurs propres droits.

Guerres, récession, le ralentissement de l'expansion libérale alimente de nouvelles tensions impérialistes. Les classes capitalistes, contrairement à leur discours mensongers, sont bien incapables d'apporter la paix, la liberté, la démocratie. La conquête de ces droits passe par la lutte pour changer le monde, la lutte pour le socialisme.

Franck Coleman